Telegram : “Nous sommes fiers d’être indépendants”

Nous avons rencontré le groupe lors de nos petites vacances à Londres.

Telegram par Pooneh Ghana

Telegram par Pooneh Ghana

Mardi 16 février 2015, il pleut des cordes sur le quartier de Shoreditch à l’est de Londres. D’après le mail que les Telegram nous ont envoyé, nous avons rendez-vous dans un pub nommé le Haggerston vers 17h00. Ce dernier est situé près du quartier de Hackney : une ambiance sympathique, de la bonne musique et une clientèle locale jeune et artsy. Nous arrivons en avance, mais je repère déjà le batteur Jordan Cook au bar, en train de lire le magazine NME tout en sirotant sa bière. Une fois installés à une table, nous commençons à parler de musique « Ah tu connais Pond ? Ils jouent demain au Rough Trade East, vous devriez venir » tout en attendant le reste du groupe. En bon Anglais, il s’excuse pour le temps humide. Quelques minutes plus tard, le guitariste/chanteur Matthew Saunders et le bassiste Oli Paget Moon entrent dans le pub et saluent quelques personnes avant de nous rejoindre le temps d’une conversation sympathique.

Salut les gars, merci de nous accorder cette interview ! Lorsque je l’ai préparée, j’ai pu lire à peu près tout et n’importe quoi à propos de votre groupe sur internet, alors je voudrais vérifier quelques infos avec vous.

Matthew Saunders : Vrai ou faux, d’accord ! (Rires)

Par exemple, j’ai pu lire que vous aviez commencé à jouer en 2013…

Oli Paget Moon : À jouer en live, oui.

Matthew : Nous nous sommes rencontrés fin 2012, mais nous avons donné notre premier concert en avril-mai 2013.

Oli : Jordan nous a rejoints en 2013.

Et quel était ce premier concert ?

Matthew : C’était dans un magasin nommé Paper Dress.

Jordan Cook : Ils vont bientôt fermer.

Matthew : C’était un peu bizarre parce que c’était pendant la journée, nous devions jouer l’après-midi. Alors, il faisait clair dehors- c’était étrange. Notre premier concert n’était pas dans une salle sombre, c’était pendant la journée.

Jordan : Il y a des vidéos du concert en ligne.

Matthew : Oui, dans ces vidéos tu peux voir les bus de Londres circuler dehors (rires).

Jordan : Nous jouions là où il y avait les mannequins, devant la vitrine. C’était dimanche, et mon père m’avait amené sur place en voiture. Nous avions une répétition le même jour dans les environs, puis nous avons donné le concert, puis je suis rentré parce que j’avais l’école le lendemain. Nous avons eu une review horrible. Nous faisions la première partie de ce groupe écossais. Le journaliste était leur ami, et il a écrit que nous étions dégoûtants, et que nous faisions plus attention à nos vestes qu’à notre musique. Beaucoup de nos amis étaient venus au concert, juste après un événement de Heavenly Recordings à Paris.

Matthew : Oui, c’est super.

Oli : Donc c’est vrai. Vrai ! (Rires)

J’ai aussi trouvé sur internet que votre second concert était pour la radio BBC6…

Oli : Faux ! C’était un concert dont personne ne se souvient, mais un bon concert quand même. La BBC6 était notre troisième concert.

D’accord. J’ai aussi lu que ce concert à la BBC6 était dû aux Voyeurs (ndlr : Charlie Boyer and the Voyeurs à l’époque).

Oli : Les Voyeurs jouaient lors d’une session avec Marc Riley, et tandis qu’ils étaient en train de jouer, je leur ai envoyé un email alors que j’étais toujours en train de faire la fête…

Donc tu étais bourré, et tu as envoyé un mail ?

Oli : Oui, oui ! Je-

Matthew : Il était défoncé et bourré. Raging against the machine (ndlr : se battre contre la société ou le gouvernement). Habillé avec des vêtements de femme (rires).

Oli : J’ai dit, « faites une dédicace à Telegram !» et ils l’ont fait. Marc Riley voulait en savoir plus, et il nous a demandé de lui envoyer des démos. Nous n’avions pas de démos, alors nous lui avons simplement envoyé un enregistrement d’une répétition que nous avions réalisé avec l’IPhone de Jordan. Il l’a adoré, et il nous a laissés jouer lors d’une session le mois suivant !

Aussi- nous parlions de cela peu avant de commencer l’interview- on dirait que beaucoup de groupes londoniens se connaissent entre eux.

Matthew : Beaucoup d’entre eux ne se connaissent pas non plus.

Je sais que vous connaissez les Horrors aussi. Les Voyeurs, les Horrors, TOY…

Matthew : Et c’est tout. Nous ne connaissons personne d’autre ! (Rires)

Oli : Je pense que- Les Horrors ont toujours été là, mais nous étions amis avec les Voyeurs et TOY avant qu’ils ne commencent à jouer dans des groupes.

Matthew : Oui, il y a des amitiés simplement parce que nous sommes tous dans des groupes, mais nous étions tous potes auparavant. Sauf avec les Horrors, qui ont commencé bien avant, mais nous étions amis avec les TOY et les Charlie Boyer avant même qu’ils ne forment ces groupes. Tu sais, cela fait 8, 9, 10 ans qu’on se connaît, si ce n’est plus.

Wow, je trouve cela impressionnant ! Je pense que vous avez de la chance aussi, parce que vous pouvez vous soutenir mutuellement face à la concurrence.

Matthew : Je ne sais pas si c’est de la chance, parce que nous ne nous sentons pas chanceux de nous connaître les uns les autres (rires).

Oli : Haha ! Nous nous sentons maudits !

Jordan : Je voudrais juste ajouter que si des amis commencent un groupe dans le futur, ce serait super de se retrouver face à une situation dans laquelle nous pourrions les aider, de la même manière dont on nous a aidés.

J’ai aussi lu que vous aviez tourné avec les Palma Violets, et que vous aviez fait la première partie des Manic Street Preachers alors que vous n’étiez pas encore signés.

Jordan : Ouais, c’est vrai.

Oli : Juste avant la tournée avec Palma Violets, nous avons sorti notre première chanson, Follow. Il n’y avait que 500 copies du vinyle.

Jordan : Oui, j’aurais aimé que nous en gardions quelques-unes. Nous avons un loyer à payer (rires).

Et pourtant, vous êtes allés au Japon deux fois aussi ! C’est fou, félicitations !

Oli : Merci ! (rires)

Matthew : Nous sommes très fiers de ne pas être encore signés.

Jordan : Ouais, nous sommes des control-freaks ! Nous avons un single qui va sortir bientôt, sur le label de Dan Carey (ndlr : Franz Ferdinand, Tame Impala, TOY…). Ce sera juste une chanson et une B-side. La chanson s’appelle Inside Outside. Elle sortira le mois prochain. Donc nous serons sous un label en quelque sorte. Un « labelet » !

Matthew : D’abord nous avons sorti Follow sur un label que nous avons créé nous-mêmes, Gram Gram Records, qui existe toujours en tant que label d’ailleurs. C’est juste un label qui n’a pas d’argent, parce que nous en sommes les propriétaires. Nous allons peut-être sortir autre chose sur Gram Gram Records. Pour l’instant, nous nous appuyons sur d’autres personnes, ce qui est toujours difficile (rires).

Puisque nous parlons de Follow, il y a des choses qui m’ont marquée la première fois que j’ai vu la vidéo : d’abord, le format VHS, et ensuite votre look similaire aux Ramones !

Jordan : (ndlr : pointe Matthew du doigt) Eh bien, tu peux le remercier pour le format VHS. Il a travaillé très dur sur cette vidéo, il en a réalisé une grande partie lui-même. Et les Ramones sont le meilleur groupe du monde. Alors… Tu peux les remercier ! (rires)

Vous disiez auparavant que vous étiez des control freaks-

Oli : Pas forcément. Nous sommes ouverts au contrôle !

Matthew : Parfois des control freaks, parfois des freaks hors de contrôle (rires) ! (ndlr : « sometimes control freaks, sometimes out of control freaks »).

Alors, le format VHS et le look étaient-ils des choix hasardeux ou non ?

Oli : Définitivement non. Nous avons toujours eu ce look, nous n’avons jamais arrêté de nous habiller comme ça. Nous ne nous sommes pas « déguisés » pour la vidéo.

Matthew : Esthétiquement, la vidéo reflète la manière dont nous voulions être perçus face aux vidéos d’autres groupes de l’époque. Je trouvais que ces vidéos étaient toutes très similaires, et manquaient de personnalité ou d’individualité. Ils devenaient l’idée de la personne qui avait réalisé le clip, ce qui ne correspondait pas aux valeurs du groupe. Quelqu’un qui est designer graphique va proposer une idée mettant en scène le groupe en train de courir avec des ballons, et cela ne représente pas le groupe. Comparés à d’autres, c’était notre idée artistiquement.

Jordan : Oui, c’était notre vidéo, et l’objectif était d’aller droit au but. C’était une approche rationnelle pour nous, « voilà ce que nous sommes ». Nous aimons les vieilles vidéos des Buzzcocks et des Ramones, alors il y a des références. Mais l’idée de base, c’était de garder le tout le plus brut et le plus sale possible.

C’est vrai que vous étiez dans les premiers à remettre au goût du jour ce genre de vidéos. Maintenant de plus en plus de groupes le font.

Jordan : Oui c’est vrai. Bande de connards (rires)!

Comment pensez-vous que les visuels influencent votre travail ?

Jordan : Peut-être que c’est le contraire.

Oli : C’est une autre couche.

Matthew : C’est comme si on mettait un cadre sur une image. ça encadre simplement ce que tu fais. Tu ne peux pas embellir un caca.

Pourrions-nous aussi parler de votre nouveau single Inside Outside ?

Matthew : C’est notre version abstraite de la détermination des chats, qui sont une métaphore pour les gens. Ils essaient de s’échapper, mais un landlord omniscient les en empêche. Et les répercussions confuses de cela, là où nous existons, dans l’univers.

Oli : Je suis content que tu aies posé cette question, parce que maintenant je sais ce que ça veut dire ! (rires)

Jordan : Nous interprétons tous nos propres paroles !

Matthew : En gros, l’intérieur de toi ou l’extérieur de toi, ou l’intérieur ou l’extérieur de quelque chose ne t’appartient pas, ou alors c’est un peu flou parfois. Ou alors pas caché.

Wow, c’est impressionnant.

Jordan : Pas vraiment (rires).

Oli : Je trouve que toutes tes paroles ont un sens profond. Tu n’écris jamais quelque chose que tu jettes.

Matthew : Non, c’est vrai.

Jordan : Je lui fais savoir s’il a écrit de la merde, mais c’est toujours très bon. C’est très satisfaisant !

Oli : Oui, les paroles ont du sens. Peut-être d’un point de vue personnel, mais n’importe qui peut y réfléchir et s’y identifier.

Pourrions-nous aussi parler de votre voyage au Japon, et la vidéo de Regatta ? On peut y voir certains de vos amis japonais, y compris un certain Chikashi…

Jordan : Ouaiis, dédicace à Chikashi !

Oli : Tu l’as rencontré ?

Non, mais il a liké mes photos avec TOY sur instagram.

Jordan : Il est adorable.

Oli : Oui, c’est juste un super-fan de tout le monde ! Il y a beaucoup de gens comme ça, mais nous l’avons rencontré et c’est un gars très gentil.

Jordan : C’était notre premier voyage au Japon, et à nouveau c’était notre idée- à la dernière minute- de faire cette vidéo. Le Japon est merveilleux, les gens sont tellement courtois. La culture est très différente, mais tu te sens le bienvenu face à la générosité et la courtoisie des gens. Ils te font te sentir directement chez toi, même si techniquement c’est l’opposé. C’est un endroit surréaliste. Les gens sont très humbles, très gentils, le temps est super, il y a de beaux endroits. Les concerts sont bons, le public est incroyable. Je ne trouve rien de mauvais à dire.

Matthew : J’ai pris une douche avec le savon que Chikashi nous a donné aujourd’hui ! (rires)

Oli : La deuxième fois que nous l’avons rencontré, il nous a offert plein de cadeaux. C’est tellement gentil à lui.

Maintenant, j’ai une question un peu bizarre à vous poser, je n’ai jamais essayé ça avant. Vous devez compléter la phrase : Lorsque je suis seul, j’aime… (ndlr : tout le monde a pensé à la même chose, mais après réflexion…)

Oli : …Parcourir des sites de discussions sur le football.

Jordan : …Demander à Oli pourquoi est-ce qu’il parcourt des sites de discussions sur le football !

Matthew : …Essayer de faire quelque chose de plus productif que la masturbation.

Et maintenant, par rapport au futur, quand pouvons-nous espérer une nouvelle sortie ? Tout le monde sur internet se pose la même question.

Jordan : En mars, mais il faudra être rapide : il n’y aura que 250 copies de notre nouveau single.

Oli : Cela ne vient pas de nous, c’est le label qui ne fait que 250 exemplaires. Mais après ce mois, nous allons enregistrer un nouveau single qui devrait sortir en mai si tout va bien.

Jordan : Oui, nous allons en sortir quatre fois plus cette fois !

Oli : Oui, nous allons être bien plus productifs cette année.

Allez-vous tourner en Europe ?

Oli : Nous allons jouer en France dans environ trois semaines.

Jordan : Le 16 mars à Paris et le 17 à La Roche-Sur-Yon, près de Bordeaux.

Oli : Nous allons peut-être tourner en Angleterre en avril.

Jordan : Mais pour tous nos fans à Lincoln… Le 21 mars…

Matthew : Je ne savais pas ! Ça va être super !

Jordan : Nous faisons la première partie de Sleaford Mods à Lincoln.

J’ai beaucoup entendu parler d’eux !

Jordan : Moi aussi ! J’ai entendu dire qu’ils avaient un roadie à bières. Il leur passe des bières pendant qu’ils jouent sur scène. Nous allons aussi jouer au festival de Leeds en mai, ce qui devrait être incroyable.

D’accord. Du coup je crois que vous avez répondu à la dernière question…

Jordan : C’était quoi ?

« Que pouvons-nous attendre de Telegram dans les mois qui viennent ? »

Jordan : N’espère rien.

Matthew : C’est la meilleure chose à faire, n’espère jamais rien.

Oli : Alors, tu seras toujours agréablement surpris ! Nous ne savons pas à quoi nous attendre nous-mêmes.

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