gum takes tooth

Gum Takes Tooth – Arrow

Le duo londonien d’acid house Gum Takes Tooth livre un troisième opus dans l’air du temps, tellement qu’il peut vite se perdre dans sa propre errance

Cinq ans, mine de rien, depuis le dernier signe de vie de Gum Takes Tooth. Depuis, beaucoup de choses ont évolué sur Terre – en mal comme en bien – et le groupe s’érige très certainement comme un des porte-paroles de notre nouvelle génération. Portée par les facilités technologiques, par l’assistance électronique et l’évidence artificielle, notre société connait les limites de ses créations et est encore plus consciente de son humanité.

Jussi Brighmore et son acolyte et batteur Tom Fug l’ont aussi compris. Formé depuis 2009, le duo originaire de Londres a façonné sa musique en fonction des événements, en manigançant des disques audacieux car sans cesse expérimentaux. Jamais à l’outrance. Ou presque… Le XXIe siècle est un bonheur pour Gum Takes Tooth, qui prolonge ses fantasmes électroniques dans des contrées tant convoitées, jusqu’à en faire une crise de boulimie. Rassemblés à domicile, dans le studio de Wayne Adams, le groupe a enregistré un album étonnant et détraqué. Ce troisième opus – le premier chez Rocket Recordings – intitulé Arrow, est autant d’époque qu’il n’est pollué par son sujet : la modernité, l’urbanisme.

Il n’y pas de regret ici, pas de retour en arrière, les sonorités sont abruptes, mécaniques, actuelles. Elles foncent. L’atmosphère générale du disque est plutôt sombre et mélancolique. L’ouverture “Cold Chrome Hearts” répond à “No Walls, No Air”, “Fight Physiology” et “A Still Earth”. Des androïdes difficiles à aborder à la première écoute. La musique de Gum Takes Tooth n’est évidemment pas à prendre à la légère et cela n’a jamais été aussi vrai avec la sortie de ce troisième album. “J’ai traversé des années très difficiles, comme la plupart du reste du monde – remplies de contrastes contradictoires d’incertitudes, de moments de tristesse suivis de révélations déchirantes, de vérités extatiques et d’espoirs heureux”, a confié Brighmore à propos de l’opus.

En sont ressortis des morceaux aux mélodies aliénées, sans cesse déconstruites – on pense à l’étrange “Slowly Falling”, qui symbolise effectivement l’image d’une chute. Dans sa nervosité instrumentale, Arrow convainc davantage dans les plus longs segments (les très beaux “The Arrow” et “Borrowed Lies”, le final cathartique “House Built of Fire”).
En somme, ce troisième album est un paradoxe. Il magnifie l’entière prise de risque qu’à toujours été Gum Takes Tooth. Un groupe brûlant d’idées frontales sur le réel, mais qui ne peut s’empêcher de s’enliser dans les limbes électroniques abstraites. Un ovni de ce début d’année.

Gum Takes Tooth arrive en ville : l’expérience est à découvrir sur scène le 7 mars au Badaboum, à Paris.

 


Tracklisting 

Cold Chrome Hearts

The Arrow

No Walls, No Air

Slowly Falling

Apogee

Borrowed Lies

Dream Circle /Cloud Cycle

Fights Physiology

Seizure

A Still Earth

House Built of Fire

Nos + : The Arrow, Borrowed Lies 

La note : 6/10

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