Blaenavon : “Nous avons fait beaucoup d’erreurs et beaucoup appris en même temps”

Sound of Britain a rencontré le groupe pour la deuxième fois, et on a bien rigolé. 

Cela m’a d’abord un peu surprise que le trio accepte une deuxième interview pour Sound of Britain, parce que mon collègue français Melvil avait déjà rencontré le groupe montant à Paris au printemps dernier. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire du groupe, ses influences et son album That’s Your Lot, allez donc la lire ! En effet, histoire de ne pas se répéter, votre correspondante suisse Soundofbrit a décidé de poser des questions différentes à Ben Gregory et sa bande lors de leur passage à l’Exil de Zurich : par exemple sur leur vie en Angleterre, leurs clips, leur manière de voir leur musique, le vin rouge, le jus de tomate, les finances, et bien plus encore.

Il est 16h30 environ. Une fois mon interview avec les Sundara Karma terminée, le groupe doit aller faire son soundcheck. Je me retrouve donc seule en loge… quand je vois que quelqu’un entre et s’assoit à l’autre bout de la pièce. Il s’agit de Harris McMillan, le batteur des Blaenavon, en train de taper quelque chose sur son téléphone. Au bout de quelques minutes, vu l’étrangeté de la situation, je décide de lui parler : “Excuse-moi, mais je pense que tu attends l’interview de 17 heures, et moi aussi en fait… j’attends de vous interviewer !” “Sérieux ?” On éclate alors de rire. Puis Ben Gregory et Frank Wright nous rejoignent, et nous décidons de commencer l’interview un peu plus tôt. Les Blaenavon me semblent être pareils sur scène (Ben s’adressera d’ailleurs au public en bon allemand !) qu’en face à face : drôles, passionnés et touchants.

Ma première question est : est-ce que vous vivez encore à Hampshire ?

Frank Wright : En quelque sorte, il n’y a plus que moi. Nous nous sommes tous séparés chacun de notre côté.

Harris McMillan : Breaking news : les Blaenavon se sont séparés ! (rires)

Ben Gregory : Ouais, par accident – pas par volonté – nous vivons tous dans des villes différentes maintenant, ce qui est très bizarre. Je vis avec ma copine à Londres et Harris vit avec sa copine à Brighton. Et Frank vit à Hampshire avec sa mère, qui est adorable…

Frank : Et mon père ! (rires)

Ben : Et son père. Mais on est tous à environ une heure les uns des autres, et nos parents vivent tous à Hampshire. Donc on peut tous se retrouver là-bas pour faire de la musique.

Frank : Nous « triangulons » entre ces trois points et nous nous retrouvons pile au milieu ! Il se trouve qu’il y a un champ… (rires)

Ben : À Crawley !

Frank : À Gatwick !

Ben : Probablement à Gatwick!

Vous ne pourriez pas répéter à cause des avions…

Ben : C’est vrai. Maudits avions ! (rires)

Je voulais aussi savoir à quoi ressemblait votre vie lorsque vous n’étiez pas en tournée.

Ben : C’est difficile. Tu finis la tournée, tu as du temps libre et tu as besoin d’environ une semaine pour t’habituer à la vie « pas en tournée ». C’est étrange, parce que tes journées ne sont pas vraiment structurées. Tu te lèves et tu ne sais pas vraiment quoi faire. Et tu essaies d’écrire quelque chose ou de faire de la musique, et tu regardes ton calendrier pour voir quand est-ce que tu vas à nouveau tourner ou enregistrer quelque chose. Il y a beaucoup de temps libre, nous faisons tous des choses différentes pour rester occupés.

Frank : Je n’ai pas l’impression de simplement tuer le temps lorsqu’on n’est pas en tournée. J’essaie de faire les choses que nous n’avons pas la possibilité de faire lorsque nous sommes en tournée.

Ben : Ouais c’est vrai. C’est dur, parce que lorsque tu es sur la route tu veux une pause, et lorsque tu as une pause, tu as toujours envie d’être occupé à nouveau sur la route.

Est-ce que vous avez des boulots à côté ?

Ben : En ce moment, on se fait de l’argent avec notre musique, mais on parvient tout juste à en vivre. On ne peut pas prendre un autre job, parce qu’on n’en n’a pas le temps. C’est une situation étrange. On survit quoi ! C’est un peu effrayant, mais ça va.

“S’il y a un mois difficile, nous n’avons pas de roue de secours.[…] nous avons besoin que ça marche, sinon nous sommes foutus !”

Oui, vous vivez un peu au jour le jour.

Ben : Oui. S’il y a un mois difficile, nous n’avons pas de roue de secours. Mais j’imagine que c’est pourquoi nous sommes tellement dédiés à notre cause ! Parce que nous avons besoin que ça marche, sinon nous sommes foutus !

Et pourtant, beaucoup de belles choses vous sont arrivées : vous avez tourné aux US, vous avez ouvert pour Alt-J… Il y a plus que de la chance là-dedans ! Quelle est l’étape suivante ?

Ben : En tant que groupe, je ne pense pas que nous ayons eu tant de chance que ça ! Nous avons travaillé très dur pendant très longtemps. Nous ne savions pas vraiment ce que nous faisions pendant quelques années. Nous avons fait beaucoup d’erreurs et beaucoup appris en même temps, et je pense que maintenant nous savons tous comment faire pour que le groupe marche. Alors… Il n’y a pas vraiment de prochaine étape. Nous sommes plutôt dans une sorte de spectre qui est constamment en mouvement, fait de petites étapes. Nous allons sortir de nouveaux morceaux, et si tout va bien les gens vont les aimer, et nous allons continuer à le faire jusqu’à-ce que les gens ne les aiment plus.

Je pense que vous pourriez être plus positifs ! (rires)

Ben : Je pense que je suis très, très anglais là-dessus !

Frank : Oui, c’est le genre de choses qu’on fait ! On n’ose pas être trop positifs ou optimistes. C’est comme une défense contre le côté « trépidant » de notre futur !

Ben : Bref, la prochaine étape c’est que nous allons faire le deuxième album et une tournée pour celui-ci. Nous voulons que les gens l’aiment. En fait, nous allons plutôt continuer à faire de la musique jusqu’à-ce que NOUS ne l’aimions plus ! C’est une meilleure manière de le dire.

Parlons un peu de votre album That’s Your Lot. Premièrement, que veut dire le titre ?

Ben : Ah ! C’est une expression qui veut dire « c’est ton destin », ou « voilà ce qu’on te donne ». En anglais, c’est une sorte de blague parce que cela veut aussi dire « c’est la fin ». Ce à quoi je n’avais pas vraiment réfléchi, cela ne se traduit pas très bien ! Quelle aurait été ton idée pour la signification de cette phrase si tu ne connaissais pas l’expression ?

Hmm.. J’avais pensé, soit un sens littéral, ou quelque chose comme there you have it (ndlr : « et voilà »).

Ben : Cela veut aussi dire there you have it, il y a beaucoup de significations. C’est l’une d’entre elles.

Je voulais aussi parler de la vidéo de Prague ‘99. Est-ce que vous avez participé au concept du clip ?

Ben : Hum… Ouais, beaucoup en fait ! Nous nous sommes tournés vers un réalisateur qui s’appelle Kit Monteith, et il a vraiment fait un bon travail. C’était au départ son idée, et puis nous avons échangé des idées jusqu’à obtenir la forme finale. Nous nous sommes beaucoup investis dans l’editing, parce que c’est une chanson très importante pour tous nos fans et pour nous aussi. Nous voulions vraiment que la vidéo soit parfaite j’imagine. Cela a pris un moment pour la terminer, mais je pense que le résultat en valait la peine.

Oui, je trouve qu’elle complète bien la chanson ! Et ta voix me brise le cœur, mais dans le bon sens ! (rires)

Ben : Merci ! Et il y a cette danse vraiment magnifique, c’est génial.

“[Prague ’99] est une chanson très importante pour tous nos fans et pour nous aussi. Nous voulions vraiment que la vidéo soit parfaite.”

Je voulais aussi savoir l’histoire derrière la chanson Orthodox Man.

Ben : Cette chanson parle du fait d’être amoureux de quelqu’un, ou peut-être d’avoir envie de quelqu’un, et de vouloir changer – peu importe comment – pour être l’objet de ses désirs. « I’ll be your orthodox man, I’ll be your slave, your pet » (ndlr : « je serai ton homme orthodoxe, je serai ton esclave, ton animal »). « Je ferai tout ce que tu voudras pour ton amour ».

C’est drôle, parce que la vidéo pour la chanson…

Frank : C’est un peu comme un documentaire- ou une vidéo de vacances ! (rires)

Ben : Elle ne correspond pas vraiment au message de la chanson !

Oui, mais je la trouve sympa !

Frank : Elle est très amusante, parce que c’est simplement nous en train de faire ce qu’on fait.

Oui, c’est comme un joli set de souvenirs.

Ben : C’est vraiment bien qu’on ait cette vidéo, parce que je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ce voyage ! (rires) Pour revenir à la chanson, vouloir changer pour satisfaire quelqu’un, c’est une idée naïve et plutôt idiote. Mais j’essaie de ne pas prendre cela trop au sérieux, c’est pour cela que la chanson est si dansante et que la vidéo est si amusante. Ce n’est que de la musique pop au final, personne n’est blessé ! (ndlr : il rit un peu nerveusement)

Maintenant, j’ai une question un peu bizarre. Si vous ne deviez boire qu’une chose pour le reste de vos vies, que choisiriez-vous entre le jus de tomate et le vin rouge ?

Ben : Aaaah, mon Dieu c’est vraiment difficile ! Parce que… j’aime le jus de tomate !

Harris : Le vin rouge.

Frank : Tu peux changer le jus de tomate, si tu ajoutes du tabasco…

Nope, c’est soit l’un soit l’autre !

Frank : oh. Alors je choisis quand même le jus de tomate.

Ben : Est-ce que le jus de tomate hydrate ?

Harris : Plus que le vin en tout cas ! (rires)

Ben : Tu te sentirais mieux que moi, mais je choisirais le vin rouge !

Frank : Je pense que le vin rouge sera mieux au final.

Ben : Mais tu devrais en boire constamment. Parce qu’au moment où tu arrêtes tu auras un énorme mal de tête, tu auras besoin d’un verre d’eau mais tu devras boire du vin rouge à la place ! Cela va plus vite qu’avec l’eau, mais les effets sont très différents. Vin rouge pour Harris et moi, jus de tomate pour Frank. Mais pour les jeunes enfants qui nous écoutent, il a raison, et nous avons tort. (rires)

Enfin, que pouvons-nous espérer de Blaenavon l’année prochaine ?

Frank : Nous espérons tourner à nouveau en Europe… Si on nous y autorise ! (rires) (ndlr : Brexit…)

Ben : Si tout va bien, on reviendra à Zürich. Nous aurons de nouveaux morceaux à jouer en live. Notre second album va sortir plus tard l’année prochaine… Je pense que ce sera vraiment bien. J’aime beaucoup ce qu’on fait en ce moment. Je suis très fier de notre premier album, et je me réjouis de notre deuxième album. Tout le monde dans l’univers va apprendre à écrire et à prononcer notre nom de groupe, et je serai le roi du monde ! (rires)

Frank : Et puis on va changer la manière d’écrire et de prononcer notre nom. (rires)

Cela me paraît être un bon projet d’avenir ! Merci beaucoup !

Frank : Merci à toi Myriam !

Ben : C’était agréable de discuter avec toi. Très amusant !

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