Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel + Casino

Presque 5 ans après AM, les Arctic Monkeys reviennent et nous offrent un séjour dans leur Tranquility Base Hotel + Casino. Écoute et critique.

I just wanted to be one of the Strokes, now look at the mess you made me make“. La formation de Sheffield est loin, très loin de leurs énergiques débuts; et, de façon moins surprenante, presque aussi loin de la compilation d’ultra-hits de leur dernier AM. Comme une réaction presque allergène à l’étiquette de “sauveurs du rock”, les Arctic Monkeys se sont éloignés de toutes conventions et de tout confort pour nous livrer ce Tranquility Base Hotel + Casino.

Le maître de cérémonie est évidemment Turner, dont l’ombre est presque parfois étouffante. Évitant de peu l’escapade solo, le poète esthète livre une partition impeccable avec des vers Turner-esques au possible, cryptiques et débordant d’allitérations, frisant parfois de peu l’auto-parodie (“Hitchiking with a monogrammed suitcase, miles away from any half-useful imaginary highway“), catapultant sa voix et ses mélodies dans l’espace à grand renfort de falsettos, orbitant comme une délicieuse anomalie au-dessus du reste de la discographie du quatuor.

Quelques morceaux suffisent à capter l’essence de ce Tranquility Base Hotel + Casino unique en son genre: l’ambiance résolument lounge de l’ouverture Star Treatment, puis le délicieux duo One Point Perspective/American Sports. Pièce maitresse, le piano guide les mélodies et les chœurs, proposant de sublimes variations mélodiques qui ne se découvrent qu’au fil des écoutes, aidé par une production raffinée laissant à chaque instrument une fenêtre pour briller à sa façon.

Avec le piano en frontman, les guitares se font rares sur ce nouvel effort. Les fulgurances fuzz sont alors privilégiées, comme dans la conclusion du vénéneux American Sports ou pour introduire le splendide Golden Trunks et l’évident single Four Out of Five. Là où la guitare s’efface, la basse de Nick O’Malley prend elle une place centrale, délivrant des lignes smooth et délicieuses, instantanément addictives et faisant tout le sel des 11 pistes qui constituent la galette. La batterie de Matt Helders se retrouve, en comparaison, moins intéressante, sortant seulement de ses gonds pour le grandiloquent She Looks Like Fun et le torturé Science Fiction. Dans une évolution de style cependant cohérente (il suffit d’écouter le Post Pop Depression de Iggy Pop pour se rappeler que sir Helders n’a pas attendu les Arctic Monkeys pour apaiser son jeu), le musicien se retrouve avec des rythmes bien plus intéressants que sur le lourdaud et binaire AM.

Car le terme binaire n’est pas choisi au hasard. Là où les Monkeys visaient une instantanéité rock parfois agaçante sur leur précédent effort, Tranquility Base Hotel + Casino s’en veut être l’antithèse, le négatif absolu. Slow-burner dans la plus pure des formes, la beauté de l’œuvre ne se révèle qu’au fil d’attentives écoutes, au détour d’une progression d’accords, d’un changement de rythme, d’une évolution mélodique inattendue. On pense à l’ultime refrain de Golden Trunks, sublime instant suspendu, au couple piano/basse de Science Fiction, à l’ambiance qui se dégage du titre éponyme, à la rythmique syncopée de The World’s First Ever Monster Truck Front Flip(!), à l’évidente mélancolie de The Ultracheese. Autant de moments de grâce qui invitent sans cesse à la redécouverte.

De l’aveu même de Turner, ce Tranquility Base Hotel + Casino pourrait se situer sur la Lune. Il n’est pas surprenant alors de se retrouver face à ces titres défiant la gravité, tutoyant les astres, nous propulsant dans l’antre d’une structure méticuleusement conçue par les 4 musiciens, accueillante et déroutante. Délaissant les structures conventionnelles en multipliant les fausses pistes, préférant l’exploration d’un groove à la recherche de la compilation d’ultra-hits, les Arctic Monkeys ont conçu leur œuvre la plus atypique, complexe et complète qui divisera sans l’ombre d’un doute. Mais une fois pris dans son filet, impossible de quitter le Tranquility Base Hotel + Casino: il se dégage du lieu une aura unique et incomparable qu’on ne retrouve et retrouvera nul part ailleurs.

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Tracklisting :

 

Star Treatment

One Point Perspective

American Sports

Tranquility Base Hotel + Casino

Golden Trunks

Four out of Five

The World’s First Ever Monster Truck Front Flip

Science Fiction

She Looks Like Fun

Batphone

The Ultracheese

 

Nos morceaux préférés: Star Treatment, One Point Perspective, American Sports, Tranquility Base Hotel + Casino, Golden Trunks, Four out of Five, Science Fiction, She Looks Like Fun

 

LA NOTE : 9,5/10

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