The Age Of The Understatement : retour sur une merveille d’album

The Age Of The Understatement fête déjà ses 10 ans : l’occasion de revenir sur un album qui a dépassé ses ambitions.

Frais, enivrant, inspirant, grandiose, épique : les qualificatifs ne manquent pas pour parler du premier album des Last Shadow Puppets. Pourtant, il a été enregistré assez simplement : dans la campagne française, en été, avec seulement trois personnes au fond d’une grange réaménagée en studio. Mais quand ces trois personnes sont Alex Turner, Miles Kane et James Ford, tout de suite, on ne peut s’attendre qu’à du (très) bon. Le premier est alors leader d’un des groupes anglais les plus adulés du moment, tandis que son nouveau meilleur ami Miles vient de former les Rascals, son nouveau groupe, après avoir quitté les Little Flames. Avec James Ford comme batteur et comme producteur, les Last Shadow Puppets sont prêts à exercer leur magie. Une dernière marionnette viendra ajouter sa part au tableau : Owen Pallet, à qui l’on doit la section cordes de l’album.

Peut-être est-ce le fait de n’avoir aucune pression, l’album n’étant pas prévu et le supergroupe encore inconnu, toujours est-il qu’Alex et Miles sortent un peu de leur indie rock habituelle pour composer un album britpop aux influences 60s plus que revendiquées. Les voix des deux anglais se mêlent et se répondent au fil des chansons, créant une tension et une narration à la fois lyrique et nerveuse. Du début à la fin, chaque chanson est une perle de paroles sublimes posées sur un écrin musical parfaitement adapté, la guitare immédiatement reconnaissable de Miles Kane jouant de pair avec les cordes majestueuses d’Owen Pallet. Décortiquons maintenant ensemble cet album.

La pochette
Pour illustrer cet album aux sonorités 60s, quoi de mieux qu’une photographie datant de 1962 ? Surtout lorsque celle-ci est prise par Sam Haskins. On peut y admirer Gill, une étudiante en art, remettant ses knee socks dont parlera plus tard Alex Turner sur un certain AM

Le titre
The Age Of The Understatement, soit littéralement « L’ère de la litote ». Drôle de nom pour un album, mais au vu des nombreuses tournures de phrases littéraires utilisées pour les paroles, ce n’est pas si étonnant. Et puis, s’il faut en dire moins pour suggérer plus, peut-être est-ce un titre suffisant pour annoncer l’ampleur de ce qui est à venir…

Les thèmes
Pas de soirée qui finit mal en banlieue anglaise cette fois, Alex Turner et Miles Kane s’éloignent des thèmes abordés dans leurs carrières respectives pour se concentrer sur un thème plus classique, et plus intemporel : l’amour, évidemment. Il y est question de femmes fatales et d’amours déçues, même si Turner a plus récemment admis ne pas toujours comprendre ce qu’il avait écrit… comme quoi, de très jolies choses peuvent naître d’un enchaînement pas forcément très clair de vocabulaire.

La réception
C’est tout simplement un succès unanime pour les deux anglais. Autant la critique que le public tombent sous le charme de cet album, le plaçant en tête des ventes au Royaume-Uni dès sa sortie. On comprend alors pourquoi cela a déchaîné les passions quand les deux compères ont annoncé la reformation du groupe en 2016, soit huis ans plus tard !

3 singles à retenir
The Age Of The Understatement
L’ouverture de l’album est particulièrement flamboyante : avec sa batterie qu’on croit sortir tout droit d’une cavalerie, la guitare qui fuse et les choeurs graves qui ajoutent à la tension dramatique du tout, la chanson éponyme est un brillant début. Et puis, comment oublier ce clip improbable à base de tanks russes ?

My Mistakes Were Made For You
L’une des chansons les plus calmes de l’album et également l’une des plus belles. Alex Turner prend les devants, chantant sur l’intégralité du titre, et signe ainsi une ballade mélancolique et poignante.

Standing Next To Me
Want her, have her, two years have gone now but I…” Comment ne pas se laisser emporter par cette chanson, morceau emblématique des Last Shadow Puppets, au succès plus que mérité ? La section légère et enlevée, le tambourin, tout est frais et pop, sans compter l’harmonie des voix d’Alex et Miles, hautement appréciable.

3 non-singles à retenir
Separate And Ever Deadly
Détonnant un peu des autres morceaux par sa nervosité et même, disons-le, sa férocité, Separate And Ever Deadly est l’un des morceaux les plus puissants de l’album. Pas une seconde de répit pendant ces courtes deux minutes et quelques; Alex et Miles se répondent sans relâche, et la tension est palpable. Pour le plaisir, on vous mets la dernière version live en date, celle jouée à Rock en Seine en août 2016.

I Don’t Like You Anymore
Difficile de ne choisir que 3 non-singles, mais I Don’t Like You Anymore retient particulièrement l’attention, en cela qu’elle est quasiment divisée en deux parties, l’une assurée par Alex et l’autre par Miles. Ainsi ce dernier est-il, comme à son habitude, plein d’une énergie qu’il déverse sans peine, tandis qu’Alex calme le jeu en prenant le temps de poser l’ambiance. L’alternance des deux univers permet un morceau riche, au rythme changeant.

Meeting Place
Enfin, comment ne pas citer Meeting Place ? On peut sans peine lui attribuer le prix de chanson la plus mignonne de l’album, si douce et printanière. La réduire cela serait toutefois une erreur, les paroles étant une fois encore une réussite totale, narrant une séparation inévitable, et les cordes prenant une place plus grande que sur d’autres morceaux.

The Age Of The Understatement a réussi, dix ans après, à garder sa fraîcheur et sa classe. Scellant la bromance Alex Turner / Miles Kane, il les élève surtout au rang d’artistes britanniques incontournables.

Concerts Miles Kane
 
Miles Kane à Paris - 4 octobre 2018
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