Interview – Marika Hackman

Jeudi dernier, nous avons pu rencontrer Marika Hackman dans une loge de l’AccorHotels Arena, un peu avant qu’elle ne monte sur scène. Elle y était en effet pour assurer la première partie d’alt-J, qu’elle suit sur toute leur tournée. Rencontre avec une chanteuse très sympathique.

Comment vas-tu ?
Vraiment bien ! Je suis super contente de jouer ce soir, la salle est énorme.

Qu’est-ce que ça fait de jouer dans une si grande salle ?
C’est incroyable. J’en parlais justement à ma guitariste tout à l’heure, c’est un peu différent en tant que première partie, c’est pas comme si c’était ton propre concert et que tu atteint ce point dans ta carrière, mais d’être capable de jouer dans une salle de cette capacité et d’arriver sur scène… Ça ne me fait pas trop paniquer, mais je reste là à me dire « C’est vraiment cool ! ». J’arrive pas à croire que je suis là, c’est vraiment un bon feeling, et j’ai encore ça pendant cinq semaines environ donc on a encore un peu de temps !

Et donc, tu chantes sur une des chansons d’alt-J (Last Year), qui parle d’un homme qui se suicide, et tu chantes la réaction de sa copine. Est-ce que vous avez écrit cette chanson ensemble ?
Non, je ne l’ai pas écrite, ils l’ont écrit, mais je suis venue chanter sur la fin pour cette partie. C’est une chanson vraiment très lourde émotionnellement. Et donc oui, ils m’ont demandé de venir chanter, mais je les connais depuis longtemps, on travaille avec le même producteur (Charlie Andrew), je connais les gars d’alt-J depuis je pense quatre ou cinq ans.

Je voulais savoir, est-ce que tu as préparé un peu l’interprétation que tu allais donner pour cette chanson, compte tenu du sujet ?
En arrivant après que ça ait été écrit et composé, pas vraiment. Je pense que ça rend mon interprétation encore plus chargée émotionnellement, car c’était une des premières fois que je chantais ces paroles, que je rentrais vraiment dedans. Donc c’était une tristesse assez nouvelle, plutôt que quelque chose sur lequel j’aurais travaillé encore et encore…

Tu as aussi eu une collaboration sur ton propre album, puisque ton groupe n’était autre que The Big Moon. Vous traînez tout le temps ensemble, non ?
Oui, je vis avec Jules, la chanteuse, et son copain, donc c’est super sympa et je les vois tout le temps. Elles sont parmi mes meilleures amies, c’était déjà mes amies avant qu’on ne commence à travailler ensemble, on a accroché vraiment très vite.

Vous vous connaissez depuis combien de temps du coup ?
Je pense depuis deux ans et demi, trois ans. On s’est rencontré en novembre, je crois que c’était le 18 novembre, c’est dingue que je me souvienne de la date exacte d’ailleurs… Oui, je pense un tout petit plus que deux ans. C’est difficile de se rendre compte car il s’est passé tellement de choses cette année !

En quoi c’était différent de les avoir avec toi pendant l’enregistrement, plutôt que d’être seulement avec ton producteur comme sur ton album précédent ?
C’était vraiment une expérience différente. J’adore avoir le contrôle, donc musicalement quand je suis en studio avec Charlie, toute seule, tout est sous contrôle. Mais cette fois j’ai voulu me challenger, me détacher de ça, laisser un peu de ce contrôle de côté. Donc avec les filles, le contrôle est survenu avant, quand j’arrangeais et écrivais mes chansons, mais une fois en studio on se lâchait un peu, et c’était vraiment fun ? On s’est vraiment amusées. Je pense qu’avec cet album, j’ai écrit des chansons nouvelles, enlevées, dynamiques et excitantes, il y a beaucoup d’énergie féminine. À la fois à travers les paroles et aussi par l’émancipation, le fait d’avoir quatre superbes musiciennes avec moi, en passant un super moment, je pense que ça s’entend, tu peux nous entendre rire…

L’album commence d’ailleurs avec un rire.
Oui, Celia riait. Je ne sais pas pourquoi elle riait, je ne m’en souvient plus, mais c’est génial qu’elle rigole et que d’un coup ça part sur la chanson. J’adore ça, je me souviens que Charlie disait « Oh, on devrait couper ça » et j’étais là «  Absolument pas ! Ce rire, il va ouvrir l’album ». Parce que c’est une porte directement ouverte sur ce monde.

Qu’est-ce que tu préfères à propos de I’m Not Your Man ?
J’adore son côté sexy. Je pense que c’est un album très sexy, très axé sur les femmes.

Oui, et c’est frais aussi. Peut-être parce qu’il n’y a pas énormément de femmes qui parlent de leur sexualité.
Oui, exactement. Ça prend le sujet du sexe, et ça l’emmène loin du regard masculin. Et c’est un peu comme amener l’idée féminine du sexe, et ça parle de femmes avec des femmes, mais pour moi ça ne veut pas dire que ça ne peut pas être repris par n’importe quelle femme, qui couche avec n’importe qui, c’est juste une forme très émancipée de la sexualité. Et c’est ce que je préfère sur cet album, c’est ce dont je suis la plus fière, d’avoir trouvé en moi l’articulation de ces paroles, et avoir suffisamment confiance en moi pour le faire et ne pas cacher une partie de moi-même. Ça semblait être un risque, quand j’ai commencé à écrire ces paroles, et maintenant je pense que c’est ce qui a le plus payé. Ce qui est génial !

En parlant des paroles, elles sont beaucoup plus directes sur cet album, mais tu utilises toujours quelques métaphores. Je voulais savoir, de laquelle es-tu la plus fière ?
Ah, c’est forcément une métaphore qui vient de Violet ! Parce que c’est la chanson qui a le plus de métaphores. Elle est très espiègle cette chanson. Et sexy. Parce que j’en ai marre de ces gens qui chantent à propos de sexe et qui sont francs et directs d’une façon qui en retire toute la magie. Je pense que c’est bien d’être un peu romantique en parlant de sexe. Donc… (prend quelques secondes pour réfléchir) j’adore le premier refrain, quand ça fait « I’d like to roll around your tongue caught like a bicycle spoke ». Il y a quelque chose dans l’imagerie, parce que c’est super abstrait, j’y vois des roues de vélos et d’autres éléments qui tournent, mais tout est rose et flashy et sexuel en même temps, un peu comme de l’animation dans les années 1970. Et c’est une des premières chansons que j’ai écrites pour cet album, c’est un peu celle qui a ouvert la porte au reste.

Tu as aussi partagé tout le symbolisme derrière l’artwork de ton album sur ton site. Il y a beaucoup de références à des choses variées; est-ce que toutes les idées viennent de l’artiste (Tristant Piggot) ou est-ce que vous y avez réfléchi ensemble ?
On y a réfléchi ensemble, Tristan est un de mes amis, et je lui ai donné l’idée de faire un portrait de  groupe. Je voulais avoir The Big Moon, parce qu’elles sont une partie intégrante de l’album, il y a aussi Charlie, donc les personnes qui ont contribué musicalement à l’album. Et il a commencé à élaborer ça, et on s’est assis, on a lu attentivement les paroles, je lui ai parlé des différents thèmes présent sur l’album. On a aussi beaucoup parlé des symboles qu’il utilise dans ses propres créations, à part. Le concombre par exemple, c’est un élément qu’il utilise tout le temps, pour représenter l’idée d’un homme blanc de classe moyenne, un peu inconfortable avec sa sexualité. Donc j’ai voulu qu’on l’intègre à cet album qui a tellement d’énergie féminine, en amenant cette idée du concombre qui a été sauvagement coupé. Tout est venu de discussions sans fin, d’échanges par e-mails, d’aller-retours…

Une partie de l’artwork réalisé pour l’album

Je trouve ça vraiment cool d’avoir toutes ces explications, de découvrir des éléments…
Oui, c’est parti de là aussi, ce qu’il y a sur le site. C’était vraiment un truc sympa à faire, parce que je me suis dit que les gens pourraient comprendre l’album avant même de l’avoir écouté. Ce qui est super excitant en tant que musicienne car tu sais que les gens vont l’écouter et vont tout de suite saisir ton propos, c’est direct. Et aussi, j’adore regarder les albums, encore et encore, regarder l’artwork, il y a des choses que tu vois et tu te plonges dedans et tu les vois d’un nouvel oeil… donc je voulais faire ça.

Sur Apple Tree, tu chantes « I feel so damn old », c’est vrai ?
Parfois, oui ! Quand j’ai écris cette chanson, je n’avais vraiment pas le moral. J’étais fatiguée d’être musicienne, j’avais l’impression de travailler très dur, d’essayer encore et encore d’être fière de tout ce que je faisais, mais d’aller nulle part. Donc j’avais l’impression de chanter et d’attendre que quelque chose se passe. C’est vraiment ce sentiment d’être très fatiguée, comme si tu avais utilisé toutes tes ressources, et je me suis sentie très vieille, je me suis dit « C’est bon, j’en ai fini ». Je ne me sentais pas vieille physiquement, mais j’avais l’impression d’avoir atteint le bout de ma carrière. Et puis j’ai écrit cette chanson, et je me suis dit « Ah, peut-être que je vais continuer ! ».

Je voulais aussi parler un peu de tes goûts musicaux, qu’est-ce que tu écoutes en tournée ?
Oh, pour être honnête, en tournée on a fait que regarder Game of Thrones dans le van. Je l’ai déjà vu quatre fois, mais j’adore ! Mais sinon j’écoute Jay Som, le nouveau Jay Som qui est sorti l’année dernière, qui est génial. Je suis assez éclectique en terme de goûts musicaux, je ne m’arrête pas à un seul genre, mais j’ai aussi du mal à trouver de nouveaux artistes à écouter, et juste à écouter de la musique. Je pense que les gens attendent souvent des musiciens qu’ils absorbent la musique qu’ils écoutent, et je pense que certains musiciens fonctionnent comme ça, mais pas moi. Et quand j’écris, si je suis un mois à essayer d’écrire, je ne vais écouter aucune musique, ou écouter les démos que je fais, et je pense à ce que je veux en faire. Mais je n’écoute pas de musique, ce qui est bizarre, je pense que c’est mal, mais bon…

Ça t’aides à te concentrer sur ce que tu fais ?
Oui, et je ne veux pas faire des choses dérivées d’autre choses. Je pense que c’est très facile de tomber dans le piège si tu écris et que tu écoutes de la musique, d’en voler une partie accidentellement.

J’ai aussi lu une interview qui date de quelques mois, dans laquelle tu disais que tu avais commencé un groupe avec Amber de The Japanese House, qui est aussi ta copine, mais que vous manquiez de temps pour que ça se fasse réellement. Est-ce qu’il y a quand même une chance que vous sortiez quelque chose ensemble plus tard ?
Oui on a eu cette idée un peu folle de commencer un groupe toutes les deux, juste pour s’amuser. C’est de là que vient le nom My Lover Cindy, car on regardait The L Word (Elles en VF), et on s’est dit que ce serait un nom amusant pour un groupe, donc My Lover Cindy est une chanson que j’ai écrit pour ce groupe, mais en fait on était trop occupées pour que ça se fasse, et on est toujours très occupées. Elle est en train de faire son album, je suis en tournée, et j’espère enregistrer un album cette année aussi. Et elle fera une tournée une fois que son album sera sorti, donc il n’y a vraiment aucune chance qu’on sorte quelque chose ensemble, même si ce serait sympa. Sauf qu’on finirait probablement par s’entre-tuer.

Et est-ce qu’il y a quelqu’un avec qui tu aimerais collaborer ?
J’aimerais travailler avec Grimes. Je pense que ce serait intéressant de travailler avec elle en tant que productrice, elle est géniale ! Et j’aimerais voir en quoi ça affecterait mon son, et ce serait sûrement un challenge excitant. Donc oui, sûrement Grimes, ou n’importe qui de Warpaint. C’est mon blocage, n’importe qui de Warpaint, j’ai toujours voulu collaborer avec eux.

Je voulais savoir ce qu’on pouvait attendre de toi prochainement, ce sera donc un nouvel album ?
Oui, clairement un autre album ! Je ne sais pas quand il sortira, mais après cette tournée j’écrirai et ensuite j’espère aller en studio cette année. C’est mon but personnel, mais si mon manager m’entendait il me dirait sûrement « Tais-toi, tu ne sais pas de quoi tu parles ! ». Mais j’aimerais enregistrer un album cette année, pour essayer de le sortir l’année prochaine.

Concerts Alt-J
 
Alt-J à Marseille - 15 mai 2018
 
Alt-J à Nîmes - 16 mai 2018
Complet
Alt-J à Clermont-Ferrand - 17 mai 2018
 
Alt-J à Nort-sur-Erdre - 30 juin 2018
 
Alt-J à Carcassonne - 17 juillet 2018
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