High Fade

High Fade sous haute énergie à l’Alhambra

Retour sur une soirée pleine d’énergie en compagnie d’un groupe Ecossais qui fait beaucoup parler de lui : High Fade.

High Fade est un jeune trio originaire d’Édimbourg qui n’a que sept années d’existence, mais dont le deuxième album paraîtra déjà le 8 mai prochain. Pour autant, il est omniprésent. En 2025, par exemple, leur tournée comportait 95 dates dont onze en France. Au moment où j’écris cet article, ils ont assuré 36 concerts depuis le début de l’année 2026. Mais ce n’est pas tout car ils sont aussi très présents sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram où ils publient quotidiennement des reels capturant l’énergie brute de leurs performances. C’est par ce flux incessant de vidéos que beaucoup, comme moi, ont fini par les découvrir.

C’est sans doute cette importante proximité avec le public qui explique qu’une grande partie de l’audience portait déjà les tee-shirts du groupe. Certains fans étaient même venus d’Angleterre juste pour assister à « la plus grosse date française depuis le début de l’existence du groupe« . Autour de moi, certains essayaient de convaincre leurs voisins en comparant l’énergie de High Fade à celle des débuts funk des Red Hot Chili Peppers.

Red Hot Chili Peppers - Jungle Man

En première partie, un DJ nous a concocté un set aux influences funk. Parmi les chansons mixées, on retrouvait Let’s Work de Prince ; War (Twogood Remix) d’Edwin Starr, Lettsanity de Lettuce et Release the Pressure de Nick Callisto. Une sélection qui avait pour mérite de nous préparer parfaitement au style musical que l’on allait entendre pendant les 1h30 à suivre.

Mais le vrai concert a commencé dès la sortie de scène du DJ. Dès le début, on a compris que l’on était face à l’un des meilleurs publics de France. Tout d’abord parce que le DJ a quitté la scène sous des applaudissements nourris. Mais ce n’est pas tout. Les techniciens qui venaient enlever la table de mixage et tester les instruments ont eux aussi eu droit à des applaudissements et des sifflets d’admiration. Certains jouaient le jeu en faisant signe au public d’applaudir encore plus, d’autres, à l’inverse, nous faisaient signe de nous taire.

High Fade - Fur Coat - Live at Greenman 2023

A 21h, High Fade entre sur scène sous une ovation. Dès les premières notes, le public saute et danse au rythme de la basse d’Oliver Sentance. Le groupe comprend immédiatement qu’il tient la salle et n’hésite pas à en jouer. Tout au long de la soirée, nous serons sollicités sans relâche. Pour ce faire, ils nous lancent des défis en nous demandant de répéter des bruitages et des envolées de guitare de plus en plus frénétiques. Le public se transformera également en chorale sur Fur Coat ou même sur Bone to Pick. Même autour de moi, dans les rangs normalement plus calmes du balcon, l’énergie est telle que rester assis devient un défi. La connexion est si forte que lorsque Harry esquisse quelques pas de danse sans rien demander, la foule entière les reproduit par pur réflexe.

Sur scène, les trois membres du groupe ne vont pas hésiter à mettre du leur pour faire rire le public. Oliver, le bassiste, a fait beaucoup de grimaces jusqu’à parfois faire quelques solos en louchant. Le chanteur et guitariste, Harry Valentino, s’est moqué de notre accent français en disant que lorsque l’on chantait « Fur Coat« , il entendait « Fuck Off« . Et Calvin Davidson, le batteur, nous a imité l’accent français avec le fameux « Oui oui baguette« . En bref, pendant les trois quart du concert, l’ambiance est à la rigolade et à la camaraderie.

Et musicalement alors ?

Côté musique, on est clairement dans du funk de haut niveau. Les morceaux sont aussi complexes que frénétiques, mais le trio joue ça avec une telle décontraction que l’on s’imaginerait presque capable de les imiter le lendemain en soirée. La basse d’Oliver Sentance est l’ingrédient principal de la machine High Fade. C’est elle qui dicte le mouvement, nous faisant danser, sauter et sourire par ses lignes chirurgicales. À la batterie, Calvin Davidson impressionne par sa précision de métronome, particulièrement lors d’un solo magistral où il a pu étaler toute la puissance de sa technique. Harry Valentino, de son côté, s’affirme comme un showman total, capable d’assurer une guitare rythmique agressive tout en chantant avec une aisance déconcertante. Au-delà de leur répertoire musclé, ce qui frappe, c’est cette impression de danger permanent. Le trio ne cesse de se tester et de se surprendre, improvisant des riffs ou accélérant subitement la cadence pour voir si les autres suivent. Mais la cohésion est telle qu’ils ne perdent jamais le fil.

Mais paradoxalement, cette maîtrise absolue donne parfois l’impression d’un groupe qui n’a pas encore totalement trouvé sa propre patte. En les écoutant, on a la sensation de retrouver toutes les références mixées par le DJ quelques minutes plus tôt. Il manque encore ce petit supplément d’âme, cette signature mélodique unique qui leur permettrait de passer du statut d’excellent groupe de performance et d’improvisation à celui de High Fade tout court.

High Fade // Chameleon (Live In Netherlands)

Une note d’espoir

Aux trois quarts du show, l’ambiance bascule. Les projecteurs se tamisent pour isoler Harry Valentino dans un long solo de guitare, offrant à la salle une pause salutaire après une heure de funk effréné. Il marque une transition entre la partie précédente du concert qui était plutôt joyeuse et la partie suivante qui s’annonce beaucoup plus sombre. C’est précisément à cet instant, dans cette prise de risque, que l’on se dit que High Fade tient enfin sa « patte ». S’ils continuent d’explorer cette voie plus brute, le groupe ne se contentera plus de jouer les héritiers : il s’apprête à décoller.

Les quelques chansons suivantes sont des extraits de leur futur album Twice as Nice qui paraîtra le 8 mai. On reste toujours dans le funk mais avec une énergie beaucoup plus brutale. Le jeu de guitare comme de la batterie devient plus agressif, plus tendu. La voix d’Harry Valentino prend des intonations plus graves, un peu nasales, si bien que par moments on retrouve des intonations de Kurt Cobain. Entre deux chansons, on reconnaîtra même un extrait du riff d’introduction de Sweet Child O’ Mine des Guns N Roses qui fera hurler le public.

Les gens continuent à sauter et à bouger dans tous les sens. Mais si auparavant, on leur demandait de bouger les bras de gauche à droite comme dans un concert de pop, cette fois c’est des mosh pit et des circle pit que l’on organise. L’ambiance était telle que le chanteur a même fini par sauter dans le public tout en continuant son solo.

High Fade - “Gossip” Live at Shambala Festival

La salle entière termine le concert avec le sourire aux lèvres et le dos en sueur. High Fade nous a offert une dose d’énergie dont il sera difficile de se remettre.

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