Blanck Mass – World Eater

Blanck Mass, ou l’égérie d’un genre de musique bien trop rare. Voguant du post hard core à un retranchement électronique désenchanté, ce projet solo de Benjamin John Power à de quoi nous éblouir. De sa teneur très dense, tout d’abord, et de l’émotion qu’il réussi (presque) à transmettre tout du long de son troisième opus “World Eater”. Lâchez prise. 

Pendant la production de World Eater, l’inspiration de Power ne s’est pas reposée sur les acquis des précédents albums. Bien au contraire. Ce petit troisième s’ouvre plutôt tranquillement. Dans le sens dénué de toutes densités électro. John Doe’s Carnival of Error articule une structure totalement introductive. Elaboré comme une tension crescendo, la voix se pose, petit à petit, sur une mélodie entêtante…pour finalement imploser de toute part. Puisque si Blanck Mass est réputé pour détruire les clichés autour de la musique électronique, il a toujours eu cet aspect rappelant fortement The Prodigy. Comme un protégé de ce groupe à l’énergie débordante, Benjamin John Power porte le drapeau d’une dignité déconcertante. Rhesus Negative, deuxième chapitre et pas des moindres, sillonne divers paysages sonores. Si ce n’est sa durée, de 9 minutes, qui peut dérouter (et ennuyer, au bout d’un moment), le morceau possède ce talent constant de réinvention. Il se dévoile comme une bombe, explosant sur le no-man’s land. Puis, il contemple les dégâts qu’il a causé et se métamorphose, voulant se racheter. De là, Blanck Mass, vire vers l’hard-core, vers le torturé. Reste la dernière partie du morceau, qui reprend la danse de départ ; saisissante, transcendante.

Après cette sérieuse dose d’adrénaline injectée dans l’urgence, l’ouragan sonore se calme. On en serait presque abasourdis. Le musicien sait rendre la part elle aux origines. Please, ou le calme après la tempête, nous fait étrangement penser aux dernières trouvailles de Wonder Where We Land, de SBTRKT. Pourtant, c’est bien Blanck Mass qui pilote les manettes du vaisseau. Le caractère lancinant de la mélodie nous remet dans le droit chemin. Solide, d’une puissance inouïe, le titre se termine comme il a commencé, minimaliste et lyrique.

World Eater déroge une nouvelle fois la règle instaurée par son prédécesseur en propulsant The Rat comme un son tribal et fédérateur. Les beats furieux, qui se superposent à des synthétiseurs survoltés, varient les accords mineurs et majeurs. De quoi proposer deux miroirs : l’un, plus sombre, qui ne peut faire de l’ombre à son double, davantage optimiste. Les deux se complètent mais font l’effet d’un aimant, se rejettent. Finalement, le morceau s’assemble en son sein, pour se décomposer… afin de donner naissance au meilleur moment de l’album. Comme renaissant des cendres de ces anciens, Silent Treatment se soulève, accompagné de choeurs mixés en samples. La vague s’élève et se fracasse. Flute au programme, le titre fonctionne comme une marée. Il se rétracte un instant, préparant les prochaines festivités, l’attaque suivante. Blanck Mass en profite pour expérimenter pendant deux minutes. Incorporant des jolies sonorités vocales, il façonne Silent Treatment comme un best-of de World Eater. Tantôt calme, une cymbale vient briser la routine. La masse s’écrase à nouveau. Malgré tout, si on devait caractériser le final du morceau, “félicité” en serait le terme approprié.

Léger coup de mou, cependant, avec Minnesota/Eas Fors/Naked. Naturellement, comme l’indique le titre, cet avant-dernier souffle se sépare en trois parties plutôt distinctes. Dommage, il faut le dire, qu’il souffre d’une certaine inégalité. Si la première partie cacophonique (on suggère Minnesota) ne convainc pas, la seconde est plus cosmique. Elle s’étale, comme une voie lactée après un Big-Bang, sous effet de claviers et de cloches timides. Bien heureusement, le morceau se renouvelle une autre fois. Les deux dernières minutes, dignes d’une bande-originale d’un film des années 90, est volontairement sous-produite. Regrets. On aurait aimé un morceau entièrement comme cela. La travail de la transition est ici extrêmement bien ficelé, arrangé. Blanck Mass présente le dernier tableau : Hive Mind. Simpliste et reminiscent de Lake People, l’artiste tire néanmoins son épingle de la boîte à rythme. On vous laisse découvrir ce qu’il vous réserve pour l’épilogue.

En définitif, World Eater demeure un album passionné et passionnant. Travaillé jusqu’à la moelle, il possède la rage nécessaire pour soulever les clubs et susciter les passions. Sans oublier les lots de moments contemplatifs, mixés tout en retenus. Ce nouvel album n’est qu’une pierre ajoutée sur l’édifice d’un petit génie qui se réinvente continuellement. La musique expérimentalo-électronique à de beaux jours devant elle.

Ecoutez Blanck Mass.

Tracklisting

John Doe’s Carnival of Error

Rhesus Negative

Please

The Rat

Silent Treatment

Minnesota / Eas Fors / Naked

Hive Mind

Nos moments favoris : John Doe’s Carnival of Error, Please, Silent Treatment

La note : 8,5/10

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