White Lies : ‘Nous sommes plus ambitieux’

Rencontre avec le bassiste et pierre angulaire du groupe White Lies, Charles Cave, à l’occasion de la sortie du nouvel album, Big TV.

 

white lies artwork Big TV

 

Pourquoi avoir choisi Big TV comme titre de ce troisième album ?

 

Je crois que Big TV est une somme de préoccupations de notre temps, tout en représentant aussi un désir moderne, celui du succès. C’est aussi en quelque sorte, le vide d’une pensée, lorsqu’une personne se demandera si parce que j’ai un grand écran, je serais regardé différemment, ‘regardez comme j’ai du succès, ce que je fais de bien’, et ça même si l’appartement est petit, du moment qu’il y a cet écran. C’est l’histoire d’une personne originaire d’une petite ville, débarquant dans un univers urbain et américain où la vie moderne le pousse à obtenir cet écran.

 

Cet album a ses élans romantiques, mais paraît également receler de dénonciations politiques. Faut-il qu’un groupe, pour écrire, soit concerné par ce qu’il se déroule sous ses yeux ?

 

Big TV vient d’un background d’émotions diverses. D’un côté, oui, c’est une histoire sur l’immigration, une représentation de l’économie dans les grandes villes… De l’autre côté, c’est une personne qui part à l’aventure et s’interroge sur ce qu’il est. Je crois qu’on était plus guidé par les émotions que par une volonté de dénoncer.

 

A l’image du morceau Big TV qui interpelle dès le début, Whites Lies a été comparé à des groupes comme Depeche Mode ou Editors. Est-ce que cela dérange ?

 

Je ne pense pas, on n’a jamais été dérangé. Mais ça s’apprécie, parce que notamment pour le premier, c’est un groupe avec lequel on a grandi, et il n’y a pas chez eux quelque chose qui relève de la mode ou de la tendance. Ils ont juste ce désir de créer la musique pop la plus accomplie et juste à leurs yeux, et c’est aussi ce que l’on veut. De Joy Division à Depeche Mode, ça ne me dérange en aucun cas.

 

NOTRE REVIEW DE BIG TV

 

Big TV nous fait voyager à travers divers son, et cet équilibre entre des sons synthétiques et des guitares bien rock.

 

Oui, et ce n’était pas si difficile à obtenir. Sur cet album, on d’abord été ensemble comme un groupe, avec guitare, basse, batterie et voix, avant de mettre les claviers dessus. Ce qui diffère ici de nos précédents albums, pour être honnête, c’est que nous n’avons pas utilisé plus de deux guitares maximum sur un titre, nous avons été plus sélectif quant aux sons synthétiques, et cela permettait d’avoir aussi plus d’espace et de calme.

 

[quote]”On a passé beaucoup de temps et d’énergie sur cet album”[/quote]

 

Quand on écoute Getting Even, on sent une certaine fraîcheur. Est-ce aussi pour cette idée de renouveau qu’il a été le premier morceau à sortir officiellement ?

 

En fait, elle fut l’une des dernières chansons que nous avons écrites. Elle est à l’image de notre travail de réflexion sur les sons, la place des percus, des longueurs différentes plus ou moins sporadiques, de ce à quoi peut ressembler un son White Lies. Et Getting Even n’a pas vraiment cette structure conventionnelle, il ne pourrait être taillé pour la FM, qu’on pourrait l’offrir gratuitement en retour aux fans qui étaient notre premier soucis à ce moment.

 

 

Alors qu’à contrario, Change est une chanson aérienne…

 

C’est une sorte de ballade où l’on réfléchit sur la notion de changement. On voulait ce passage un peu slow et elle sonne finalement bien, elle qui devait être quelque chose de doux et calme. Lorsqu’on l’a enregistré à Bruxelles, ça devait être juste qu’Harry au piano, puis ensuite avec des arrangements. Nous l’avons également joué en acoustique et je suis content de voir qu’elle sonne aussi bien dans ce mode.

 

Est-il délicat d’aimer ?

 

Je crois oui. C’est quelque chose dans l’air du temps, et même moi je me sens de plus en plus sceptique, et parfois d’être déçu par l’idée d’aimer. C’est une chanson sur la difficulté de garder les gens que l’on aime, même le plus, sur cette idée de combat.

 

Qu’est-ce qui rend cet album différent des autres ?

 

On a passé beaucoup de temps et d’énergie sur cet album, plus que les autres, et notamment les sons même basiques de chaque chanson, les cordes comme les mélodies vocales. Les deux précédents albums étaient plus rapides et nous nous demandions plutôt si tel son allait plaire ou non. C’est une manière de penser totalement différente.

 

C’est aussi un album moins sombre ?

 

Oui, effectivement. C’est un album plus musical.

 

Justement, Big TV se termine par un titre explosif, Goldmine.

 

C’est vrai. Goldmine est la toute dernière chanson que nous avons écrite, mais ça n’explique pas pourquoi elle termine l’album. Mais on a voulu terminer l’album par un moment plus énergétique, plutôt que de terminer par quelque chose de lent. Et je crois qu’elle sera aussi efficace à jouer en concert, notamment parce que c’est une chanson rock classique, un White Lies simple.

 

[quote]”On est plus ambitieux dans la musique que nous voulons faire”[/quote]

 

Cela fait six ans que White Lies existe. Qu’est-ce qui a changé pour devenir le groupe d’aujourd’hui ?

 

Tout d’abord, c’est l’expérience. Ce sont les différentes premières parties, les tournées, enregistrer des albums. Même si je ne crois pas que beaucoup de choses aient changé, c’est plutôt progressif en fait. On a passé tant de temps ensemble, on se connaît très très bien. On est sûrement plus ambitieux dans la musique que nous voulons faire, et de moins en moins intéressé par l’idéal de carrière ou de succès. On se prend à s’aventurer sur des terrains différents, comme au milieu de Big TV avec des titres comme Be Your Man, des sons plus atmosphériques, et c’est vers cela que nous allons en tant que groupe.

 

 

Tu parlais de tournées et de premières parties pour l’expérience. Et White Lies a tourné avec le meilleur groupe live (Muse) comme des machines à tubes (Coldplay) ou quelque chose de très différent comme Thirty Seconds to Mars où l’ambiance était particulière avec le public notamment…

 

Ouais… c’est un groupe bizarre tu sais. C’était très sympa de tourner avec eux, mais ils ont l’esprit business. Ils pensent à ce qu’ils vont faire en termes d’argent. Ils ont des fans très dévoués et qu’ils prennent au sérieux. C’était un challenge en fait, et on a pris notre pied, parce qu’il fallait jouer chaque soirée devant un public nouveau qu’on devait impressionner en une vingtaine de minutes. Avec Muse et Coldplay, on s’est vraiment amusé, et on espère le refaire. Muse, ce sont les meilleurs, c’est le groupe le plus ambitieux en terme de spectacle, ils pensent leurs show comme des spectacles de théâtre, du cinéma… tout ce qu’il est possible de faire sur scène, ils veulent le faire. Coldplay, c’est plus traditionnel, on est aussi plus dans l’interaction avec le public qui fait aussi le show en quelque sorte.

Mais le groupe qui m’impressionne sur scène à chaque fois, c’est Kings of Leon. C’est très rôdé aussi, mais parfait. Mon dernier coup de cœur, ça doit être Nick Cave & The Bad Seeds.

 

Quel regard portez-vous sur vos fans ?

 

Nos fans sont vraiment exceptionnels. On a vu ces derniers mois une vraie attente, un dévouement. Alors que ça faisait 18 mois qu’on n’avait rien fait. Comme on en parlait plus tôt, on a mis Getting Even en téléchargement libre, sans trop savoir à quoi s’attendre parce que ça faisait un moment que nous n’avions pas produit quelque chose. Et on a eu une centaine de milliers de personnes qui ont écouté cette chanson dans les premiers jours, et c’était la preuve que nos fans étaient de fervents auditeurs et qu’ils nous attendaient. On a aussi voulu les remercier avec cette petite tournée dans des salles plus intimistes, des endroits qui sont aussi ceux où on adore venir et où l’on peut réunir les meilleurs fans.

 

En France, vous ne venez qu’à Paris…

 

Effectivement. Mais on adore la France, c’est un des endroits où l’on adore jouer, même lorsque c’est avec Thirty Seconds to Mars, on a pris beaucoup de plaisir à jouer ici par le passé. Bordeaux est même l’une de mes villes favorites. On n’a prévu qu’un show pour Paris, parce que cette première partie de tournée se destine vers les grandes villes, Amsterdam, Paris, Berlin, Bruxelles… Mais l’année prochaine, nous voulons tourner plus. A Lyon, Montpellier, Toulouse, Rennes… D’ailleurs je crois qu’on préfère même le sud de la France, comme Marseille. Je me souviens de toutes ces dates !

 

White Lies a aussi une relation toute particulière avec nos voisins belges, vous avez d’ailleurs enregistré à Bruxelles…

 

Effectivement, le studio où nous étions est l’un des tout meilleurs. On dit souvent que Bruxelles est une ville ennuyeuse, mais à chaque fois que nous y passons du temps, on s’amuse beaucoup. On apprécie beaucoup cette ville, on a une solide fanbase et on y reviendra sans aucun doute.

 

NOTRE REVIEW DE BIG TV 

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