Irrésistible prise de la Bastille au Zénith de Paris

Presque 5 mois après la sortie de Wild World, le quartet Bastille s’est produit ce 2 Février au Zénith de Paris pour une date exceptionnelle. Récit.

Ce concert de Bastille n’était pas à rater: unique date française du groupe en 2017, la formation venait défendre son deuxième album, Wild World. Mais avant de voir le groupe en action venait l’obligé exercice de la première partie; ce soir assuré par Rationale.

Espoir montant de la scène électro-pop britannique, Rationale ouvrait ce soir pour Bastille. L’occasion de goûter à une fusion électro-soul des plus agréables. Accompagné sur scène de batterie, claviers ou encore guitare, le jeune musicien a interprété en live ses tous derniers singles, annonciateurs d’un EP à venir. Vessels, Re.Up, Fast Lane: tous y passent, avec un sens de la composition et du rythme qui ne peuvent que retenir l’attention.

Très en forme, le chanteur s’active avec un plaisir communicatif sur son clavier. Se déplaçant d’un bout à l’autre de la scène avec vigueur tandis que s’animent en fond des lettres formant le nom de l’artiste, ce dernier incite le public à lever les bras en l’air, à les onduler, à les agiter. Classique mais efficace: le jeune artiste sait comment manier la foule.
Le set se déroule ainsi tranquillement, avec des compositions efficaces et prometteuses. Le point fort vient en fin de set, avec ce Reciprocate d’une puissance folle, fragmentant sa rythmique pour un refrain on ne peut plus agréable. Grand sourire, tour de remerciement: Rationale a profité de son set en tant que première partie, et a bien chauffé le public. Mission réussie, et artiste à suivre, indéniablement.

Et après l’entrée vient le plat de résistance. Tandis que les écrans diffusent un présentateur de WWCOMS annoncer le début du broadcast, le groupe s’avance sur scène. Cerise sur le gâteau: des cuivres, sur la droite de la scène. Est alors lancée, dans une euphorie générale, la folle mélodie de Send Them Off!, single du dernier effort du groupe. Accompagnés par un musicien additionnel discrètement déchaîné, Bastille fait feu de tout bois et délivre un premier titre annonciateur du meilleur.

Mais il faut laisser le temps à la foule de se chauffer. Malgré d’excellents Laura Palmer et Warmth (indéniables temps forts du concert), la mayonnaise ne prendra vraiment qu’à partir de l’excellente Flaws, extraite de Bad Blood, premier album du groupe. Le frontman, Dan Smith, s’avance dans la foule et la traverse, se déplaçant en fosse comme en gradins tout en délivrant les paroles d’un des meilleurs titres du groupe au jouissif refrain. L’ambiance est à son comble: le groupe peut alors se lancer à de multiples expérimentations.

S’il est question de félicité avec Bastille, il est également souvent question de mélancolie et de titres plus méditatifs et réfléchis. On pense alors à la performance live de Fake It, dévastatrice de beauté, ou encore celle d’Oblivion, superbement en retenue. Mais la palme revient indéniablement à Four Walls (The Ballad of Perry Smith); extrait de Wild World, le titre, sympathique en studio, se voit offrir en live une outro inédite et surpuissante, accompagnée par un solo de guitare qui, loin de se vautrer dans une superflue technicité, s’intègre parfaitement au sein de la formation. Un moment tout simplement époustouflant.

Très communicatif, Dan Smith prend fréquemment la parole entre deux morceaux, nous remerciant de notre présence, exprimant son plaisir d’être à Paris. La bonne humeur est communicative au sein du groupe, et on sent la formation heureuse de se produire devant nous. En découlent alors de superbes performances live, mixant les deux albums du groupe, de Bad Blood à Lethargy en passant par Things We Lost in the Fire, déchaînant fosse et gradins.

Mais s’il y a bien une séquence à retenir de ce concert, c’est ce milieu de set absolument fou. The Draw, b-side de Bad Blood, vient faire plaisir aux fans de la première heure en délivrant un ultime couplet dévastateur; immédiatement suivie de The Currents, titre phare de Wild World avec son atypique mélodie et son imparable refrain. “Wild World est un très long album, genre, 19 morceaux. Celui-ci est pour ceux qui ont eu le courage de rester jusqu’à la fin: merci”. Le groupe délivre alors un The Anchor, véritable perle cachée de Wild World, qui prend toujours plus d’ampleur en live, avec ce refrain chargé d’émotions et ce pont dédié aux cuivres. Un pur régal.

Un puissant Blame plus tard parfaitement desservi par une guitare distordue à souhait, et Of the Night retentit, Dan placé sur une b-stage à l’opposée de la scène. Moment le plus rythmé du concert, la performance du titre voit le frontman inciter le public à s’accroupir pour mieux sauter au tempo de la reprise de Corona; un plaisir coupable.

L’un des rares points faibles du concert vient de Glory, titre de Wild World qui, malgré une superbe scénographie retraçant la création de la pochette de ce deuxième album, manque cruellement d’efficacité. 4 minutes de temps faible sur 1h45 de live: ne nous montrons pas trop rudes.

La scénographie évoquée plus haut est au cœur du live: servie par un gigantesque écran s’animant derrière la formation, il voit de superbes designs s’animer au rythme des titres du groupe. L’éclairage dessert également cette mise en scène, avec deux statues de verre assises à leur sommet rappelant la pochette de Wild World et la session Vevo de Fake It.

Devant cette scénographie, chacun s’active avec grand plaisir: tandis que les cuivres se déhanchent d’une inimitable façon au rythme des morceaux, chaque membre de Bastille prend son temps pour briller. Dan, Kyle, Will et particulièrement Woody, avec ces rythmiques complexes et inventives, jouées avec une mesure incomparable.

Le temps d’un Good Grief merveilleusement enrichi par les cuivres sus-nommés, et c’est l’heure du rappel. Dan réapparaît dans les gradins pour un Two Evils superbe mais légèrement gâché par un étrange souci de poursuite; et vient alors le temps de la conclusion avec un imparable duo Icarus/Pompeii. Rationale et ses musiciens rejoignent Bastille pour ce dernier titre, et tandis que le public reprend les chœurs avec force et puissance, le groupe délivre d’ultimes rythmiques et accords. Sous un tonnerre d’applaudissements, la formation quitte la scène, non sans nous remercier chaleureusement au préalable.

Presque 3 ans après leur dernier concert dans une salle française, Bastille sont ce soir revenus victorieux. Forte de deux solides albums, la formation semble prête à s’envoler vers les sommets de la scène pop-rock contemporaine, à grands renforts de titres à la fois intimes et ambitieux. Une véritable réussite, et une irrésistible ascension.

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