Graham Coxon – Superstate

Pour accompagner son nouveau projet, la BD Superstate, Graham Coxon s’éloigne de son univers habituel et nous propose un album conceptuel, une B.O. dystopique aux sonorités robotiques.

Une B.O. robotique

15 titres, 15 petites histoires, 77 minutes d’écoute. Un peu trop long ? Oui, très certainement. Mais il ne faut pas oublier que le but de ce nouvel album, Superstate, est de mettre en musique les 15 histoires de sa bande dessinée Superstate, à paraître le 24 septembre prochain chez Z2 Editions. Et rares sont les personnes qui lisent un livre ou une bande dessinée sans faire de pause. La même règle est donc à appliquer quand on écoute ce nouvel album, qui nous plonge dans l’univers dystopique, pas si lointain, de Superstate sans même l’avoir lu.

Après avoir réalisé les bandes originales de séries comme The End of the F**cking World ou encore I Am Not Okay With This, Graham Coxon réalise aujourd’hui la BO de sa propre création. Pourquoi un roman graphique se demande-t-on ? D’après lui, parce que ça lui coûte moins cher et c’est plus simple de dessiner son idée plutôt que d’en faire un film. Il s’est donc entouré de deux écrivains (Alex Paknadel et Hellen Mullen) ainsi que de 15 illustrateurs, un par histoire, pour ce projet. Il a lui-même dessiné la couverture du livre ainsi que celle de l’album.

Pour Superstate, il reprend donc les codes de la dystopie, des petites histoires de science-fiction où les humains et les robots cohabitent, le gouvernement est corrompu et la planète vouée à mourir. Vraiment pas si éloigné que ça, donc.

Avec une bonne dose de disco

À grand renfort de sonorités électroniques, de synthés et de musique disco, il donne vie à ses personnages, à raison d’un titre par histoire. Mais Graham Coxon n’est pas crédité comme artiste principal sur cet album, mais comme collaborateur, accompagné de plusieurs artistes féminines sur toutes les chansons (Valentina Pappalardo, Rahel Debebe-Dessalegne, Vula et Sharlene Hector). Le vrai artiste ici, c’est Superstate.

Le synopsis est simple : les anges et les démons promettent le paradis à tous, des enfants vivent dans des décharges, le gouvernement est corrompu et contrôle la population grâce aux robots, la planète est en voie d’extinction. Pendant ce temps-là, les super riches sont libres de faire ce qu’ils veulent. Ils s’ennuient en attendant de trouver une planète B et utilisent l’espace comme terrain de jeu, multipliant les voyages dans la galaxie (coucou Elon Musk et Jeff Bezos !).

On ressent chaque chanson, chaque nouvelle, comme l’angoissant L.I.L.Y. où la voix féminine remplace un clavier qui nous glace le sang (I Love you / I pleaded you to be human / I touch, I feel, I see, I hear you / Recognize me for a moment / I know it’ s you, I’m programed to). L’amour entre l’homme et le robot pourrait-il être réel sur cette planète vouée à disparaître ?

Le développement personnel, le capitalisme et la religion sont aussi vivement critiqués sur le dansant Heaven (Buy a Ticket), où sur un air disco et joyeux, une voix interroge. Suis-je heureux ? Est-ce que j’aime ma vie, ma femme, mes enfants ? à laquelle on lui répond « Sound familiar? You’re not alone! / That’s why so many are now discovering ‘Heaven’ / And for just ten million Megadollars, so can you ». On imagine déjà le prétendu commercial au sourire Colgate et à la cravate moche nous tendre la main pour nous vendre un accès premium au Paradis.

Superstate est donc un doux mélange entre disco et dystopie, pop et ballades électroniques, tout droit sorties de l’univers de Robocop (Only Takes a Stranger) ou de Blade Runner. On vous aura prévenus, c’est peut-être un peu trop à digérer en une seule écoute. Mais on revient avec plaisir écouter certaines chansons, comme Listen, la dernière chanson, dont la mélodie peut rappeler le mythique Heroes de David Bowie — et la liberté.

TRACKLIST :

Yoga Town

Uncle Sam

It’s All in Your Mind

Only Takes a Stranger

L.I.L.Y.

Bullets

I Don’t Wanna Wait For You

The Astral Light

Heaven (Buy a Ticket)

The Ball of Light

Tommy Gun

Goodbye Universe

Butterfly

We remain

Listen

La note de la rédactrice : 6/10

Ses morceaux favoris : Yoga Town, Only Takes a Stranger, Heaven

Les autres notes :
Fabien : 6,5/10. Une belle surprise dans laquelle Coxon rayonne.

No Comments

Post A Comment