Keaton Henson : Kindly Now

Une semaine avant la sortie officielle de son nouvel album, Keaton Henson nous fait la surprise de partager son nouveau trésor, Kindly Now dans son intégralité. Trois ans après Birthdays, le jeune compositeur nous livre ici un album encore plus émotionnel, encore plus introspectif et généreux : 12 chansons aigre-douces dont la voix tremblante et plaintive du chanteur est le principal carburant, agrémentant à peine le reste d’un peu de piano et de quelques morceaux de guitare. Certains titres, comme No Witnesses, présentent des sonorités si ténues qu’on penserait presque qu’elles ont été enregistrées dans une chambre d’hotel calfeutrée, sans lumière ni oxygène.

Une fois encore, Keaton Henson relève le pari d’être à la fois incroyablement honnête dans ses chansons, tout en restant implacablement privé dans sa vie professionnelle. Ce qui ne l’empêche pas de toujours rester très occupé : depuis son dernier opus, plusieurs nouvelles compositions ont vu le jour, aussi bien classiques (Bedroom Classical) qu’électroniques. Il a également travaillé sur une production immersive façon DIY des Quatre Saisons de Vivaldi, tout en réalisant la bande originale d’un film (Something Better to Come). L’artiste a également publié un recueil de poèmes intitulé Idiot Verse.

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keaton henson

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Ce nouvel opus s’ouvre sur un titre qui peut faire éventuellement penser que son PC a planté. Il s’agit en fait de March, une sorte d’ouverture discordante à l’album, à laquelle un solo de piano des plus envoutants succède bien vite, celui d’Alright, que le chanteur nous avait fait miroiter il y a quelques temps, afin d’introduire Kindly Now auprès des medias.

Ce morceau est sans doute le plus optimiste de l’album, une lettre ouverte à l’ancien Keaton, le rassurant sur le fait que malgré les ruptures et les deceptions, il est toujours possible d’avancer : un hymne d’une beauté à couper le souffle (Obviously my wounds are open to see / But don’t take them seriously, I’ll be fine.). Une fois n’est pas coutume, les thème récurrents de ces nouvelles chansons semblent une fois encore tourner autour de l’amour, de la perte, de la dévotion et de la douleur, le tout sur fond de bruits extérieurs (soupirs, portes qui grincent), et instrumentalisations diverses et classiques.

Dans The Pugilist, un des nombreux titres déchirants de la tracklist, l’artiste avoue non seulement souffrir pour son art, mais aussi à cause de celui-ci, son but étant non seulement de connecter les autres via son travail, mais de le faire également survire à sa proper mort (“So scared of death that I try to leave part of me here“). Un projet ambitieux. Il répète également “Dont Forget me” plusieurs fois dans le titre, alors que les violons s’affolent à la fin du morceau. De même, sur Polyhymnia, il semble entrer dans une bataille soutenue entre lui-même et sa muse.

Henson se torture lui-même, passant à répétition dans l’essoreuse émotionnelle, tantôt revenant sur des déceptions amoureuses douloureuses, ou la confiance mutuelle semble s’être usée jusqu’à la corde entre les concernés (Comfortable Love, Good Lust), tantôt s’épanchant sur d’anciennes compagnes avec regret (How Could Have I Known.) De même dans Old Lovers In Dressing Rooms, Henson nous compte des retrouvailles fortuites avec une ancienne amante (et des conversations chargées de rancune qui vont avec), déçue par le fait que celui-ci ne semble toujours pas avoir trouvé le bonheur. Comme dans Birthdays, ses mots sont si tranchants et véridiques qu’au final chacun s’y retrouve et se blesse.

Petite nouveauté sur cet album, un des titres accueille les voix de plusieurs invités, Holy Lover. Cette chanson est d’ailleurs la plus étoffée du lot, on y retrouve tous types d’instruments, des violons vrombissants, des violoncelles grinçants, une clarinette enchantée… Un mélange vrombissant qui donne au titre une certaine puissance orchestrale. C’est sur celui-ci et sur March que l’exploration sonique de Keaton Henson sur les intermèdes symphoniques instrumentaux se reflète le plus. Pour le compositeur, créer semble être à la fois la cause et le remède à sa souffrance : on lui souhaite donc de continuer longtemps à bénir nos oreilles tout en cherchant le chemin vers la guérison.

Toujours discret quant à la promotion de son travail, l’artiste ne se produira que dans quelques salles, dont le Palladium à Londres et le Café de Lame à Paris. Des dates à ne pas manquer !

En attendant, retrouvez l’interview filmée donnée par Keaton Henson pour le magazine DYI ici.

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Tracklisting

1.March

2. Alright

3.  The Pugilist

4. Nw Ouverture

5. No Witnesses

6. Good Lust

7. Comfortable Love

8. Old Lovers in Dressing Rooms

9. Polyhymnia

10. Gabe

11. Holy Lover

12. How Could Have I Known

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Nos Morceaux Favoris : Alright, Old Lovers in Dressing Rooms, Holy Lover.

Note : 9/10

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