Benjamin Clementine – I Tell A Fly

Il est l’heure du fameux sophomore album pour le singulier et résolument unique Benjamin Clementine. Verdict? Écoute et critique.

Difficile de passer après le merveilleux et audacieux At Least For Now. Déjouant toutes les prédictions, le lyrique Benjamin Clementine avait délivré un album sublime et avant-gardiste, fort de ses influences et imprégnant avec force chaque morceau de sa voix et de son jeu de piano. C’est donc fort d’un succès critique et public que sir Clementine entend réitérer la recette avec ce I Tell A Fly, qui, si sous ses apparences, semble en tout point similaire à son grand frère, diffère finalement par de très nombreux points; et malheureusement, pas toujours pour le meilleur.

L’ouverture Farewell Sonata est particulièrement déroutante: s’ouvrant avec un piano on ne peut plus classique, le titre s’emporte vite avec chœurs distordus, batterie aux bpm élevés et chants fédérateurs, s’effaçant presque aussitôt. Une inexplicable percée de folie? Trop d’idées ayant infusé dans l’esprit de l’auteur-compositeur-interprète? Qu’importe; God Save the Jungle vient délicatement nous cueillir avec ses somptueux arrangements et son chant, toujours aussi délicat et intense.

C’est par la suite que I Tell A Fly divise. Les arrangements proposés sont toujours aussi superbes et remarquablement agencés, offrant un univers sonore riche et texturé que l’on pourrait presque se représenter en fermant les yeux. La voix est toujours aussi singulière et puissante, nous alpaguant, nous questionnant, détonante et émouvante. Non, rien n’est à critiquer sur ces plans-là; la réelle controverse de I Tell A Fly vient de la structure de ses morceaux, et des pistes qu’ils explorent.

Ainsi, là où At Least For Now proposait des morceaux cohérents et accessibles, notre pianiste préféré brouille ici les pistes en proposant de multiples structures variant sans cesse, revenant parfois, se répétant rarement; nous mentionnions plus tôt Farewell Sonata, mais il en va de même pour Better Sorry Than Asafe et sa longue outro en piano solo. Autre démonstration flagrante? Phantom of Aleppoville, sautant de paysages mentaux en paysages mentaux comme de Charybde en Scylla toutes les minutes, ne laissant à l’auditeur aucun instant de confort, ne proposant aucun port d’attache.

Pur génie ou fausse bonne idée étrangement amenée? Ce choix divisera évidemment; question de subjectivité, comme toujours quand vient la critique d’une œuvre d’art. Ce qui est sûr, c’est que nous n’attendions pas ce virage expérimental de la part de Benjamin Clementine. Et si des morceaux comme Jupiter nous rappellent nos premières amours avec le musicien, force est de constater que des morceaux comme Paris Cor Blimey se révèlent bien plus dispensables, le chanteur s’enfermant de plus dans un lyrisme des plus répétitifs.


L’ambivalente One Awkward Fish vient nous saisir par surprise, jonglant entre ligne de basse frénétique et envolées contemplatives épatantes et méditatives. Quoi de mieux pour résumer la même ambivalence qui imprègne I Tell A Fly? Déroutant pour sa majeure partie, l’album vient s’apaiser en fin de course avec le lent et superbe Quintessence, venant délicatement nous bercer, nous laissant délicatement le temps de profiter des multiples talents de sir Clementine. Finalement, tout s’achève sur les chœurs aériens de Ave Dreamer, posant ses arpèges de clavecins en cascade comme de multiples nappes de douceur.

Finalement, que penser de ce deuxième album? Audacieux mais imparfait, I Tell A Fly se tire sans doute dans les pieds en voulant absolument proposer une œuvre à contre-courant, s’étouffant souvent avec son surplus d’idées. C’est cependant au milieu de ce capharnaüm modérément maîtrisé que l’on trouve de réelles perles, compositions imparables qui nous rappellent pourquoi Benjamin Clementine nous a tant séduits, et continue de nous séduire. “Bon voyage” chante-t-il dans Better Sorry Than Asafe. Invitation au voyage en question, ou départ pur et simple, loin de toutes les normes et conventions imposées par les standards musicaux actuels? Vous seul serez le juge au sein de l’intrigante pièce de théâtre concoctée par sir Clementine.

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Tracklist:

Farewell Sonata

God Save the Jungle

Better Sorry Than Asafe

Phantom of Aleppoville

Paris Cor Blimey

Jupiter

Ode From Joyce

One Awkward Fish

By the Ports of Europe

Quintessence

Ave Dreamer

Nos morceaux préférés: God Save the Jungle, Better Sorry Than Asafe, Jupiter, One Awkward Fish

La note: 6,5/10

 

Concerts Benjamin Clementine
Bientôt réservable
Benjamin Clementine à Cenon - 6 novembre 2017
 
Benjamin Clementine à Paris - 7 novembre 2017
 
Benjamin Clementine à Lille - 9 novembre 2017
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