19 Jan The Cribs – Selling a Vibe
Avec leur neuvième album, Selling a Vibe, The Cribs reviennent après six ans d’un silence qui a failli être définitif.
Après avoir triomphé de batailles juridiques épuisantes contre leur ancien management, le groupe a dû affronter la séparation physique imposée par la pandémie, les membres étant dispersés de part et d’autre de l’Atlantique. Pour la première fois en vingt ans, l’existence même du groupe a vacillé.
Pourtant, là où d’autres auraient jeté l’éponge, les frères Jarman ont choisi l’introspection. Si leur précédent opus, Night Network (2020), cimentait leur statut de survivants, Selling a Vibe explore les liens invisibles qui unissent ces trois frères. Historiquement connus pour leur « Lad Culture » version punk et leurs riffs abrasifs, ils signent ici leur œuvre la plus vulnérable et la plus ouverte émotionnellement.
Un virage pop
Pour cet album, The Cribs ont pris un risque calculé en confiant les manettes à Patrick Wimberly (producteur pour MGMT et Caroline Polachek). Le résultat est une véritable métamorphose : on passe du post-punk à la jangle pop.
On retrouve des lignes de basse funky presque jacksoniennes sur Self Respect, des harmonies rappelant les Beach Boys sur la chanson titre, et des envolées dignes d’un Sonic Youth.
Sur le titre final, Brothers Won’t Break, les guitares rendent un hommage vibrant à leur ancien complice Johnny Marr (ex The Smiths).
Mais que les fans se rassurent, l’énergie brute n’a pas totalement disparu. Des morceaux comme A Point Too Hard to Make ou You’ll Tell Me Anything sont taillés pour devenir les futurs hymnes de concerts.
Entre nostalgie et renaissance économique
À l’instar de la reformation d’Oasis qui a secoué l’industrie en 2025, le retour de The Cribs pose la question de la réhabilitation de toute une scène. Si le shoegaze est devenu une étiquette chic, le rock indépendant des années 2000 peine encore à retrouver ses lettres de noblesse. Pourtant, le succès critique de cet album et l’attente de la communauté de fans montrent que le public est prêt pour une forme de sincérité que les algorithmes ne peuvent pas fabriquer.
Le groupe, qui a longtemps eu l’impression d’être « un hamster dans une roue », a cette fois écrit par nécessité créative plutôt que par obligation contractuelle. Le résultat est un album « outsider pop » pur, quelque part entre The Feelies et Orange Juice, qui prouve que l’on peut vieillir sans trahir ses racines prolétaires.
Tracklist :
Dark Luck
Selling a Vibe
A Point Too Hard to Make
Never The Same
Summer Seizures
Looking For The Wrong Guy
If Our Paths Never Crossed
Self Respect
You’ll Tell Me Anything
Rose Mist
Distractions
Brothers Won’t Break
La note de la rédactrice : 7/10


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