Frank Carter and The Rattlesnakes – End of Suffering

Chronique du surprenant nouvel album de Frank Carter and The Rattlesnakes End of Suffering qui amorce un tournant musical de taille.

On a généralement toujours droit à un petit speech moralisateur quand on dépasse la trentaine. Maturité ceci, – on met une semaine pour s’en remettre bienvenu au club – cela, histoire de bien faire comprendre que la mid trentaine entraîne du changement.

Est-ce la raison qui explique le nouveau son du 3e album de l’énergumène Frank Carter qui jusqu’à présent nous avais habitué à des sonorités et des paroles plus punk et agitées. Le mariage, la paternité, le changement de coupe … Peut importe, le résultat est un bon album, qui si on ne se contente pas de le comparer avec les précédents, se révèle être cohérent, musicalement accrocheur et porteur de messages audibles par un public plus large.

End of Suffering est définitivement plus posé. Passée l’impression de surprise, l’écoute attentive des titres permet de nuancer la première déception. Le titre d’ouverture Why a Butterfly Can’t Love a Spider donne le ton : les paroles sont sérieuses, on y parle de relations difficiles, de déceptions amoureuses. Et oui, même les punks ont des sentiments ! La batterie et le riff de guitare sont gutturaux, on commence donc sur de bonnes bases. Le titre suivant continue de convaincre, toujours malgré un joute verbale bien plus calme que d’habitude. Tyrant Lizard King dresse le portrait d’on ne sait quel monstre préhistorique au comportement des plus douteux (un ami proche ?), et le tout est orchestré par la guitare lourde et presque angoissante de Tom Morello. Du sur mesure !

Le changement se fait vraiment sentir avec Heartbreaker, qui avouons le, comporte des paroles dignes des poncifs des pires ballades rock FM “I was gonna be a heartbreaker but then I fell in love , When I close my eyes, I see your smile and I feel love” . Passons donc rapidement à des titres toujours surprenants, mais dans le bon sens du terme. Le changement a alors du bon car Frank Carter fait preuve d’un chant beaucoup plus sûr, d’une musicalité plus harmonieuse, sans perdre pour autant en intensité.Crowbar et Latex Dreams sont de cette catégorie.

Le passage qui à mon sens doit dérouter le plus les fans est cette suite composée des titres Love Games, Anxiety, Angel Wings et Supervillain. Une interlude rock mélancolique, néanmoins efficace à l’oreille. Carter y dévoile un talent de chanteur réel, sa voix comme sa prose prennent de la hauteur. La guitare crasse n’est pas écartée et met en exergue les talents de paroliers, tout en structurant de façon pertinente les titres.

La fin de l’album revient à un rock plus primaire, Kitty Sucker et Little Devil balancent une certaine énergie, sans pour autant partir dans des po-go de joie mais le hochement de tête à la Wayne’s World y est tout à fait praticable.

Précisions tout de même que le dernier titre éponyme, End of Suffering donne une fin mielleuse à cet album dont on aurait largement pu se passer.

Alors voilà, Frank Carter est entré dans cette période de la vie où le mariage, la parentalité et les premiers cheveux blancs ne peuvent que vous faire évoluer. Comme ce dernier s’est depuis une dizaine d’année présenté comme le roi du crow surfing, le seigneur du po-go, et harangueur en chef face à des foules avides de punk, le décalage est réel. Mais, peut on réellement reprocher à un musicien de grandir, de se laisser aller à une certaine prise de recul et ainsi de proposer des textes et des musiques qui lui correspondent dorénavant ?

Éternel débat des étiquettes collées. Quelque soit son opinion, il vaudra toujours mieux une musique plus basique mais créée avec authenticité. De plus, ne doutons pas une seule seconde que Frank Carter continuera à dompter la scène de son incroyable énergie. L’osmose en live l’emportera sur les titres les plus faibles.

Tracklisting :

Why a Butterfly Can’t Love a Spider

Tyrant Lizard King

Heartbraker

Crowbar

Love Games

Anxiety

Angel Wings

Supervillain

Latex Dreams

Kitty Sucker

Little Devil

End of Suffering

Notre sélection : Why Can’t a Butterfly Love a Spider, Tyrant Lizard King, Croàwbar, Latex Dreams

La Note : 6,5 / 10

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