All We Are : “Quand on est sur scène, on a ce sentiment, l’impression d’être chez nous”

Rencontre autour d’un thé avec les deux tiers du groupe de Liverpool All We Are, la norvégienne Guro Gikling et l’irlandais Rich O’Flynn, qui ont entre autres abordé leur connexion avec le public, l’isolement dans leurs compositions et leur appartenance à Liverpool.

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All We Are, c’est ce trio exotique de Liverpool, composé de Guro Gikling, Rich O’Flynn et Luis Santos, signés l’année dernière sur le label Double Six. All We Are, c’est d’ailleurs le titre éponyme de leur premier album, sorti le 2 février dernier. Une musique aux allures de “Bee Gees sous diazepam” comme ils aiment à se décrire ; et dont vous avez peut-être été témoin la semaine dernière au Badaboum, par exemple. All We Are, c’est aussi le nom que porte l’un des hits du groupe de heavy metal allemand Warlock. Sait-on jamais, un rapport peut-être ? ” Non, pas du tout ! Le nom est là depuis le début du groupe. On a commencé ce groupe parce qu’on voulait être ensemble, tous les trois. J’imagine qu’All We Are était vraiment approprié parce que c’est tout ce qu’on a, c’est ce qu’on est. Juste trois meilleurs amis qui font de la musique ensemble et l’enregistrent. Ca n’a malheureusement rien à voir avec le groupe allemand ” répond Guro en riant ; ce à quoi Rich ajoute “J’ai vu la vidéo par contre. C’est assez bizarre ! “.

Un nom transparent, sincère et naturel, à l’image de leurs performances et écriture. La batteur nous décrit et décrypte leur interaction et alchimie naturelle sur scène : “En gros, on aime que ce soit le plus naturel possible. On aime maintenir ce courant, ce flux, ce sentiment naturel. Il n’y a que nous trois alors on doit attentivement réfléchir à comment rendre notre son le plus grand possible. Quand on joue, on joue assez près les uns des autres, quelque soit la taille de la scène. Je joue au milieu, et Guro et Luis sont autour de moi, face à face. On a cet espèce de petit monde que l’on essaie de créer en jouant les uns les autres, positionnés en triangle. On essaye de jouer pour créer cette ambiance et atmosphère dans laquelle, on l’espère, les gens peuvent rentrer.” “La façon dont nous sommes positionnés sur scène est la même que lorsque nous répétons. On a donc un sentiment de familiarité. Quand on est sur scène, on a ce sentiment, l’impression d’être chez nous.” explique la bassiste. Rich complète “C’est la même chose quand on est en studio. Quand on a enregistré avec Dan, on a enregistré percussions, basses, guitares : le tout ensemble. On jouait en se faisant face les uns les autres.” Laissent-ils place à l’improvisation ou sont-ils d’une rigueur militaire dans leur performance ? “Des fois, pour certains morceaux, on s’autorise à se laisser aller pour voir ce qui arrive. Mais habituellement, on est très disciplinés !”. “Quand on est sur scène, on ressent aussi ce que ressent le public. Donc si le public est à fond dans ce que l’on fait, on rentre nous même plus profondément dans ce que l’on fait. J’imagine qu’alors c’est plus facile de se laisser aller. Mais pour nous la connexion avec le public a une énorme importance quand on joue en live, parce qu’on veut qu’il fasse partie de ce monde qu’on essaie de créer.” développe Guro. Quant aux réceptions internationales de ces performances, l’accueil est pour le moins chaleureux et enthousiaste : “En Hollande, c’était vraiment bien. En fait, ça a vraiment était bien partout, vraiment.” dit-elle, avec une mention spéciale pour notre public : “Les Français sont vraiment sympa. Ils nous crient des choses d’habitude, comme « I love you ». C’est vraiment agréable, parce que pour les concerts que nous avions faits jusque-là, nous n’avions pas enregistré une grande quantité de chansons, et l’album n’était pas encore sorti. Malgré tout, on a toujours eu un écho positif ici. Les festivals ont été très drôles cet été, parce que tout le monde était à fond. Espérons que ça continue !”.

L’alchimie naturelle qu’ils ont sur scène est donc la transposition de celle qu’ils ont sur leurs lieux de répétition et de création. “On fait surtout des boeufs, donc on écrit tout ensemble. Toutes les idées arrivent quand nous sommes tous les trois dans une pièce. Et on fait des boeufs jusqu’à ce que l’on trouve quelque chose qui marche. Ensuite, on travaille dessus jusqu’à ce que l’idée soit finie. ” explique Guro. “C’est une méthode plutôt naturelle. Une méthode dans laquelle on a tous une participation égale et c’est plutôt une manière agréable d’écrire.”. Pour écrire, d’ailleurs, le groupe irlando-brésilo-norvégien avait expliqué avoir parcouru quelques kilomètres, voyager pour s’isoler. Au Pays de Galle, puis en Norvège : le motif du voyage est-il récurrent dans leur méthode de création ? Rich nous parle un peu de ce qu’il en était au Pays de Galle “C’était en Novembre de l’année dernière. C’était durant la période où on était en discussion avec Domino. On était presque surs de signer. On voulait avoir plus de morceaux pour l’album, puisque l’on savait qu’on allait l’enregistrer cette année. On est parti au Pays de Galle. On s’est enfermé et coupé du monde. On a apporté du matériel à cet endroit et l’avons transformé en studio. On a vraiment fait que des morceaux pendant deux semaines.” Le trio avait précédemment confié qu’il s’était imposé un challenge rigoureux pendant cette session galloise : une chanson par jour pendant deux semaines. Le pari a t-il été tenu ? C’est en choeur et fièrement qu’ils répondent d’un “Ouais !”. “On utilise que deux des chansons qu’on a finies là-bas. Keep Me Alive et une chanson qui s’appelle Shadows. Shadows n’est pas sur l’album, mais c’est un morceau disponible en tant qu’exclu sur Itunes.” précise t-il pragmatiquement. A la session galloise s’ajoute donc une session norvégienne. “C’était le même principe.” explique la bassiste, à une différence près “En Norvège, il s’agissait juste de jouer le plus possible et d’essayer de mettre des idées en place. En fait, juste de passer un bon moment.”. “C’était aussi pour une durée de deux semaines. On a fait beaucoup de boeufs durant cette période et on a eu beaucoup d’idées sympas. Mais la musique n’a vraiment été finie, et nous la considérions finie en tant que telle et d’ailleurs écrite à Liverpool. Oui, la musique est vraiment de Liverpool.” renchérit Rich. Pays de Galle, Norvège : aucun autre voyage à ce jour, ni contrée exotique ne s’ajoute à l’énumération géographique. Le batteur laisse toutefois entrevoir une porte ouverte “Quand nous ferons notre deuxième album, nous irons sûrement quelque part, peut-être en France.”. (Le premier album à peine sorti, quelle joie de les entendre déjà évoquer le projet d’un album successeur !) “Ce serait sympa d’aller dans un endroit chaud la prochaine fois !” enchaine Guro en plaisantant. Puisqu’il est encore question de voyages pour les futures compositions, ceux-ci ont-ils un impact sur leur création ? L’environnement étranger a t-il une quelconque influence ? “Je ne pense pas vraiment. Ce n’est pas l’endroit où l’on va qui importe. C’est plutôt le fait d’être isolé, juste nous trois. On éteint nos téléphones ; pas d’internet. On se concentre vraiment sur la musique et on ne se préoccupe pas vraiment de l’endroit où on est. Il s’agit plutôt de la situation, plutôt que de l’environnement.” La norvégienne le résume ainsi : “Ce n’est pas la solitude, mais le sentiment d’isolement.”

Quoiqu’il en soit de ces quelques écarts géographiques, l’album All We Are est un véritable produit de Liverpool. Le groupe lui-même se sent une âme de scouse, bien que les origines des membres le situeraient dans des eaux internationales. Le batteur admet fièrement : “C’est vrai que Liverpool nous a complètement adopté et nous a fait sentir qu’on était les bienvenus. On a vraiment le sentiment d’y avoir planté nos marques, nos racines. On se considère nous même comme un groupe de Liverpool et on est très fier de faire partie de la scène qui y est en ce moment. Elle est vraiment bien.”. Un sentiment et discours à faire pâlir tous les politiciens qui usent et abusent du thème de l’immigration dans ce pays. “Je crois que la presse et les gens de Liverpool disent que l’on est un groupe de Liverpool. Ils nous ont vraiment pris sous leur aile. C’est chez nous. Nous sommes un groupe de Liverpool. ” insiste Guro. Puisqu’ils font partie intégrante du paysage musical de Liverpool, qu’en est-il des scènes de leur pays d’origine ? “A vrai dire, je ne sais pas ce qu”il se passe en Norvège. Je ne m’y fait pas vraiment attention, parce qu’il y a tellement de choses qui arrivent là où je suis. Mais il y a beaucoup de bon groupes norvégiens qui sont en train de sortir en ce moment, que j’ai vu sur des blogs. Comme je ne suis pas allé en Norvège depuis un moment, je ne suis pas très au courant. ” répond l’une, tandis que pour l’autre : ” C’est la même chose pour moi. L’Irlande a une très bonne scène musicale, mais je ne suis pas très familier de cette scène. Je pense que c’est la même chose pour Luis et le Brésil, c’est tellement loin. On est pas très impliqués.” Implication toute entière donc dans le paysage musical de Liverpool. Le paysage, l’architecture-même de la ville a par ailleurs un impact certain sur cette scène, et a fortiori sur la dynamique et les habitudes du groupe. Rich explique ” Les années 80 ont été une période difficile pour la ville et  c’est à ce moment que beaucoup de bâtiments ont été laissés à l’abandon. Il y a beaucoup d’investissements dans la ville aujourd’hui, et c’est très dynamique. Beaucoup d’artistes s’installent dans ces bâtiments. Par exemple, j’habite en haut d’une école abandonner, et c’est là que l’on écrit, que l’on enregistre tout et que l’on répète. Beaucoup de gens utilisent ces bâtiments, comme cette église où nous avons enregistré nos morceaux précédents. La ville est vraiment centrée sur les artistes. D’ailleurs, certains artistes transforment ces bâtiments en club. Par exemple, le Kazimier est une partie importante de la scène de Liverpool. C’était un théâtre abandonné que des artistes ont repris, recrée et transformé en l’un des meilleurs clubs de Liverpool. Il y a beaucoup de situation comme celle-ci, et c’est très sympa.” On comprend l’interaction entre ce paysage urbain et le paysage musical. A l’intérieur même de la scène de Liverpool, y a t-il néanmoins une solidarité plus forte entre les anciens étudiants de la Liverpool Institue Performing Arts, dont ils sont diplomés ? “On a beaucoup d’amis qui jouent dans des groupes qui étaient à l’université avec nous et qui s’en sortent vraiment bien, et on ressent une certaine connexion avec eux. Par exemple, Spring King, Circa Waves, Dan Crowl, Mika Pascalov, Stealing Sheep…” énumère Guro. Remettant l’accent sur leur sentiment d’appartenance à Liverpool, O’Flynn affirme “On s’est rencontré à l’Université, mais on a vraiment commencé le groupe après la fac. On se sent plus lié à Liverpool qu’à l’Université.”

De quels groupes rêveraient-ils avoir un remix de leurs morceaux ? C’est avec un grand sourire et de grands yeux brillants que Guro confie ” J’aimerais vraiment que Jon Hopkins remixe un de nos morceaux.” Rich s’enthousiasme à son tour : “On est des grands fans de Jon Hopkins. Vraiment. On l’a rencontré au Great Escape à Brighton. C’est un mec très sympa. On a vu pas mal de ses concerst l’année dernière.” Rappelons que les All We Are et Jon Hopkins partagent le même label, à savoir Domino Records. “Domino est le label rêvé. Il nous donne l’opportunité de faire ce que l’on veut. Ils sont très encourageants, et ce sont des gens adorables. Ils croient en nous. C’est tout ce que l’on demande, vraiment.” Après cette parenthèse sentimentale á l’égard de leur label, Guro en revient aux remixes et ajoute “Ce serait sympa aussi d’avoir un remix de Disclosure. “; et pour Rich “un artiste hip hop aussi, comme Chance le rappeur, quelque chose d’un peu plus dans ce genre. On a un amour partagé pour le hip hop.” Clôture de la liste de voeux des remixes. Quelques derniers mots néanmoins pour savoir ce que l’on peut leur souhaiter de mieux pour les mois à venir : “On est vraiment fier de l’album. On en est satisfait et vraiment excité à l’idée que les gens l’écoutent. On espère qu’ils l’aimeront autant qu’on a aimé le faire. ” C’est le cas, en ce qui nous concerne.

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