Les Arctic Monkeys font honneur aux Nuits de Fourvière

 

“C’est pas comme Benjamin Biolay, ça c’est sûr” criait une quarantenaire en plein pogo à son mari, à quelques mètres de là. Retour sur une énième date à guichet fermé des Arctic Monkeys.

D’aucuns diront que le groupe, se complaisant dans nouvel album souvent jugé d’insipide, aurait perdu de sa superbe. Les autres ne constateront qu’une expérimentation, un coup de poker de la bande d’Alex Turner, qui loin de s’être assagie avec le temps, a seulement cherché à se réinventer. Et quelle réinvention en effet.

Croisés quelques heures plus tôt sur le perron d’un restaurant lyonnais, les Arctic Monkeys accusaient la fatigue, mêlants l’insouciance de jeunes artistes en tournée à l’assurance des anciens roadies. Après un bref échange avec Alex Turner, plus timoré que ce à quoi on aurait pu s’attendre, et Matt Helders, lequel nous confie qu’il est en train de travailler sur un bouquin de photographies, on se décide à laisser la formation à leur intimité, en attendant de les retrouver dans l’antique Théâtre de Fourvière surplombant la capitale des Gaules. Il faut le dire, les fans étaient là depuis la première heure, massés devant l’entrée ou dans les hauteurs du site, tentants parfois en vain d’avoir le meilleur spot pour apercevoir entre deux murets un morceau du concert, une jambe d’Alex, une main de Jamie, un bout de baguette de Matt ou un bout de pied de Nick. A peine le temps de prendre des nouvelles d’une jeune femme à la peau dangeureusement rosie par le soleil brûlant et attendant sans aucune ombre depuis près de dix heures, que les portes s’ouvrent, et avec elles un déferlement de fans du groupe.

Décidément, notre pélerinage estival aura été rythmé par la Coupe du Monde. Et pas de chance pour la première partie de la soirée, Cameron Avery, son concert chevauchant la seconde mi-temps de la très attendue demi-finale de l’événement. C’est donc rythmé par les cris de supporters, cachants leur portable dans le dos de leurs voisins, que le multi-instrumentiste australien, a défendu son album Ripe Dreams, Pipe Dreams sorti en 2017. Véritable introduction au nouvel album des Arctic Monkeys en terme d’influences, Cameron Avery installe une ambiance suave, romantique, à la croisée des styles de Robert Francis et Father John Misty. Après un rapide set, notamment ponctué d’un clin d’oeil à son auditoire français avec le morceau C’est Toi, lequel ne comporte aucune parole en français, le bassiste de Tame Impala quitte la scène, mais par pour très longtemps car il est l’un des musiciens de scène des Arctic Monkeys.

Et puis, après un peu d’attente, plus rien. Le cultissime Don’t Let Me Down des Beatles repris en choeur par le public se stoppe, emportant avec lui la clameur des spectateurs, dont la majorité est encore étonnée d’avoir pu obtenir une entrée, alors que tout a été vendu en un peu moins de deux minutes. Les sept membres de la formation s’installent progressivement à leurs places, alors qu’Alex Turner manque toujours à l’appel. Il est vrai  que l’ego-trip du frontman a questionné les interessés de la formation, à l’image de ses mimiques quasi-prophétiques, les bras en croix, en pleine promotion au Tonight Show de Jimmy Fallon. Mais Alex Turner s’est assagi, dirons-nous, depuis la sorti de son album, attribué par quelques fans blagueurs au groupe fantoche Alex Turner & the Monkeys. Premier titre d’une setlist aux nombreuses surprises, Four Out of Five, sans doute la plus grande réussite du dernier effort du groupe, plonge les spectateurs dans l’ambiance suave de leur Tranquility Base Hotel & Casino. Si l’on devait diviser le concert en grande partie, on y remarquerait un alternance entre chansons énergiques, notamment issues du premier album, et ballades. Ainsi, la première partie du set, provoquant à n’en pas douter de la nostalgie pour nombre de spectateurs, a vu s’enchainer Brianstorm, forcément une surprise après la chanson précédente, avant d’enchaîner avec Don’t Sit Down Cause I Moved Your Chair, Crying Lightning et The View From the Afternoon. La mythique Teddy Picker n’a pas encore finie de résonner sur les antiques pierres du Théâtre de Fourvière que le groupe poursuite avec la romantique et torturée 505, comme un ultime coup de grâce, un ultime rappel de ce que les Arctic Monkeys ne seront surement plus. Comme une berceuse The Ultracheese ramène, sans doute un peu contre leur grès, de nombreux festivaliers dans l’ambiance lounge du premier album. Ainsi s’amorce un interlude dans le concert, plus posé que précédemment, à l’image d’une magnifique interprétation de Cornerstonesuivie d’une reprise de Lipstick Vogue d’Elvis Costello, déjà reprise plusieurs années auparavant, mais ayant cette fois-ci une saveur toute particulière alors que le chanteur britannique, atteint d’un cancer, a été contraint d’annuler sa tournée. Après la génialissime Knee Socks et entre plusieurs chansons du dernier album, trône fièrement Do I Wanna Know ?interprétée tel un cadeau aux spectateurs, qui pour une grande partie a découvert le groupe avec son album AM. La fin du concert commence à poindre, alors que le groupe enchaîne les immanquables Pretty Visitors et I Bet You Look Good on the Dancefloor.

Après le rideau noir résonnent les cris des spectateurs désireux de vivre le bouquet final de cette date exceptionnelle, et enfin le retour, sur un très fidèle Star Treatment, rappellant l’ambiance cosy d’un piano bar. Dernières offrandes à cette salle comble baignée par les étoiles, Arabella et Are You Mine marquent le dénouement d’une soirée que beaucoup attendaient avec impatience.

Les Arctic Monkeys n’auront dupé personne : sous les références à la science fiction et la pochette futuriste, le dernier album est une ôde à la nostalgie, à ces années 1970 perdues dans lesquelles aurait aimé naître Alex Turner et ses acolytes. Ainsi, entre expérimentation et coup d’oeil dans le retro, les Arctic Monkeys ont fourni un spectacle de grande qualité, sans doute un peu moins énergique qu’auparavant. Après la folie, la sagesse ?

(La photographie en en-tête a été prise lors des concerts parisien du groupe. Merci à Margaux Badénès pour ses clichés d’illustration, ainsi qu’aux Nuits de Fourvière pour leur accueil.)

 

Arctic Monkeys @ Nuits de Fourvière (10/07/2018)

Four out of Five

Brianstorm

Don’t Sit Down ‘Cause I Moved Your Chair

Crying Lightning

The View from the Afternoon

Teddy Picker

505

The Ultracheese

Do Me a Favour

Cornerstone

Lipstick Vogue (Elvis Costello Cover)

Knee Socks

One Point Perspective

Do I Wanna Know?

She Looks Like Fun

Pretty Visitors

I Bet You Look Good on the Dancefloor

Star Treatment

Arabella

R U Mine?

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