Pete Doherty fait revivre le Bataclan, un pied-de-nez à la barbarie

Récit d’une soirée “à la Doherty” avec le retour jubilatoire au Bataclan de l’enfant-terrible de la perfide Albion. 

 

La bien-pensance a eu raison de ne pas faire de Peter Doherty l’homme qui rouvrirait Le Bataclan. Non, Pete n’est pas assez consensuel pour cela, il ne rassemble pas assez. N’en déplaise aux deux concerts archi-complets que le chanteur britannique avait prévu de donner au Bataclan, avant que Sting ne vienne lui voler la vedette. Quatre jours après le concert du leader de Police, Doherty s’est offert sa réouverture, sous la forme d’une ode à la vie, au rock’n’roll et au bordel.

Pour beaucoup néanmoins, la réouverture du Bataclan, c’était Pete Doherty. Et ils ont raison. Parce que l’iconique co-leader des Libertines est unique, parce que ses concerts souvent imprévisibles ne se ressemblent jamais, parce qu’il véhicule derrière sa gueule d’ange marquée par des années d’addictions en tout genre et de débauche, l’ardent désir de vivre et de le faire ressentir. On a un instant cru que, mercredi soir, Pete Doherty n’était pas dans son assiette et qu’il allait même nous la mettre à l’envers. Quand une femme sortie de nulle part débarque à 21h, c’est pour demander une minute de silence. Une minute qui durera 10 secondes, montre en main. C’est ça, Pete Doherty. Non, il n’a manqué de respect à personne, il a juste redonné en une poussière de secondes, toute l’âme rock que le Bataclan avait perdu un vendredi soir, au 13 novembre 2015.

 

Pete Doherty au Bataclan, le 16 novembre 2016

Pete Doherty au Bataclan, le 16 novembre 2016

 

Entonnant La Marseillaise au son d’un violon parfois saturé, Pete Doherty harangue la foule, esquisse des sourires émus, pendant que ses fans vont chercher au plus profond d’eux pour déclamer les grandes paroles épiques et patriotiques de notre cher hymne. Le début d’un putain de pied de nez à la barbarie. Provocateur, volontairement nonchalant, tantôt solaire tantôt sur sa Lune, toujours en équilibre, Pete Doherty s’est pourtant imposé comme une évidence. Entonnant I Don’t Love You (But You’re Not Anyone), son dernier single, aux côtés de ballerines, avant d’enchaîner sur Last of the English Roses, l’Anglais démarre fort.

La température grimpe de plusieurs degrés lorsque Carl Barât, l’autre Libertines, fait irruption sur scène alors que Doherty et son groupe sont lancés dans le très beau You’re My Waterloo. Le Bataclan se met à rugir de bonheur devant la réunion surprise des deux frères du rock anglais, et se déchaîne alors sur Up The Bracket. C’est bon, c’est certain : le Bataclan revit pour de bon.

 

Pete Doherty en concert au Bataclan, le 16 novembre 2016

Pete Doherty en concert au Bataclan, le 16 novembre 2016

 

Durant 90 minutes, Doherty et ses musiciens – parmi lesquels le guitariste Jack Jones qui, après avoir assuré la première partie entre compositions acoustiques et poèmes engagés, a fini torse nu avec le nom de Nick Alexander écrit sur le torse en hommage à l’Anglais décédé au Bataclan – vont livrer un show bordélique, assurément rock’n’roll, et aux antipodes de la justesse. Personne n’est venu voir Doherty donner dans le lyrique. Et même quand le type essaie, noyé entre l’émotion et l’abus de substance, de lâcher quelques mots en franglais à propos des attentats, personne ne comprend mais n’en attendait pas moins. L’artiste peut alors embrayer Hell to Pay at the Gates Of Heaven, un titre de son dernier album à paraître (Hamburg Demonstrations) écrit après l’attaque du Bataclan qui a vu 90 personnes perdre la vie. Un drapeau français qu’il brandit et sur lequel on peut lire Fuck Forever Terrorism traduira sa pensée.

Alors oui, en 1h30, il aura un peu près tout maltraité. Du matériel son à ses roadies, des instruments de musique, des amplis, la langue française en passant par un drapeau baignant dans un liquide étrange, ce Doherty déchaîné a surtout magnifié l’attitude rock, voire punk, dans un Bataclan acquis à sa cause. Après avoir notamment joué Killamangiro (des Babyshambles), repris furtivement Don’t Look Back in Anger, improvisé sur Time For Heroes avec son bro Carl, c’est un Pete Doherty transpirant mais comblé qui referme la parenthèse avec un Fuck Forever de circonstance faisant jubiler le Bataclan.

NOS PHOTOS DE PETE DOHERTY AU BATACLAN

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