14 Oct Dopamine Chamber – Fontaines D.C.
“We’re in a glorious age of distraction” (Nous vivons dans une époque glorieuse de distraction), lâchait récemment Grian Chatten lors d’un entretien avec NPR. La formule est aussi belle qu’inquiétante. À l’heure où tout nous pousse à consommer, réagir et chercher la moindre sensation, Fontaines D.C. choisit d’en faire le thème même de son cinquième album, Dopamine Chamber. Une œuvre qui regarde notre époque droit dans les yeux.
Tout est dans le titre. Cette “chambre à dopamine”, c’est la safe place dans laquelle on s’enferme pour fuir le vacarme du monde et faire le plein de stimulation. Chatten explique d’ailleurs qu’il a pensé l’album comme une pièce fermée dont l’auditeur traverse les différents états émotionnels. Mais, ici, le plaisir n’a rien d’innocent, il côtoie le danger : entre effondrement écologique, inquiétudes politiques et effritement de nos identités numériques. Pour éviter de regarder le désastre en face, nous nous réfugions dans le divertissement, la sur-stimulation et les plaisirs immédiats.
L’album s’inscrit dans la continuité de Romance sorti en 2024, le groupe ne renie aucunement ses racines rock, mais il déploie une palette toujours plus immersive. Fontaines D.C. continue d’emprunter à la New Wave ses synthétiseurs, ses lignes de basse ainsi que ses guitares aux sonorités planantes, tout en conservant cette force rock qui fait son identité. Le tout porté par la voix de Grian Chatten, tantôt grave et apaisante, tantôt plus légère et voluptueuse. L’ensemble donne naissance à une atmosphère hypnotique où les sonorités psychédéliques rencontrent une énergie rock toujours bien présente.
Placée en huitième position de l’album, Where Is Gone ?, en duo avec Rosalía, est l’un des moments les plus forts de l’album. Sur le papier l’association avait de quoi étonner, mais à l’écoute la surprise est totale et le morceau fonctionne parfaitement. La voix grave et granuleuse de Grian Chatten rencontre parfaitement celle de Rosalía. Leurs chants ne cherchent jamais à se confronter : ils se mêlent en douceur et explorent ensemble ce deuil amoureux et les souvenirs persistants qui leur restent malgré tout.
Musicalement, la chanson prend une ampleur envoûtante. Les cordes et les violons déploient une envolée saisissante, la puissance du refrain nous bouleverse et nous transporte au cœur d’un lien qui semble peu à peu se défaire.

Dopamine Chamber ne se joue pas uniquement dans le son, il se prolonge dans une direction artistique psychédélique qui s’inscrit dans la continuité de l’album Romance. On y retrouve la même identité visuelle marquante avec cette palette signature associant le rose, le vert et le bleu saturés, mariée à des visages déformés et formes étranges.
Le clip de Marianne, (réalisé par Dave Meyers et Cam Erickson) en apporte la preuve formelle : une explosion de couleurs, d’effets visuels et de scènes complètement surréalistes, entre rêve psychédélique et cauchemar. Tongue, (réalisé par John Angus Stewart), prend le sens inverse avec ses images bleutées et granuleuses, presque fantomatiques.

Dopamine Chamber est une réussite totale. Fontaines D.C. parvient à faire dialoguer musique et direction artistique dans un même voyage psychédélique. Mais loin de nous proposer un échappatoire, le groupe utilise notre besoin de stimulation pour mieux nous confronter au réel. Et une fois la dernière note jouée, et les lumières néons éteintes, il est temps de pousser la porte de cette chambre afin de continuer à l’affronter les yeux grands ouverts.
TRACKLIST :
Six Shot Morning
Marianne
Mimesis
Happy For You
Demolition
Tongue
One Man
Where Is Gone? (feat. Rosalía)
You Miss Me
Japan
Intimate
La note de la rédactrice : 8/10
Ses titres favoris : Six Shot Morning, Tongue, Where You Gone ?, Intimate
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