Keith Flint : Hommage au “Firestarter”, punk-raver iconique et pionnier

Il s’était affranchi de tous les codes, inventant avec The Prodigy un genre musical dont ils étaient les maîtres incontestés. Pionnier, fou, brillant. Un génie s’en est allé avec Keith Flint.

Avec l’annonce du suicide de Keith Flint, les souvenirs se bousculent dans ma tête. The Prodigy, l’un des groupes les plus novateurs et brillants des années 90, patron du big beat, roi de la drum and bass, punk et rock à la fois, vient de perdre l’un de ses membres. Au beau milieu de l’adolescence, à l’heure où la curiosité pouvait nous amener sur des terrains aussi sombres que méconnus, écouter The Prodigy fut comme une révélation. Une claque auditive et un choc visuel, en égrenant alors les clips fantasques de la formation britannique. Tu avais le sentiment de donner corps à une forme de déviance. De ne pas être sur des routes soigneusement délimitées et tracées. De t’échapper. Et c’était jouissif.

Keith Flint était cette déviance incarnée. Aux côtés du discret Liam Howlett, pierre angulaire des Prodigy, et épaulé par l’énergique Maxim Reality, il est devenu cette icône qui s’était affranchie de tous les codes et créait en allant toujours plus loin. Un génie sans peur qui apposait ses mouvements corporels désarticulés puis sa voix aux déflagrations sonores des Prodigy. Derrière son timbre, l’orage n’était jamais loin.

Après avoir rencontré Howlett, alors DJ, au détour d’une soirée dans un club rave, Flint dépasse le statut de danseur fou pour devenir l’un des poumons de The Prodigy. En 1996, l’excentrique punk marque les esprits avec Firestarter, l’un des plus célèbres titres du groupe anglais et accessoirement le premier morceau de la formation à décrocher une place de N°1 dans les charts UK. “J’ai hurlé avec mon corps ces six dernières années, il était temps que je le fasse avec ma bouche”, disait-il.

Expressif à souhait, Keith Flint était un spectacle à lui tout seul. Les yeux entourés de noir, ses coiffures, son sens aiguisé du show puis le succès de Firestarter font de lui par défaut le frontman des Prodigy – ce qui est bien entendu faux. Voix également de Breathe, autre composition majeure du groupe, Keith Flint vivait dangereusement, que ce soit sur scène (sa “drogue” disait-il) ou au guidon d’une moto, lui qui en était passionné. De l’autre côté, derrière le personnage public délirant, il adorait jardiner, jouer avec son chien ou pêcher.


Il avait donné de la beauté à l’anarchie, popularisé un genre si détesté du grand public – être raver, c’était la déchéance – en portant les Prodigy au sommet des charts. On se souviendra pour toujours de son look de punk ravagé dans un métro abandonné de Londres devant la caméra de Walter Stern pour le clip de Firestarter. On se souviendra pour toujours de sa simplicité face aux fans, de son humilité. On se souviendra à jamais de son côté fantasque, sans limite, d’un homme aux mouvements incontrôlables, de son charisme, sa puissance féroce, celle l’animal de scène. The Prodigy lui survivra-t-il ? L’avenir nous le dira, mais ce sera avec un poumon en moins.

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