Review : Eaves – What Green Feels Like 

Premier album en demi-teinte pour l’ancien talent 2.0

Les premiers indices sont formels, Joseph Lyons alias Eaves aime déconcerter son auditoire . Si le titre de son premier album donne envie de se plonger dans la “grande verte”,  la pochette n’’incite qu’à rester chez soi. De cette dichotomie qui en sortira vainqueur? 
Deux notes de guitare, et… le décor intérieur d’un désordre organisé  est posé. Mais avec la voix cassée  et  profonde à  la fois d’un bluesman, c’est vers un autre univers qu’Eaves emmène. Un voyage avec beaucoup de monde apparemment. Le timbre du jeune chanteur de Leeds, c’est parfois celui de Neil Young ou Nick Drake qui apparaissent être de bons compagnons dans Pylons, un road trip sur la côte anglaise rythmée par l’électricité urbaine. Et en une seconde, tout bascule. Le calme apparent devient symphonique. Un choc sans doute encore appréciable en live et si le jeune homme chante dans un air savoureux « don’t believe me », il est bon de se pincer pour croire à  cette métamorphose urbaine et bien moins intimiste du musicien.

Mais le côté naturaliste revient au galop dans Dove in your mouth, enfin une nature bien surréaliste avec une chanson aussi étonnante. Si la mélodie semble au début hyper folk et presque contemplative, elle devient rapidement étrangeté alternative à la mélodie cassée grunge, mais l’oreille ne sursaute pas, bien au contraire et le corps suit la mouvance de la musique dansante. Mais, comme un transformiste du son, le jeune homme adpote toutes les formes musicales à la vitesse de l’éclair.

Quand Spin éclate aux tympans, une question vient en tête : quel âge a l’interprète? Jeune sans doute, pendant les premières années de Bob Dylan. Le gamin est prodige, adepte des claviers de piano depuis son enfance, il choisit assez rapidement de prendre la tangente à la guitare. Et ses deux instruments de prédilection installent un décor familier et pas forcément fermier, celui de la maison, comme la pochette. Mais ce n’est pas le foyer qui va mettre à nu le musicien. L’interprétation devient concert portatif, un peu country, avec un choeur assez saisissant à la fin du morceau. Le chanteur aime l’harmonie apparemment ,il récidive dans As Old As the Grave et l’auditeur se demande si c’est toujours Eaves ou le groupe AltJ qui a pris les commandes du studio d’enregistrement. C’est un son plus ancestral que le jeune de Leeds fait alors entendre avec une armée de guitares et batterie pour ajouter une bonne touche de rock atomique au canon folk touchant. Toujours aussi émouvant, mais également plus mélancolique, Timber fait exploser les capacités du live d’Eaves, exercées déjà dans Latitude ou au Great Escape : un instant de grâce ponctué par le timbre de conteur qui fait s’entrechoquer les mots au creux de l’oreille. Si mystique, qu’une prestation sous la charpente d’une église serait idéale pour cette aura spirituelle.

Le rapport à la solitude est le même avec l’énigmatique Hom-A-Gum malgré le retour de l’orchestre fou, un retour assez discret. Eaves semble bien être le seul maître à bord d’un bateau symphonique à la délicatesse de Kings of Convenience et  à la force de Fleet Foxes, un capitaine d’une épopée folle aux confins des mondes surréalistes. Après ce paroxysme, il est temps de retoucher terre, de retomber dans la réalité. Et c’est bien seul dans Alone In My Mind, que Joseph Lyons l’affronte dans un strip tease intégral, mélancolique comme un Miossec, avec peu de pathos mais beaucoup de naturel. Même dans cette soi-disante solitude, les choeurs féminins apparaissent comme des elfes venus pour soutenir son isolement mineur mais féerique . L’ambiance sera-t-elle aussi magique avec Purge ? Le morceau de 8 minutes pourrait être un sacerdoce pour l’auditeur mais Eaves a plus d’un tour dans son sac. Quitte à jouer les magiciens, autant le faire avec de la mise en scène et un sacré brin de voix qui finit presque au bord des larmes. Se remettre des prouesses du mini Villagers se fait en douceur dans Creature Caroussel. Les notes à la guitare deviennent presque airs cinématographiques d’un balancier tendre mais un peu terrifiant. Une façon d’implorer les esprits créateurs de s’excuser de s’être faufilé un peu loin du folk originel. Mais, tout est pardonné au compositeur minimaliste!

Tracklisting :

Pylons

Dove In Your Mouth

Spin

As Old As The Grave

Timber

Hom-A-Gum

Alone In My Mind

Purge

Creature Carousel 



DISPONIBLE dès le 27 avril 2015



NOTE : 7 / 10

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