CateLeBon_Reward

Cate le Bon – Reward

Trois ans après Crab Day, Cate Le Bon aborde la suite de sa carrière dans une remarquable subtilité instrumentale et linguistique

Sur la pochette de Reward (traduit par “Récompense”), Cate Le Bon est sur la pente descendante. Ce n’est en rien un mauvais présage. Puisque musicalement, la musicienne galloise aurait même tendance à s’élever, toujours plus haut. Le son d’un saxophone entame ce nouvel album, dans un élan simpliste à l’étreinte soft-rock. Claire, parfois démultipliée, la voix de Cate Le Bon est d’emblée en lévitation au-dessus de ses instruments. Elle observe, chante ces dix chansons, présentées comme ses plus introspectives. À raison. Véritable plongée dans l’étrange, Reward progresse dans son propre univers : enchaînant les deux ballades “Daylight Matters” et “Home to You” : l’une éclairée aux premières lueurs, tout en retenue, l’autre plus aérienne, légère. Se répondent cuivres au son d’éléphant et guitare douce. Le fond sonore, résolument synthétique, démontre une nouvelle fois la volonté de la musicienne d’arranger sa musique comme des tableaux uniques, tantôt baroques, tantôt empreint d’un classicisme qui fait néanmoins beaucoup de bien (“The Light”, “Sad Nudes”). Dans un autre registre, le disque se permet d’autant plus d’absurdité (“Mother’s Mother’s Magazines”, “Magnificient Gestures”) et démontre une nouvelle densité, inattendue.

Depuis peut-être Mug Museum (2013), Cate Le Bon s’est exprimée plus en profondeur, déployant une ambition artistique aussi sincère que déchirante de subtilité. “Les gens entendent par “Reward” quelque chose de positif”, a expliqué Cate à propos de son nouvel album, “mais pour moi, c’est un mot assez sinistre, dans le sens où il dépend de la relation entre celui qui donne et celui qui reçoit. Je pense que c’est vraiment révélateur de l’époque dans laquelle on vit, où les mots sont utilisés comme des slogans, et où tout perd progressivement son sens.” Une souplesse d’esprit qui corrèle bien avec le récent travail personnel et professionnel de Cate – qui a notamment apporté son grain de sel au dernier opus de Deerhunter, l’évocateur Why Hasn’t Everything Already Disappeard ? À l’écoute des “tristement” réussis “Here It Comes Again” et “You Don’t Love Me”, vient la confirmation, une bonne fois pour toute, que Cate Le Bon est probablement l’une des plus talentueuses songwriteuses de cette génération. Une poignée de musiciens désabusés par l’aliénation de nos sociétés. Mais leur musique, malgré tout, résiste.

Tracklisting

Miami

Daylight Matters

Home To You

Mother’s Mother’s Magazines

Here It Comes Again

Sad Nudes

The Light

Magnificent Gestures

You Don’t Love Me

Meet The Man

Nos + : Miami, Daylight Matters, Home To You, Here It Comes Again, You Don’t Love Me

La note : 9/10


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