The Good, The Bad & The Queen – Merrie Land

Si le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne a été voté l’an passé et que certains musiciens appellent à la résistance depuis lors (Slaves ou Idles pour ne citer qu’eux), d’autres  à l’instar de Damon Albarn se lamentent de la situation actuelle. Et comme s’il le frontman polymorphe n’avait voulu entacher d’aucune manière la cool britannia qui caractérisait jadis son premier amour Blur, il revient cette fois-ci avec ses comparses de The Good, The Bad & The Queen (Paul Simonon l’ex-Clash, Simon Tong l’ex-Verve et Tony Allen le maître de l’afrobeat) onze ans après leur première aventure pour nous peindre sa vision de l’actualité. Et à l’écoute de leur nouvel album Merrie Land, un constat prend forme, celui d’une époque révolue…

Malgré le fait d’avoir des attaches sentimentales un peu partout autour du globe, Damon Albarn reste et restera à jamais imprégné d’un ADN tout britannique et un bref coup d’œil à ses compositions le confirme aisément. Ainsi, il célèbre avec ces dix titres la terre d’Albion qui lui est chère, tout en romantisme pastorale mais néanmoins souillé par le divorce entre sa patrie et l’Europe, tout aussi chère à son cœur et dont ce nouvel opus se veut être une “lettre d’adieux réticente”. “If you’re leaving please still say goodbye” (“Si tu t’en vas, dis moi quand même au revoir”) implore-t-il sur le morceau titre Merrie Land dont émerge une atmosphère quelque peu singulière voire inquiétante de ville fantôme nébuleuse ou du moins ersatz de Blackpool, ville du nord de l’Angleterre à l’ambiance de fête foraine désolée caractéristique (si l’on prête l’oreille on entend même ses mouettes sur The Posion Tree).

Tel le regard tourmenté de Michael Redgrave sur la pochette de l’album qui semble dépassé par l’animation malveillante de sa marionnette (image issue du film à sketch britannique “Dead of Night” de 1945), l’éternelle icône du rock anglais jette une œillade plus préoccupée que débonnaire sur le climat actuel. Comme à son habitude, il se positionne en observateur de son temps, en conteur de sa génération non sans évoquer la finesse et l’acuité des plumes de Virginia Woolf ou James Joyce. Tandis que la star de la culture mods Phil Daniels scandait les déboires de la “parklife” il y a vingt ans, c’est dorénavant la prose de Chaucer qui est mise en avant dans Introduction, des vers issus des Canterbury Tales ou peut-être l’une des œuvres les plus connues de la littérature d’outre-Manche, érigée ici comme joyau ou relique d’une ère bien lointaine. Ainsi, c’est quelque part entre une tendre nostalgie et un cœur à jamais meurtri que The Good, The Bad & The Queen délivrent un second album d’une beauté troublante dont la poésie éperdument désespérée est palpable.

TRACKLISTING

Introduction

Merrie Land

Gun to the Head

Nineteen Seventeen

The Great Fire

Lady Boston

Drifters & Trawlers

The Truce of Twilight

Ribbons

The Last Man to Leave

The Poison Tree  

Nos titres préférés: Drifters & Trawlers, Ribbons, The Truce of Twilight, Merrie Land

LA NOTE: 8,5/10

Concerts The Good, The Bad And The Queen
 
The Good, The Bad And The Queen à Paris - 28 mai 2019
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