Interview – Charlie Winston « Je voulais que ce soit coloré et que ça exprime ce sentiment de chez-soi.»

Charlie Winston est de retour avec son nouvel album, Love Isn’t Easy. Un titre particulièrement bien choisi, d’ailleurs, car l’amour n’est certainement pas facile. Charlie évoque ce nouvel album avec l’envie d’explorer l’amour sous toutes ses formes : l’amour romantique, l’amitié, les liens familiaux, et même l’amour de soi. Soundofbrit a eu la chance de le rencontrer et de discuter avec lui de cette nouvelle ère.

———————————————–

Cet album semble très personnel — au-delà de l’amour, bien sûr, qu’est-ce que tu cherchais vraiment à comprendre ou à exprimer à travers lui ?

Eh bien, il y a différentes voies d’expression quand je crée un album. Et la première voie pour moi, c’est souvent la première. C’est un peu comme une image visuelle, mais elle est très, très floue. Et j’en ai eu une pour tous mes albums. Je dirais plutôt qu’il ne s’agit pas d’une image visuelle, mais d’une image sensorielle. Ça faisait appel à tous les sens, mais ça n’existait pas vraiment. Donc pour moi, ce que je savais, ce que je pouvais mettre en mots. Je voulais que ce soit funky et rythmé.

Et il y avait toujours cette sensation de rythme, mais ce n’était pas une obligation. Je voulais qu’il y ait davantage de morceaux énergiques, mais ça ne s’est pas passé comme ça. Je voulais plutôt que cet album ait une touche soul, à l’image de Bill Withers ou de Marvin Gaye.

Je savais dès le début que c’était ce que je voulais. J’ai aussi été assez inspiré par Anderson Paak pendant la première phase d’écriture. Et puis je ne pensais pas forcément à l’amour en tant que thème.

Je voulais simplement exprimer ça, mais ensuite j’ai juste commencé à écrire des chansons et j’ai eu deux phases d’écriture. La première, a commencé quand j’ai écrit 12 chansons pendant l’été 2023, pendant la tournée avec mon groupe. À ce moment-là, je pensais que ça allait être l’album.

Mais ensuite, j’ai passé janvier, février, mars et avril de 2024 à écrire 12 autres chansons. Je les ai ensuite présentées à mon manager et à ma maison de disques. Et après en avoir discuté avec eux, nous avons en quelque sorte choisi celles qui nous semblaient les meilleures pour les enregistrer en studio début 2025. Et puis, la vie a suivi son cours pendant cette période aussi. Et il y a beaucoup de hauts et de bas dans ma vie. Et j’ai réalisé que, contrairement à As I Am, qui est beaucoup plus introspectif, il parle beaucoup plus de ma vie, de ma vie intérieure.

Les chansons que j’écrivais parlaient aussi davantage des interactions que j’avais avec moi-même, mais d’une manière différente. Et d’une certaine façon, comme Perfect Conditions, par exemple, qui ouvre l’album. C’est une chanson qui parle de s’aimer soi-même en comprenant que rien ne sera jamais parfait. Il faut simplement accepter les choses telles qu’elles sont et faire avec.

Et puis il y a des chansons sur ma femme et moi, sur notre quotidien, notre vie de tous les jours. Et d’autres chansons sont sur ce que je ressens par rapport à la planète, aller sur Mars et tout ça. Ou d’autres encore sur ma relation à la musique.

Et quand je les ai toutes rassemblées, et surtout avec la chanson Love Isn’t Easy, j’ai eu l’impression que c’était vraiment un bon thème pour créer ce fil conducteur à l’album. 

Quand j’ai commencé à écrire des chansons j’avais environ 12 ans. Et mes parents, qui étaient eux-mêmes auteurs-compositeurs, m’ont dit : « Tout le monde écrit sur l’amour. N’écris pas seulement sur l’amour, c’est le sujet le plus abordé qui soit ; écris sur d’autres choses, et l’amour s’y intégrera automatiquement. » 

Du coup, j’ai toujours évité de parler directement d’amour. Mais maintenant, à mon âge, avec des enfants, un mariage et tant d’autres relations, y compris ma relation avec ma propre famille et mon pays d’origine, ça m’a semblé approprié d’en parler.

——————————————-

Je voudrais d’abord parler de la pochette : c’est un rouge vif, c’est audacieux, plein de vie, et ça reflète bien sûr ta signature. Comment t’est venue l’idée de cette pochette ? Est-ce que le concept t’est venu d’un coup, ou est-ce que ça s’est fait étape par étape ? 

Pour la pochette, quand on a fait la séance photo, ce qui comptait vraiment pour moi, c’était la couleur. C’est bien que tu parles d’abord de la couleur. J’ai une paire de chaussettes que j’ai achetée au Canada quand j’étais en tournée là-bas en 2022. Et ces chaussettes ont été en quelque sorte la source d’inspiration pour l’ensemble de l’identité visuelle de l’album.

Et c’étaient des couleurs un peu dans le style des années 60, un style rétro, proche du courant « blacksploitation ». Des tons olive, terre cuite et moutarde, toutes ces couleurs très naturelles et très chaleureuses, je pense, qui évoquent la maison. Des couleurs qui viennent du cœur. Je voulais donc ce genre de couleurs profondes.

On a donc pris beaucoup de photos lors de cette séance avec différents fonds dans ces couleurs. On en avait quatre, je crois, quatre fonds différents qu’on pouvait changer. Et avec mes vêtements aussi. Et la veste que je porte et que je fais tourner, est un peu couleur verte olive. 

C’était donc vraiment la seule exigence que j’avais. Je voulais que ce soit coloré et je voulais que ça exprime ce sentiment de chez-soi, c’est-à-dire de confort. Je me sens bien là où je suis. Et je voulais ça, je voulais que tout l’album dégage ce sentiment. Juste dire : « Voilà qui je suis, je me sens bien dans ma peau et je veux le montrer»

——————————————-

Je sens un vrai lien entre Hobo et celui-ci, avec la photo. Comme un lien entre les deux.

Oui, c’est vrai. Je n’y avais pas vraiment réfléchi. Mais quand on a fait la séance photo et que j’ai vu toutes les photos, je crois que le photographe m’en a envoyé 40, sur les 100 ou 200 prises au total. Mais quand on a pris cette photo-là, j’ai dit : « C’est ça, c’est celle-là. » C’était exactement pareil avec Hobo. Même processus pour la pochette de Hobo : j’avais une quarantaine de photos, j’ai vu celle-là et j’ai dit : « C’est la pochette. »

———————————————

Et donc, quand tu repenses au chemin que tu as parcouru, y a-t-il un moment qui a vraiment changé ta façon de voir ta musique aujourd’hui, et est-ce que cela a influencé ton approche de ce nouvel album ? Par exemple, quelque chose que tu ne veux plus refaire ? 

Eh bien, oui, il y a eu quelque chose. Je n’ai tout simplement pas trop réfléchi à quoi que ce soit. J’ai en quelque sorte brandi le drapeau blanc. Je suis juste, je suis ce que je suis. Je vais me rendre au studio et jouer ce qui me semble naturel au piano ou à la guitare. Donc, contrairement à As I Am, où je voulais vraiment jouer des arrangements de piano élaborés, je n’ai rien fait de tout ça sur cet album. J’ai juste joué des accords simples et chanté la chanson.

Je pense donc que c’était une approche beaucoup plus simple et humble, ce qui était peut-être aussi le cas sur Hobo. Parce que je jouais simplement ce que je savais jouer. Mais d’une certaine manière, j’ai laissé beaucoup d’espace au groupe pour qu’il y ajoute ses parties.

Je ne suis pas entré dans la pièce en disant : « OK, tu joues ça, tu joues ça. » J’avais juste les chansons avec les structures d’accords. Et j’ai simplement dit : « Faites ce que vous ressentez. » Le truc, c’est que je pense que ce n’est pas toujours le cas, mais souvent, être un bon leader, ce n’est pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire. C’est de leur dire quelle est la vision.

Et s’ils adhèrent à la vision, ils ont alors suffisamment de créativité et d’imagination pour y apporter leur contribution. C’est donc ce que j’ai fait. J’ai simplement partagé ma vision de l’album, du son, de l’ambiance, tout ça. Et le groupe, en fait, savait exactement quoi faire. J’aime bien faire des projets en solo aussi, j’aime vraiment ça. Mais j’aime aussi beaucoup échanger avec d’autres musiciens.

En fait, je pense que mon prochain album se fera peut-être sans groupe. Je vais peut-être faire des choses en solo, juste pour changer un peu et essayer quelque chose de différent. Parce que j’ai toujours eu un groupe. Je pars en tournée solo à la fin de cette année, de septembre à janvier. Je vais donner une trentaine de concerts. J’aime bien jouer en solo, mais c’est une expérience complètement différente. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. C’est juste moins convivial. J’aime bien rigoler. J’aime juste avoir des potes autour de moi, plaisanter et faire l’idiot. C’est plutôt sympa de faire ça avec un groupe. J’ai toujours eu un groupe depuis mes débuts à 14 ans. Je trouve juste que c’est très naturel pour moi. 

——————————————-

As-tu un morceau préféré — ou quelques morceaux préférés — sur l’album ?

Eh bien, Perfect Conditions, c’est l’une des premières chansons que j’ai écrites. J’ai été très inspiré par Bill Withers, Michael Kiranuka et des artistes de ce genre pour ce morceau. Dès que j’ai écrit cette chanson, j’ai su qu’elle serait sur l’album. C’est donc l’une de mes préférées. Je dirais que celle-là et la dernière, She Woke Up, sont probablement mes deux préférées. 

Tout le reste est cool, mais She Woke Up est la première chanson que j’ai commencé à écrire. C’était vers 2017, quelque chose comme ça. On ne la joue pas sur scène parce que j’ai toujours ce problème : j’aime proposer des concerts avec de l’énergie. J’aime que le public traverse différentes dynamiques.

J’ai des morceaux comme I Do ou Exile — tout le monde adore Exile. Mais il y a aussi tous ces titres plus lents que je dois inclure, et si j’ajoute encore celui-là avec le nouvel album, ça fait trop. C’est frustrant, mais d’une certaine manière, ça ne me dérange pas tant que ça.

——————————————-

Je pense que Kick Out of You est vraiment la chanson parfaite pour refléter l’énergie dont tu parlais.

C’est probablement ma deuxième préférée sur l’album. Mais She Woke Up, c’est une chanson vraiment forte. J’aime écrire des morceaux du point de vue d’autres personnes, et celle-ci consistait un peu à me mettre à la place de quelqu’un dans une situation très difficile.

——————————————-

https://youtu.be/cB7rrmtHkH0?si=E-ZIVkwGkso_vee_

Comment est-ce que l’écriture de chansons commence généralement pour toi ? Est-ce que ça vient naturellement ou est-ce que c’est plutôt un exercice ?

Ce n’est jamais vraiment simple, non. Enfin, la partie musicale est simple… enfin non, pas vraiment non plus en fait. Ça dépend. C’est différent à chaque fois. Mais je n’écris pas tous les jours. En réalité, je n’écris que lorsque je décide de travailler sur quelque chose de précis. Donc je ne suis pas très bon sans avoir une sorte de but en tête.

Peut-être que depuis que je suis devenu père de famille, mes priorités ont changé. J’essaie d’abord de trouver le langage musical. Après tout, c’est de la musique, non ? C’est ça l’essentiel. Donc la musique doit dire quelque chose en premier. Ensuite, je m’appuie là-dessus pour interpréter les paroles

——————————————–

Puisque tu disais vouloir explorer toutes les formes d’amour sur cet album, est-ce que tu penses que ça pourrait inspirer tes prochaines chansons ? Comme une sorte de conversation avec tes propres morceaux — une réponse, une suite, ou une manière de prolonger ce que tu vis ?

J’y ai réfléchi récemment, et honnêtement, je n’en ai aucune idée pour l’instant. Comme je disais, au début tout est toujours un peu flou. Je connais le langage musical, j’ai une idée du son, de la sensation que je veux donner, mais je n’ai pas encore tout construit. J’aimerais aller vers quelque chose d’un peu plus psychédélique. Un côté acoustique et psychédélique, et par là j’entends quelque chose de plus éthéré, plus imaginaire. Je pense que j’ai été assez direct jusqu’ici, en parlant beaucoup de choses du quotidien, de l’amour, etc.

Maintenant, j’ai envie d’élargir un peu tout ça, d’ouvrir davantage. Mais qui sait ? Je peux dire ça et faire complètement autre chose.

———————————————-

Qu’est-ce qui t’inspire en ce moment — pas seulement musicalement, mais de manière générale ?

C’est drôle que tu poses la question. J’ai un groupe d’amis à qui j’ai envoyé plein d’albums récemment. J’écoute beaucoup de choses en ce moment. J’ai écouté le dernier album de Madison Cunningham, que j’adore. Son album Revealer est vraiment magnifique. Je suis aussi tombé en adoration d’un chanteur qui s’appelle Martin Luke Brown, avec son dernier album, que j’adore.

Il y a aussi Ásgeir et son album Julia, qui est incroyable. Et Lucy Rose avec son album Red Face.

Et Flyte ! Ils ont un super album. Mais aussi Hohnen Ford, dont je viens de découvrir les morceaux.

Tout le monde te pose la question sur le fait de chanter en français… est-ce qu’on va enfin entendre une chanson entièrement en français, ou est-ce qu’on doit abandonner ? (ironique)

C’est possible. J’ai toujours l’impression de vouloir encore améliorer mon français. Je veux dire, ça progresse. Mais… oui, j’envisage vraiment de faire du français. Peut-être quelques chansons, voire un album entier en français. On s’en rapproche.

——————————————-

Tu te souviens du moment où tu as compris que la musique pouvait devenir ta vie ? Et sinon, quel autre métier tu aurais pu faire ?

Au départ, je voulais être acteur. Puis il y a eu une période où je voulais vraiment devenir réalisateur. J’aimerais toujours le faire, d’ailleurs, mais ce n’est pas facile de s’y reconvertir. J’aimerais aussi être magicien. Mon fils est à fond dans la magie en ce moment, et j’avais ce rêve de faire de la magie avec lui, de créer un duo.

Tout ce qui est créatif, en fait. Même danseur. Mais la danse, c’est très exigeant. Je suis probablement un peu trop âgé pour ça. Pour être danseur, il faut être en pleine forme. Ma fille veut devenir danseuse. Je l’ai mise en garde l’autre jour : je lui ai dit de faire attention, que son corps est son instrument, et qu’elle doit toujours être au maximum.

———————————————

On a parlé de l’Olympia. Ce n’était pas ta première fois, mais cette fois avec un groupe complet et des invités. Est-ce que tu te sens différent à chaque fois que tu montes sur scène ? Tu as un rituel ?

La seule habitude que j’ai, c’est de faire 20 minutes d’échauffement, exactement le même à chaque fois. Et ensuite, je bois un peu de rhum ou de whisky avant de monter sur scène. C’est quelque chose que mes parents faisaient. C’est devenu mon truc avec le groupe.

——————————————-

Si quelqu’un te découvre avec cet album, quelle chanson tu voudrais qu’il écoute en premier ?

Kick Out of You.

 


Retrouvez ici le recap de son concert à L’Olympia !

Love Isn’t Easy, toujours disponible, propriété du label Tôt Ou Tard

No Comments

Post A Comment