Fat White Family – Serfs Up!

Exit les caves crasseuses et les guitares saturées. Les fous furieux de Fat White Family visent les dancefloors avec un Serfs Up! aussi déroutant que jouissif. Écoute et critique.

Le rock est mort, vive…? On avait laissé Fat White Family en 2016 avec Songs for Our Mothers, la gueule dans le caniveau, vomissant un garage rock sale à souhait avec une aisance décomplexée. Un gouffre de 3 ans permettant la naissance des Moonlandingz et des Insecure Men, deux side projets portés par Saul Adamczewski, inarrêtable tête pensante. Serfs Up! marque donc le grand retour de l’effroyable hydre à 7 têtes, qu’on pensait exécutée. Alors, ça donne quoi?

Une réinvention pure et simple, pas loin du coup de génie; comme ça c’est dit. Gageons que les excursions solo de l’ami Saul ont permis à la Family de remettre à place un processus créatif éculé, ouvrant grand la porte à de nouvelles pistes et sonorités. Les relents éprouvants d’un whisky/coca/bière mal mélangé sont loin derrière nous: la formation se tourne cette fois vers l’ecstasy, invoquant des visions de dance-floor désolé et irrésistiblement accrocheur.

Feet, inévitable single lancé en éclaireur, annonçait la couleur, paré d’un rythme irrésistible et d’un refrain vocodé dévastateur. “Feet don’t fail me now“, irrésistible invitation qu’on accepte sans hésiter tandis qu’un ultime solo de guitare résonne. Une transe qu’on retrouve immédiatement avec I Believe in Something Better, sortant sans hésitation la boîte à rythme et les synthétiseurs, enfonçant le clou d’un radical changement.

Avec cette nouvelle direction, les Fat White Family semblent se montrer pionners et maîtres d’un rock cérébral alternatif foutraque à l’évidente maîtrise. Fringe Runner et ses chœurs décérébrés présente la folle vision d’un groupe au sommet, tandis que le single Tastes Good with the Money, bien accompagné d’un Baxter Dury en forme, prouve que le septet a les muscles et l’audace de porter des compositions aussi inattendues.

Au-delà des muscles, la formation a également le cerveau. Pour toute remontée euphorique, il faut forcement s’attendre à une descente plus ou moins agréable; entre Vagina Dentata, titre à l’intro M83-esque renforcé par des cuivres inspirés, tandis que Kim’s Sunsets s’envole vers les cieux, superposant les nappes de mélodies avec une ambition malicieuse et délectable.

Le dernier tiers de l’album ne s’élèvera peut-être pas au même niveau mais reste le théâtre de propositions qu’on ne peut refuser, à l’image de ce Oh Sebastian théâtral, régal de compositions léchées. Rock Fishes constitue le dernier shot de curieuse euphorie de la galette; en guise de conclusion, les Fat White Family, tout en retenue, proposent un When I Leave fiévreux et aride, avant nous livrer un ultime Bobby’s Boyfriend, conclusion poisseuse, inquiétante, à la limite du cauchemar. L’inévitable gueule de bois.

Au-delà d’une simple évolution musicale donc, une métamorphose; un OVNI alternatif presque inclassable qui réussit presque tout ce qu’il entreprend. L’audace paie, et les 7 doux dingues de Fat White Family l’ont bien compris. Où cette audace les mènera dans le futur? Impossible de le savoir, vous vous en doutez. Nous, nous serons là, prêt à accueillir leur nouveau bébé, sans doute difforme et adorable.

Tracklist

Feet

I Believe in Something Better

Vagina Dentata

Kim’s Sunsets

Fringe Runner

Oh Sebastian

Tastes Good with the Money

Rock Fishes

When I Leave

Bobby’s Boyfriend

Nos morceaux préférés : Feet, Kim’s Sunsets, Fringe Runner, Oh Sebastian, Tastes Good with the Money

La note: 9/10


Concerts Fat White Family
 
Fat White Family à Paris - 13 juin 2019
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