Au KeyBank Pavilion, la machine Muse plus performante que jamais

Grande fut notre joie de croiser la route du trio Muse aux Etats-Unis pour un concert best-of électrisant et réussi. Récit.

Que les salles de concerts américaines contrastent avec nos salles françaises. Érigé au milieu de vertes étendues, le KeyBank Pavilion se présente à nous sous la forme d’un titanesque parking aux allures de camping où les gens flânent alors même que PVRIS ont déjà démarré leur set. Quelques minutes de marche nous amènent à l’entrée de la salle, et à une vision purement inattendue: un amphithéâtre couvert de la taille d’un Zénith à la fosse minuscule (sans doute réservée aux plus fortunées et limitée à un maximum de 4 rangs) qui s’étend ensuite sur des centaines de mètres de pelouse (elle non-couverte) pouvant alors accueillir la taille d’un Bercy. Un terrain en pente garantit une bonne visibilité quelque soit la place, le soleil brille; tandis que le soleil se couche et que les coups de 21h30 résonnent, les écrans mis en place sur scène pour Muse s’animent soudainement. On est partis.

Au vu des sets prodigués au cours de cette tournée américaine de transition, nous n’attendions pas de surprise particulière. Mais c’est évidemment juste avant le début du concert que l’info éclate comme un coup de tonnerre: en préparation de leur concert by request ce 19 Août à Londres, le groupe a soundchecké Glorious, Dead Star, Assassin, Fury et Showbiz. Que de raretés, certaines disparues des lives du groupe depuis de nombreuses années. Alerte spoiler: ces titres en resteront à leur état de soundcheck. Mais la pression du fan aguerri fut, au cours du concert, mise à rude épreuve. Qu’importe; le set, lui, démarre.

Et Muse ouvrent sur ce qui fut finalement le moment le plus attendu du concert: Dig Down, leur nouveau très discuté morceau, se rapprochant de Madness par bien des sonorités et aspects mais conservant une vibe bien particulière et toujours férocement fédératrice. En live, cet aspect n’est qu’accentué: tandis que la basse vrombit et que les écrans distillent une scénographie futuriste impeccable, le public exulte et Matthew Bellamy, en grande forme, passe par tous les octaves, balançant un falsetto forcément charmeur vers la fin du titre. Rien ne sert de critiquer: pour peu que l’on ait été ou que l’on soit acquis à la cause du groupe, le charme opère immédiatement.

De là, le set opérera comme un impeccable best-of de Muse, le trio fonctionnant à plein régime, parfaitement calibré et opérant à 100 à l’heure. Hysteria, Plug In Baby, Resistance: la première moitié du set restera assurément comme la meilleure, avec un Stockholm Syndrome dantesque qui impressionne toujours autant. Rodé comme jamais, le trio multiplié intro, outro et solo, piochant tant dans leur propre discographie (Reapers, Who Knows Who) que dans celle de leurs pairs (AC/DC, Rage Against the Machine, Jimi Hendrix, Led Zeppelin). Déjà un temps fort? Après l’apocalyptique Stockholm Syndrome, Matt balance sa guitare dans un geste mi-spontané mi-prévisible qui, s’il ne surprend pas, fais toujours plaisir à voir.

Car blâmer Muse d’être devenu une formation mainstream est un reproche qui n’en est finalement plus un. Toujours un des plus gros groupes rock du monde, le trio, conscient de son facteur charme, réduit la communication et se présente avec lunettes, guitares et chaussures à LED, veste élégante, et multiples instruments tous plus extravagants les uns que les autres. Et quand résonnent Starlight, Madness ou Dead Inside, on ne peut plus que se laisser porter, amusés, tant pester reviendrait à jouer la carte du vieux con hurlant à qui le veut que “Muse, c’était mieux avant”. Certes; mais voir Muse en 2017, ce n’est pas voir Muse en 2001. Nul retour en arrière possible pour la formation: la machine est trop bien rodée, le regard fixé vers le futur. Et comment leur reprocher?


Entre deux titres efficaces, c’est le gagesque New Kind Of Kick qui vient résonner dans le KeyBank Pavillion. La reprise d’Hallowen du groupe vient taper l’incruste en forme de playback vocal justifiant un jam batterie/basse entre Dominic Howard et Christopher Wolstenholme. Le titre amuse, mais s’étire un peu trop malgré sa courte durée. Mais quant on en vient à la question des jams, Muse sait tirer son épingle du jeu: le Munich Jam, ici placé entre Dead Inside et Starlight vient, comme depuis le début de la tournée Drones, proposer un break purement jouissif et addictif jonglant entre les vitesses pour un grand 8 dévastateur et passionnant qui ne peut que convaincre les fans les plus acharnés. Ne jetons pas la pierre au public américain: s’ils ne bougent pas beaucoup, leur apport vocal est indéniable, réagissant toujours avec forces aux quelques tentatives de communication du vénéré frontman (si vous avez déjà vu Muse en concert, vous savez très bien ce que cela veut dire).

Le Starlight mentionné plus tôt voit Matthew Bellamy déambuler dans la foule et sillonner l’amphithéâtre pour chanter au plus près des rangées de fans présents; l’occasion de quelques beaux clichés, et d’un instant communication finalement absent de la tournée précédente qui, malgré son facteur convenu, fait plaisir à voir. Le format de l’amphithéâtre n’est pas un frein pour le groupe, proposant comme à leur habitude le jet d’une horde de ballons emplis de confettis que tout le monde se met à joyeusement perforer dans l’euphorie générale. Time Is Running Out apparaît, impeccable, Mercy multiplie les confettis et banderoles, puis le trio dégaine un The Globalist dont on se serait volontiers passés, tant le retrait de l’indigeste (et long!) titre de la setlist permettrait au groupe d’enchaîner 2 autres titres plus intéressants; surtout au vu de leur titanesque soundcheck. Qu’importe, la conclusion amène le religieux Drones, balancé en boucle, ode au rappel tandis que le groupe fait mine de s’éclipser.

Coups de basse implacables: Muse dégainent Uprising, avec son outro live infiniment plus intéressante que son modèle studio. L’heure de la fin est sonnée tandis que Chris dégaine son harmonica pour citer Enio Morriconne, numéro désormais bien connu des fans: le rythme effréné de Knights of Cydonia vient faire trembler l’enceinte du KeyBank Pavilion, le pont est repris par une foule parfaitement stimulée par les écrans balançant les paroles en karaoké, et le tout se termine avec la maestria et l’efficacité qui a défini l’intégralité de ce set d’1h45. Encore quelques indéchiffrables paroles de Matthew Bellamy, puis le micro est passé à Dominic Howard, qui nous remercie chaleureusement. La machine Muse a ce soir encore fonctionné à plein régime, et soyons damnés si nous ne jurions pas avoir pris un plaisir fou. Une maîtrise technique impeccable au service d’un répertoire désormais élevé au rang de classique: Muse a encore une fois fait mouche, même si l’effet de surprise n’est plus de mise. Inutile de bitcher: le trio est plus fort que jamais.

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Muse Setlist @ KeyBank Pavilion (01/08/2017):

SFX Intro

Dig Down

[Drill Sergeant]

Psycho

Interlude

Hysteria

Resistance

Plug In Baby

The 2nd Law: Isolated System

Stockholm Syndrome

Supermassive Black Hole

New Kind of Kick

Madness

Dead Inside

Munich Jam

Starlight

Time Is Running Out

Mercy

The Globalist

Uprising

Knight of Cydonia

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