Dossier : 007 et les Bond song

A l’occasion du Bond Day, retour sur cette relation intime qu’entretient le célèbre espion britannique avec la musique.

 

 

Qui ne connaît pas le célèbre thème jazzy de James Bond ? Pourtant, si cela tient une importance particulière dans l’histoire du fameux espion au cinéma, il ne faudrait en aucun cas réduire la musique de cette saga d’espionnage au thème de Monty Norman qui fît son apparition en 1962 sur le premier James Bond d’EON Productions, James Bond 007 contre Dr. No. Un petit cours d’histoire subjectif s’impose pour retracer cette grande et belle histoire d’amour qui lie la musique et le cinéma, ou démontrer comment l’usage des « song themes », sont une illustration des prises de positions initiées par 007, en même temps qu’un symbole de l’évolution d’une saga historique.

 

 

Les variations d’un thème et la sécurité britannique

 

James Bond pourrait, au moins dans ses premiers épisodes, se résumer au thème de Norman revu et corrigé, ainsi qu’au générique initié par Maurice Binder et son fameux Gun Barrel (l’espion vu au travers d’un canon de pistolet). A cet effet, c’est le même Binder qui signe les 14 génériques de James Bond de 1962 à 1989. Les débuts de James Bond au grand écran correspondent à une certaine forme de régularité, incarnée notamment par John Barry, arrangeur du thème de Norman et auteur de nombreuses bandes originales, en étroite collaboration avec les chanteurs-euses qui évolueront durant la saga. Particularité de cette longue histoire qui lie l’espion britannique au septième art, la chanson, outil qui deviendra indispensable et inhérent à la saga. L’utilisation d’un titre chanté en générique sera d’ailleurs en total cohérence avec le retour de la chanson au cinéma souvent doublée par les compositions musicales et classiques. James Bond devient alors le symbole d’un thème connu de tous adoubant des titres chantés par des vedettes, essentiellement britanniques dans un premier temps.

 

 

Après le premier opus (Dr No), la chanson fait son apparition en 1963 avec Bons Baisers de Russie et le titre chanté par le britannique Matt Monro, sur une composition de Lionel Bart (auteur de la comédie musicale à succès Oliver !). Trois ans plus tard, Monro remportera un Oscar de la meilleure chanson pour le film Born Free, laquelle fût entre autre écrite par… John Barry. Le monde est petit, surtout en ce qui concerne James Bond. En 1964 pour le célèbre Goldfinger, c’est Shirley Bassey et sa voix soul que l’on peut entendre. Bassey devient la coqueluche de la saga et sera surtout la seule à être créditée pour trois épisodes. Goldfinger est l’exemple type d’un titre variation du thème. Toujours est-il que Goldfinger propulsera Bassey au rang de star, alors que le film lance la fameuse bondmania. La chanteuse y évoque avec une voix soul inoubliable la relation entretenue par Bond et la figure de la femme fatale. Une thématique qui reviendra à de très nombreuses reprises.

 

 

En 1965, James Bond manque de voir les guitares de Johnny Cash sublimer son générique. C’est finalement Tom Jones – également devenu star par la suite – qui pose sa voix de crooner sur une version originelle de Cash. Opération Tonnerre dépasse Goldfinger et devient le premier grand succès au box-office d’un épisode de la saga. EON ne tardera pas à passer de l’autre côté de l’Atlantique pour conquérir un nouveau public avec des icônes nationales.

 

 

Premier esquisse d’un James Bond en paillettes ?

 

 

La première opération séduction se jouera avec Nancy Sinatra, fille de Frank, icône pop à qui l’on doit le fameux “These Bots are made for walkin” (1966). Pour On ne vit que deux fois, Nancy Sinatra devient la première image « cool » de James Bond. Son titre, devenu un classique sera repris dans la série Mad Men ou encore par Robbie Williams avec le hit “Millenium”. L’opération est une réussite, si bien que pour Au service secret de sa majesté, on réitère l’expérience avec la célébrissime voix crépusculaire de Louis Armstrong qui signe “We Have All Time” (le titre se sépare enfin de l’intitulé originel du film).

 

 

Pourtant, comme un symbole, Shirley Bassey fait son retour pour Les diamants sont éternels. Désormais consacrée, la chanteuse signe un titre enjoué, moins connu des fans. Tel un message subliminal, Bassey devient elle aussi éternelle aux yeux de James Bond. Alors que le box-office ne cesse de plébisciter l’espion britannique, la chanson évolue au rythme des budgets et des ambitions impulsées par la direction. Pour 1973, c’est le rock qui fait son apparition, laissant la touche jazzy sur le coté. Pour Vivre ou laisse mourir, on expérimente pour la première fois la notion de groupe, puisque Paul McCartney chante avec George Martin et les Wings un hit aux riffs sulfureux. Pour cette première de Roger Moore, ce sont deux mythes de la culture britannique qui se rencontrent. Les Beatles d’un côté, James Bond de l’autre, le dernier offrant le générique aux survivants du plus grand groupe pop de tous les temps, comme une sorte de pardon. Souvenez-vous, dans Goldfinger, il était « malsain d’écouter les Beatles sans boules quiès ». Vivre ou laisser mourir devient en parallèle le plus grand succès de la saga.

 

 

Malgré ce triomphe, L’homme au pistolet d’or change totalement de direction. Alice Cooper avait pourtant fait part de ses envies de composer le titre, qui ira finalement à Lulu. Parallèlement, la composition de John Barry pour le film est considérée comme la pire BO de l’histoire de James Bond. Si bien que Barry se voit remplacer par le piano de Marvin Hamlisch sur L’espion qui m’aimait (1977) où Carly Simon vient poser sa voix. Ce retour américain ne sera pas non plus confirmé puisque Shirley Bassey reprend le micro pour Moonraker, et envoyer comme signal que non, la saga James Bond n’est pas en train d’éclater ni de baisser de régime. Au regard des derniers succès musicaux autour de la saga, ce sont bien les vedettes qui en tirent les plus grands bénéfices. Un enseignement pour la suite.

 

 

Un James Bond bien entouré

 

 

Désormais, James Bond veut jouer dans la cour des grands, quel qu’en soit le prix. Sheena Easton marque les débuts d’une ère paillettes qui ne quittera pas l’espion. Sa chanson dans Rien que pour vos yeux offre une première nomination à l’Oscar – qu’elle ne remportera pas. Mais qu’importe, la reconnaissance hollywoodienne est déjà faite. Pour Octopussy (1983), la mission de charmer un public toujours plus important est confiée à Rita Coolidge. Plus glamour que jamais, la présence de Coolidge vient confirmer la vague féminine qui devient inhérente à la saga Bond. Etonnament, le choix féminin ne sera pas conservé par les producteurs qui préfèrent surfer sur une mode plutôt que d’insérer une vraie ligne édito-musicale, claire, nette et précise. En pleine période New Wave, c’est donc Duran Duran qui se charge de pimenter Dangeureusement vôtre. Le phénomène occupant une large décennie avec des variations musicales allant du rock à l’électronique, A-ha est choisi pour Tuer n’est pas jouer avec The Living Daylights, plus dark. Avec la volonté de satisfaire le plus grand nombre, une deuxième formation, plus rock, chante également sur la bande originale. The Pretenders signe ainsi If There Was a Man alors que Thimothy Dalton enfile pour la première fois le costume du séduisant espion. Le procédé est alors adopté pour Permis de Tuer, où Gladys Knight (plutôt qu’Eric Clapton) entonne le fameux Licence to Kill et Patti LaBelle le titre If you asked me to (repris par Céline Dion).

 

 

Cinq années de silence seront nécessaires pour mettre au monde GoldenEye où la grande Tina Turner pose sa voix rauque sur un titre écrit par Bono et The Edge. LA consécration d’un James Bond qui a enchaîné les vedettes pour garnir son générique. LE titre dont le public se souvient d’entre tous. Comme un paradoxe, la BO d’Eric Serra (protégé de Luc Besson) est un échec pour les fans qui réclament le retour au style Barry, vingt ans après l’avoir critiqué lors de L’homme au pistolet d’or. Quant à Tina Turner, c’est un coup médiatique réussi pour GoldenEye, puisqu’on tient ici la présence d’une star internationale confirmée à maintes reprises, alors que jusqu’ici, James Bond utilisait des phénomènes de mode britannique (Duran Duran), des icônes américaines éphémères (Nancy Sinatra) ou des stars-maison (Shirley Bassey). Tina Turner a notamment marqué les années 80 (avec Private Dancer en 84), au point de livrer un premier best-of salué en 1991.

 

 

Conséquence, James Bond optera pour des choix de vedettes et groupes confirmés pour la suite. Sheryl Crow prend le relai en 1997 pour Demain ne meurt jamais et accentue le grandiloquent qui nappe l’espion britannique. Pulp, figure brit-pop signe également un titre pour ce nouvel épisode à succès. Deux ans plus tard, le rock confirme sa place avec Garbage, là encore un groupe confirmé puisque les américains ont connu leur apogée dans les années 1995-96.

 

 

La constante opposition Homme/Femme

 

 

Alors qu’à l’écran James Bond se frotte volontairement à la femme fatale, la musique laisse une entière place de liberté aux chanteuses. Au sommet de sa carrière, c’est Madonna qui chante (et joue) pour Meurs un autre jour. Le choix est contestable, d’autant que musicalement, le titre n’a gardé aucune inspiration originelle. Plus R&B, le tube de Madonna est bien plus taillé pour les hit parades pour que la bande originale d’un film. Et pourtant, la collaboration Madonna – Mirwais Stass (producteur de la Madone et fondateur du groupe Taxi Girl) marquera à jamais l’histoire, symbole de la période paillettes, désormais révolue.

 

 

Après cette parenthèse, James Bond devra être le repère des talents de demain, avec des compositeurs interprètes de talent. En prime, le très prisé générique final de James Bond fera jouer la concurrence. La voix féminine ne sera pas forcément un crédo et l’opposition homme/femme est de mise. Ainsi, pour Casino Royale, c’est le frontman de Soundgarden, Chris Cornell qui compose et chante ” know my name”. Ce retour du rock est confirmé par Quantum of Solace qui offre un duo inattendu entre Jack White (ex White Stripes) et la vedette R&B Alicia Keys. Ou quand le rock heavy croise de nouveau les teintes jazzy-blues. Si le film n’est pas un succès critique, le titre “Another Way to Die” fait l’unanimité. En parallèle, Duffy rend hommage à Shirley Bassey avec “Rain on your Parade” qui ne figurera pas dans la bande originale.

 

 

Pour Skyfall, la règle de conduite reste la même, malgré l’arrivée de Sam Mendes à la direction du film. Ce dernier amène dans ses bagages son fidèle compositeur, Thomas Newman. Celui-ci ne s’occupera en aucun cas du titre chanté qui aura fait couler des cartouches d’encre (le trio Muse était un temps favori, le titre “Supremacy” ayant les arguments pour intégrer la bande originale). C’est finalement la chanteuse Adèle  qui immortalisera le fameux espion sur un titre co-écrit avec son collaborateur habituel Paul Epworth, premier single de la chanteuse britannique révélée par les albums 19 et 21.

 

 

 

Quels sont vos titres Bondien favoris ?

 

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