Interview : Dhani Harrison

Nous avons eu la chance et l’honneur de rencontrer Dhani Harrison à l’occasion de la sortie de son premier album solo In///Parallel prévu pour le 6 octobre. Le fils du plus psyché des Beatles nous a parlé de son expérience, de son album mais aussi du monde actuel et de son amour pour Paris dans une rencontre marquante.

Cet album est un mélange de rock et d’éléctro mais aussi un mélange de vos influences et de vos groupes (thenewno2, Fistful of Mercy ou encore The Beatles). C’est ce que vous souhaitiez ?

Dhani Harrison: J’ai grandi avec beaucoup de musiques en provenance de Bristol genre Portishead ou Massive Attack. Je suis aussi un grand fan de Tricky. Tout cela est resté ancré dans un coin de ma tête. Quand je prends une guitare et que je commence à jouer, tout le monde pense automatiquement que je suis influencé par mon père mais j’ai aussi énormément écouté Led Zeppelin ou AC/DC. Il y a beaucoup de choses que les gens ne voient pas. J’ai passé aussi beaucoup de temps à composer des bandes originales et j’en ai écouté beaucoup lorsque j’étais enfant. J’ai tenté de reprendre tout cela, de l’extraire de ma mémoire et de le poser sur papier. Mais moi même je suis confus sur mes influences et je n’arrive pas à voir comment sonnent certains de mes morceaux!

Vous avez produit et mixé l’album seul. Vous aviez le désire de faire cela seul, d’avoir une liberté totale ?

DH: Ouais, je pense que c’était important. J’ai passé tellement de temps à collaborer que je suis arrivé à un moment où j’avais aussi envie de montrer ce dont j’étais capable. J’ai écrit la majorité de cet album seul, ce n’était pas forcément un choix mais au bout d’un certain temps j’avais avancé mais ce n’était pas encore terminé et j’étais le seul à pouvoir comprendre cet album. Est ce que je ne vais pas réussir à le terminer comme Brian Wilson avec Smile et du coup j’abandonne tout ou alors je le donne à quelqu’un pour qu’il le finisse ? Et juste à la dernière minute, Jonathan Bates, Camilla Grey, Mereki et David Ross sont venus car ils bossaient tous dans mon entourage, dans mon studio, j’aime les avoir autour de moi. Ils sont inspirants et si talentueux… Et ils m’ont aidé à finir l’album! Lorsque j’étais vraiment à bout, ils parvenaient à me relever. Ce sont aussi eux qui m’ont dit de publier ça avec mon nom. Je les remercie pour cela, ils m’ont donné la confiance suffisante pour terminer cet album!

De nombreux morceaux de cet album parle des dangers de notre monde et de son changement. Avez-vous peur?

DH: J’essaie de ne pas avoir peur parce que, à partir du moment où tu as peur tu perds le côté magique qu’il y a dans la vie et tu délaisses aussi ton esprit. C’est une chose terrible. Le lien que tu as avec les autres, le reste de l’univers est étranglé dans ce cas, et tu deviens isolé. Le monde d’aujourd’hui est basé sur le contrôle de ses peurs, donc lorsque tu as peur, tu as perdu. Enlever la peur de son quotidien est quelque chose de primordial.


C’est ce dont vous parlez dans l’album!

DH: Ouais, c’est ça. C’était important pour moi d’aller au fond des choses et de méditer, d’essayer de soigner toutes ces petites peurs qui sont dans nos corps. Il faut d’abord se soigner avant de soigner les autres. On le dit même dans les avions avec les consignes de sécurité! “Une fois votre masque à oxygène ajusté vous pouvez aider votre voisin”. C’est la même chose dans la vie, si tu n’es pas sain tu ne pourras aider personne. C’est probablement le message de l’album! Dans la musique, on essaie souvent de se mettre en avant ou de mettre en avant les autres, avec cet album, j’essaie de mettre en avant la gentillesse.

Vous avez eu de nombreux projets dans votre carrière (thenewno2, Fistful Of Mercy, composition de nombreuses BO, ndlr). Est-ce que cet album est un aboutissement ?

DH: C’est certain! Et c’est pourquoi j’ai attendu si longtemps avant de le faire! Je voulais connaître mieux ce métier avant de m’attaquer à un projet aussi complexe. Parce que vous pouvez faire un disque pop (il chante: Baby, baby, let’s go down to the club) mais si tu veux faire un disque qui reflète la difficulté d’être un humain ce n’est pas la même chose. Il suffit d’écouter Thom Yorke, rien que le ton de sa voix montre à quel point cela est difficile. Sans lui, je n’aurais probablement pas su traverser un certain nombre d’épreuve. Cette fébrilité, c’est elle qui donne tant de puissance. C’est cela qui donne espoir et tu te dis, c’est vrai, je peux le faire! Je voulais faire ce disque comme une vraie personne, et montrer à travers lui qui je suis vraiment. On souffre tous, on a tous peur, mon message c’est de dire: et si on s’aidait ensemble? Si les gens entendent ce message, alors j’ai fais mon travail.

Est ce que c’est difficile de s’appeler Dhani Harrison ?

DH: C’est dur d’être n’importe qui… Chaque personne a des malheurs, de l’amour… Je ne sais pas ce que c’est de ne pas être Dhani Harrison mais j’imagine que nous vivons tous les mêmes problèmes et les mêmes difficultés. Tout ce que je peux faire c’est montrer ma vision de la vie. Il y a évidemment des choses qui rentrent en compte avec la vie et la carrière de mon père et je suis jugé pour cela de différentes manières. J’ai eu peur dans ma vie. Mais aujourd’hui je m’accepte, j’ai de l’amour pour les gens. J’essaie de ne plus avoir peur même si tout le monde dit que notre monde et notre société vont éclater… Je voulais m’assumer complètement avant de faire cet album.

Quel est, pour vous, la meilleure chose que vous avez fait dans votre carrière ? Votre meilleur souvenir ?

DH: Si tu aimes mon disque, il y a aussi une bande originale que j’ai faite pour le film Seattle Road, c’est le même univers. J’ai travaillé sur les deux disques en même temps et c’était assez dur mais c’est une des meilleures choses que j’ai pu produire je pense. Cela m’a rendu heureux de faire de la musique sans paroles, juste de la musique pour danser, pour profiter.

Vous avez joué votre premier concert solo au Panorama festival à New York cet été. Quel était votre ressenti ?

DH: C’était absolument génial. Mereki nous a rejoint sur scène. On va bientôt sortir son EP, c’est une artiste incroyable, à la fois pop et planant. J’ai quitté thenewno2 pour la rejoindre en tant que guitariste. Pour revenir au live, nous allons enregistrer une version live entière de l’album, en une prise, un peu comme The Dark Side of the Moon ou In Rainbows. On a 10 cordes, 16 personnes sur scène, ce sera très compliqué de faire une tournée avec toutes ces personnes mais j’aimerais vraiment faire un show avec tout le monde à Paris! Parce que les français reçoivent vraiment la musique avec du respect, les français sont ouverts d’esprit! C’est magnifique à quel point vous adorez la musique et ce qui est arriver dans les dernières années est absolument terrible .Si je peux faire ce concert à Paris, je le ferai aussi pour cela!

Personnellement, j’ai été marqué par le version de All Things Must Pass que vous avez joué au Concert For George avec Mccartney et Clapton… Je suppose que vous aussi.

DH: Oui… J’ai encore des images de ce moment dans ma tête (il décrit la scène et la position de chaque protagoniste). Je jouais comme un militaire, je regardais mes pieds. Je me souviens d’un moment où toute la salle a ressenti de grandes émotions pendant ce morceau. D’énormes émotions sont arrivées puis reparties, j’étais choqué, ça se voit sur le live. Je me disais, merde, c’est maintenant que ça se passe, je me suis détaché de mon corps pour ne pas m’écrouler. Je ne voulais pas m’écrouler. Il y avait tellement d’amour dans ce moment, c’était inarrêtable. C’est tellement dur de perdre un parent, ce concert était un cadeau, pour me guérir moi, mais aussi pour guérir tout le monde de ces malheurs. C’est depuis ce moment précis, presque 25 ans, que je crois en cela, se guérir. Ce concert, c’est cette petite flamme qui a permis d’éclairer une pièce qui était toute noire. Je me suis accrocher à cette flamme, il faut s’accrocher à cette flamme, aussi petite soit-elle, elle est là!

On peut dont espérer vous voir en live à Paris rapidement ?

DH: Aussi rapidement que c’est humainement possible. Je ferai tout pour jouer un concert incroyable à Paris!

Pour finir, quel est votre ressenti sur la scène musicale actuelle et sur son futur ?

DH: Je pense que l’avenir va venir des femmes! Regarde des groupes comme Savages, regarde comme ces filles sont dures, c’est terrifiant. Mereki est incroyable, je l’ai rejoint pour cela. Je pense que le futur doit être un mélange mais un mélange égal. En considérant le fait que tout part en sucette, on aura une génération d’enfants qui auront beaucoup de choses à dire. Il y aura encore besoin de soigner mais il y aura aussi beaucoup de rage. Je suis pressé de voir les prochains Rage Against The Machine, le prochain Wu-Tang Clan, les prochains Portishead. Nous avons déjà eu les successeurs des Beatles, des Stones… Non pas en terme de succès et d’impact mais en terme de musique! Je veux voir des groupes énervés. Il y a de l’espoir. A un moment de ma vie, j’ai cru que le monde allait s’écrouler mais aujourd’hui je me dis ça va la faire.

Merci à Dhani Harrison pour sa gentillesse infinie. Son album In///Parallel sera dans les bacs le 6 octobre et on pourra (vraisemblablement) le retrouver vite en concert à Paris!

 

 

 

 

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