Royal Blood – Typhoons

Typhoons est enfin là. L’attente fut longue, très longue, voire trop ? Depuis la tournée de “pré-chauffe” en 2019, on attendait avec impatience cet album de Royal Blood ! Verdict ?

Royal Blood se retrouve face à un immense défi avec Typhoons, son 3e album. Le groupe va devoir se renouveler sans pour autant perdre ce qui fait son succès. La tâche semble être d’autant plus ardue que le groupe est un duo qui est simplement composé d’une basse et d’une batterie.

Néanmoins le groupe ne manque pas de créativité, notamment grâce à la vista et aux “bidouilles” de Mike Kerr qui leur permettent d’avoir un son très reconnaissable. Cette identité se caractérise par sa basse, équipée de cordes de guitare pour gagner en flexibilité mais aussi par un raccordement spécifique qui la relie à deux catégories d’amplis. Ainsi le son émis est versatile et lui permet d’approcher tour à tour des sonorités classiques de basse mais aussi de celles d’une guitare. Le style du duo est brut, intense et direct entre la basse ambivalente de Mike Kerr et la frappe de maçon de Ben Thatcher.

Deux difficultés se dressent devant le groupe à ce stade de leur carrière : la nécessité pour les duos (White Stripes, Black Keys…) d’étoffer leurs sonorités mais aussi les contraintes liées à un troisième album. En effet, le premier opus sert généralement à créer une identité musicale propre. Le second permet d’explorer de manière plus approfondie cet univers, en enrichissant la palette du groupe tout en confirmant les attentes. Vient alors le 3e album, symbole du renouveau, explorant de nouvelles sonorités pour éviter au groupe de s’enfermer dans un style trop attendu et prévisible.

Si on applique cette logique à Royal Blood, on peut voir que leur parcours est exemplaire. Royal Blood (2014) leur à permis de se faire connaitre avec un style unique et très reconnaissable. How Did We Get So Dark ? (2017) a confirmé toutes les attentes qui étaient placées en eux et a vu l’apparition de nouveaux éléments avec l’utilisation de choeurs mais aussi d’un synthé sur Hole In Your Heart.

Sur ce 3e album, Royal Blood poursuit son évolution et suit deux tendances. Certains titres sont teintés de nouvelles sonorités électro tandis que d’autres font office de continuité avec les anciens albums.

Des sonorités électro bien dosées

La couleur de l’album est donnée avec le premier morceau Trouble’s Coming. On y retrouve un riff accrocheur accompagné d’un synthé en fond sonore. C’est d’ailleurs la construction qui va être utilisée par la plupart des titres dont l’excellent Typhoons.

L’évolution des sonorités de la basse est également intéressante afin de mieux s’accorder avec ce virage électronique. Tout au long de l’album on se rend compte que ces textures sont moins “dark”, moins grasses et beaucoup plus catchy. La basse se détache vraiment des différentes couches sonores et est toujours aussi bien mise en avant dans le mix. On peut d’ailleurs souligner l’énorme travail de production et de mastering pour réussir cette prouesse.

L’aspect electro du synthé alimente, enrichit et sublime le son rock des anglais. Si il ne faut citer qu’un exemple : Million and One. Ce titre est l’un des plus électro de Typhoons, pourtant ses nouvelles sonorités ne supplantent en rien le riff, qui est tout simplement monstrueux !

Ce nouveau style rock-électro est en parti issu des goûts musicaux de Royal Blood. On décèle notamment l’influence de Justice dans la montée en puissance de Limbo ou l’on à presque envie d’entendre le “Come Ooooon” de We Are You Friends.

Evidemment quand on cite Justice, les Daft Punk ne sont jamais bien loin. En effet, le riff de Mad Visions rappelle le cultissime Robot Rock des Daft Punk. Cette dernière est d’ailleurs l’une des plus abouties. Son enchaînement parfait avec Hold On et leurs ambiances similaires nous fait presque regretter que le groupe n’ait pas choisi de réunir ces deux titres. On imagine bien un seul titre de 6 minutes légèrement retravaillé pour gagner en cohérence. Cela aurait pu donner naissance à la représentation parfaite de leur nouveau style, la pierre angulaire de l’album.

Une rupture pas si brutale

Les premières déclarations du groupe sur cet album auraient pu laisser penser à une rupture brutale dans les sonorités. Heureusement le groupe ne compte pas renier ses origines. Mike avait même déclaré “Nous nous sommes rendus compte que nous n’avions pas besoin de détruire ce que nous avions créé jusqu’alors, nous avons juste eu à le tourner autrement, à le changer. Sur le papier, c’est une petite réinvention. Mais à l’oreille, ça sonne tellement frais.” Cette évolution se caractérise essentiellement par les éléments cités précédemment mais un certain nombre de morceaux permettent de faire la transition avec leur anciens albums.

Tout d’abord, Boilermaker et son riff assez sombre est dans la lignée de ce que Royal Blood proposait jusqu’à ce jour. On y sent d’ailleurs tout l’apport de Josh Homme (Queens of The Stone Age) que Royal Blood qualifie de “Jedi Master” tellement sa présence a été importante sur ce titre. Il faut dire qu’il est difficile de nier une filiation avec The Way You Used to Do des Queens of The Stone Age. Tout comme le mini break explosif à 2:37 qui est caractéristique de QOTSA.

Ensuite, la présence de choeurs sur de nombreux titres dont Who Needs Friends et Oblivion confirme la volonté du groupe qui avait incorporé cette nouveauté sur How Did We Get So Dark ? (2017). On aurait presque aimé que les choeurs soient encore plus nombreux et mieux valorisés tellement ils apportent aux différents morceaux.

Enfin on retrouve également un son plus brut “à l’ancienne” sur Either You Got It qui est la chanson la plus proche de ce qu’ils ont pu faire par le passé. On l’imagine même facilement figurer sur la tracklist d’un des deux premiers albums. Pourtant au vu de l’album elle apparait clairement en retrait, comme si elle était dépassée par les nouveautés rock-électro mises en place par le duo ?

L’album se conclut sur All We Have Is Now qui nous laisse légèrement sur notre faim. C’est le premier titre du groupe sans basse, Mike Kerr y est accompagné majoritairement par un piano. Le morceau est plutôt réussi et monte légèrement en intensité avant de conclure l’album de manière un peu précipitée. On aurait aimé finir sur quelque chose de plus progressif avec pourquoi pas un final épique. Peut-être une prochaine fois…

Royal Blood signe avec Typhoons un album très abouti. Leur évolution ne dénature absolument pas les qualités du groupe et cette image de rock-electro leur va à merveille. Paradoxalement, bien que les riffs soient beaucoup plus accrocheurs, l’album semble très linéaire à la première écoute. Il aurait sans doute mérité un peu plus de contraste entre les différents morceaux pour gagner en consistance. Néanmoins on ne boude pas notre plaisir devant cet album qui est sans aucun doute un des meilleurs de 2021.

TRACKLIST

Trouble’s Coming

Oblivion

Typhoons

Who Needs Friends

Million and One

Limbo

Either You Got It

Boilermaker

Mad Visions

Hold On

All We Have Is Now

Nos morceaux favoris : Trouble’s Coming, Typhoons, Million and One, Mad Visions

LA NOTE DU RÉDACTEUR : 8 / 10

Les autres notes
Claire : 7/10. Trop répétitif, même si les meilleurs titres trouveront sans problème leur place dans une setlist d’une tournée qui s’annonce explosive.
Fabien : 8,5/10. Comme quoi, il est possible de se diversifier sans pour autant perdre de son identité ; quelques inquiétudes tout de même sur le dynamisme en festivals.
Adélaïde : 7/10. Un rock électro exalté et excitant qui frôle parfois le court-circuit.
Brian : 7,5/10. Si aucun titre ne sort réellement du lot, lequel représente au final un album de bonne qualité, il semble difficile de ne pas avoir envie de sauter et de danser à l’écoute de cet album.

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