Marsatac se fait une place dans la cour des grands

Vingt ans, l’âge de tous les possibles ? Pour son édition anniversaire, le festival Marsatac a comblé les nostalgiques de la première heure et les nouveaux festivaliers plein de fougue. Retour sur une édition forte en émotions. 

Véritable marqueur identitaire de la ville de Marseille, ou totem comme se plaisent à l’appeler les communicants, le festival Marsatac est loin d’avoir abattu toutes ses cartes. Ne cessant d’évoluer depuis sa première édition en 1999 dans la modeste mais non pas moins iconique salle de l’Espace Julien, le festival fête cette année ses 20 ans en invitant les festivaliers dans une plage artificielle, plutôt kitsch, à deux pas du Stade Vélodrome.

Festival aux multiples facettes, alternant sans cesse entre musique électronique pointue, grands noms du rap et nouvelles découvertes pleines d’avenir, Marsatac ne renie pas son ambiance résolument urbaine, presque industrielle. Année anniversaire donc, mais aussi année record, accueillant près de 35’000 festivaliers sur les trois jours de festival. On vise le double l’année prochaine ?

Romeo Elvis (Frame Pictures pour Marsatac)

 

Jour 1 : vendredi 15 juin

Si la première soirée de festival ne laissait de place dans sa programmation à aucun artiste britannique, elle ne fut pas pour autant dénuée d’intérêt. Loin de là. Les premiers concerts n’ont pas encore commencés que se forment déjà deux groupes : ceux qui payent leurs bières avec le bracelet du festival et ceux qui passent par une application tierce. Au vu de la queue devant les baraquements des pauvres bénévoles chargés de créditer les bracelets, on se contentera de l’application. Assez étonnement pour un festival, l’un des concerts les plus attendus de la soirée est le premier de la journée. C’est en effet le b2b entre Lomepal et Romeo Elvis qui lance les hostilités de cette vingtième édition, en inaugurant de fait la Grande Scène extérieure, nouvel atout du festival. Amis dans l’intimité, les deux rappeurs de la nouvelle vague franco-belge se sont produits pour une collaboration annoncée exceptionnelle, ressemblant malheureusement plus à l’agrégat de deux concerts qu’à un réel spectacle original. Pas grave, les fans étaient conquis et nous aussi. Après un passage devant Lord Esperanza, l’homme à suivre du rap français qui vient de sortir son nouvel EP Internet, ainsi que le rap wtf de Biffty & DJ Weedim, il est déjà l’heure d’aller voir IAM, une sorte de religion très marseillaise. Venus fêter les 20 ans de leur mythique album L’Ecole du Micro d’Argent, le groupe a autant comblé les trentenaires nostalgiques que les fans de Lomepal pas encore couchés.

A peine le temps de voir une personne se faire déloger du canard en plastique par la sécurité dans une scène digne d’un muet d’Harold Lloyd, où elle avait élu domicile cinq heures plus tôt sans que personne ne s’en rende compte, que commence la seconde partie de soirée, consacrée à la scène électronique. Assurant la transition, le jeune producteur Petit Biscuit aurait pu voir la fête  être gâchée par un mouvement de foule du à un jet de bombe lacrymogène, interrompant pendant de longues et pesantes secondes le concert alors que les spectateurs se demandaient, inquiets, s’il s’agissait d’un incident digne d’attention ou d’un simple plaisantin. Interlude de courte durée, le public répondant rapidement aux appels de l’artiste interrogatif, rappelant la triste réalité dans laquelle est plongé la tenue de festivals en France. Gangue, composé des groupes La Fine Equipe, Haring et Fulgeance, formé afin de célébrer l’anniversaire de trois festivals incontournables (Nordïk Impact, Dour et Marsatac) a réussi son pari, nous faisant presque regretter que le projet soit éphémère… Fin de journée pour nous sur le set de Sam Paganini, dans ce Grand Palais transformé pour l’occasion en temple de la musique techno. Malheureusement la fatigue commence à avoir raison de nous. Pas facile de vieillir.

Rejjie Snow (Frame Pictures pour Marsatac)

Jour 2 : samedi 16 juin

Début du second jour de festivités. Après un rapide passage au photocall de La Poste, on entend commencer au loin le set d’Aloha Orchestra. Depuis ses premiers pas remarqués avec Come On, le groupe n’a jamais cessé de se bonifier, jusqu’à atteindre une certaine maturité. Et cela se ressent sur scène, distillant avec joie une pop résolument estivale aux premiers festivaliers assis sur le sol de la grande scène. Transition plutôt étonnante avec Rejjie Snow, premier nom britannique de cette programmation. Entonnant Drugs, puis rappelant dans une parenthèse légale qu’il ne cautionne pas l’utilisation de drogues, le natif de Dublin -qui a sorti son premier effort Dear Annie plus tôt dans l’année- brouille les pistes sur ses influences, utilisant références sur références. Comme le jour précédent avec Lomepal x Romeo Elvis, c’est Nekfeu qui déchaîne les vagues de fans venus pour l’occasion voir la première date de la nouvelle tournée du maralpin. Si le public est au rendez-vous, n’hésitant pas réciter par cœur les paroles du rappeur, regrettera que le nouveau spectacle ressemble plus à une production du $-Crew qu’à un un spectacle solo.

C’est Paul K qui clôture la programmation de la Grande Scène pour cette vingtième édition, témoignant d’une simplicité remarquable, communiant avec son public, tout en délivrant un set d’une grande précision et d’une grand complexité. Si le supporter inconditionnel du Bayern marque l’entrée du festival dans la seconde partie de soirée consacrée à la musique électronique, c’est le producteur britannique Ross From Friends qui fait basculer le festival dans l’underground, à l’image d’un set house de grande qualité. Hungry 5, collectif composé par N’to, Worakls et Joachim Pastore, lui aussi n’a pas déçu, présentant les meilleurs morceaux du fameux label Hungry Music, au son syncopé et minimaliste, si caractéristique des sonorités de ses créateurs. Les producteurs britanniques auront eu la part belle au cours de cette seconde journée de festival, à l’image de BicepBlawan et BEN UFO, dignes représentants d’une production féconde Outre-manche, mais peinant parfois à s’exporter, faute de publicité. Bicep justement, qui fut pour beaucoup de festivaliers l’un des coups de coeur electro de cette programmation, et qui fête cette année les 10 ans de son fameux blog Feel My Bicep. La légende dit que seuls les meilleurs restent jusqu’au dernier set d’un festival. Alors, faut-il dédier le closing de Nina Kravitz à ces clubbeurs de l’extrême, ceux qui ne cessent jamais de danser malgré le vomis à leur pieds, ou l’envie dévorante de se coucher dans un coin de la salle. 5h00 du matin, il est temps de rentrer chez soi. Les plus courageux iront le lendemain à la Plage du Petit Roucas pour l’after tant attendu du festival, les autres iront au repas de famille de la fête des pères, mais tous avec une pensée : l’envie de revenir à Marsatac.

Closing à la Plage du Petit Roucas (Virgile Gesbert, Frame Pictures pour Marsatac)

Rares sont les points d’ombre sur le tableau de cette vingtième édition de Marsatac. Au vu du nombre et de la qualité des artistes, les clashs entre artistes auraient pu être nombreux. Il n’en est rien, le passage d’une scène à l’autre se faisant naturellement, permettant de ne manquer finalement que peu d’artistes. L’absence de verres consignés, remarquée tant par les spectateurs désireux d’avoir un souvenir que par les membres de la Brigade Verte (ndlr. les bénévoles chargés de nettoyer le site du festival), serait à nos yeux l’un des plus gros grief que l’on pourrait faire à l’organisation de l’événement.
L’équipe du festival, regardant avec admiration les grands festivals plein air comme les Eurockéennes, pourrait bien décider d’aller plus loin encore, et on ne peut que lui souhaiter, alors que la rumeur d’un camping enfle progressivement.

On se donne rendez-vous les 14, 15 et 16 juin 2019 pour la 21ème édition du Festival, qui réservera à n’en pas douter de nombreuses surprises.

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