Interview – Superorganism

A l’occasion de la sortie de leur premier album et après un passage français remarqué, nous avons rencontré Superorganism pour décortiquer l’organisme.

Comment le groupe s’est-il formé ?

Emily : On s’est tous rencontrés sur une période d’environ 10 ans ! Il y a 10 ans certains se sont rencontrés sur un forum en Nouvelle -Zélande et au fur et à mesure on n’a pas arrêté de se rencontrer les uns les autres, puis de bouger ensemble jusqu’à atterrir à Londres ! On jouait tous dans divers groupes, certains de l’indie rock, et avec ce groupe on est allés au Japon, en 2015 ! Orono est venu nous voir à ce show-là !

Orono : Je les ai vu jouer puis le lendemain on est allés au zoo, et… Voilà ! [rires]

Harry : Toute cette entreprise est totalement absurde ! [rires] On vient tous de pays différents, je viens d’Angleterre, Orono du japon, certains de Nouvelle-Zélande, d’autres d’Australie, … Tout est improbable, ça m’épate ! Mais une fois qu’on s’est trouvés on s’est tout de site sentis prêts à enregistrer des morceaux les uns avec les autres, pour s’éclater !

Emily : Jusqu’à la fin de l’année dernière on était genre 6 dans notre appartement lonoinien à bosser sur tous plein de projets, on avait plein d’idées, c’était très cool, et on était très fan d’Orono et de toutes ses démos sur Soundcloud…

Orono : Je faisais un peu de musique, des artworks pour des cours, j’ai posté ça sur Facebook et les gens ont trouvé ça cool, donc j’étais là genre « cool ! » [rires]

Harry : Quand on s’est rencontrés Orono avait 15 ans, maintenant elle en a 18 ! Juste de voir son activité sur Facebook à l’époque c’était excitant, savoir qu’il y a des gens avec une telle créativité qui veulent s’affirmer ! C’est également une chanteuse géniale ! Incroyable chanteuse, incroyable artiste, du coup on était là à lui demander « Tu as déjà été la chanteuse frontman d’un groupe ? » [rires]

Orono : A cette époque je devais avoir sorti 1 démo extrêmement mal enregistrée d’un morceau pas terrible et mon père avait dû me demander de le supprimer [rires] C’était la seule vraie composition que j’ai pu poster, donc c’était assez intimidant quand Harry et Emily sont venus me voir pour me proposer d’être frontman d’un groupe ! Mais c’est aussi très excitant !

Emily : On lui a envoyé ce fichier en lui demandant « est-ce que tu veux chanter quelque chose dessus ? » et elle a enregistré et renvoyé ça en moins d’une heure et on a tous écouté ça ensemble genre « wow ! wow, c’est incroyable ! » [rires] On l’a postée en ligne, c’était Something For Your M.I.N.D., et les gens se sont jetés dessus ! En 3 jours on a eu des retours absolument monstres !

Harry : On l’a postée en ligne genre « bon, qui sait, des gens vont peut-être aimer ? » On se disait qu’on allait avoir 1000 écoutes, voire 10,000 maximum, ce serait incroyable ! Et en quelques jours on a atteint les 10,000 écoutes ! Et la prochaine étape ç’a été Frank putain d’Ocean qui fait passer notre morceau dans son émission radio ! Frank Ocean ! Notre morceau ! Wow ! [rires]

Orono : Je m’attendais à 200 écoutes et j’ai envoyé un message à tous mes amis Facebook, vraiment TOUS, en mode « on est un nouveau groupe, Superorganism, et on a un nouveau morceau, écoutez-le ! » et la plupart ne répondaient pas !

Emily : Tu as dû avoir des gens qui t’ont répondu après que la hype se soit lancée genre « oh trop cool ! » [rires]

Orono : Totalement, 3 mois après certains se sont réveillés ! [rires]

Harry : « J’écoutais Superorganism avant que ce soit cool ! » [rires] Il y a vraiment eu un effet boule de neige, on ne s’attendait pas à cette hype. Et on ne dit pas ça pour être humble ; on savait que le morceau était bon, on était tous très excités, mais on ne savait pas si les gens allaient accrocher !

De gauche à droite: Soul, Harry, Orono et Emily

Vous êtes une grosse formation qui tourne avec 8 membres ; avez-vous tous un rôle défini ou vous passez-vous régulièrement les instruments, les rôles, … ?

Emily : Tout le monde dans le groupe est multi-instrumentiste, tout le monde peut écrire, chanter, faire plein de choses ! On est tous très talentueux, et chacun a un super-pouvoir, quelque chose où il est nettement meilleur que les autres ! [rires] Par exemple, [rires]…

Harry : Désolé, mais avec cette histoire de super-pouvoirs, toi [Emily] et moi, on est… Des chanteurs pas trop mauvais ! [rires] On partage beaucoup d’idées mais des fois on arrive avec une pensée random, quelque chose qui nous vient comme ça, on la montre à quelqu’un, et ça m’est déjà arrivé plusieurs fois, il écoute et il te dit « Ouais mec, c’est cool, mais Orono devrait le chanter » [rires] Mais oui ! Sans déconner ! [rires]

Emily : On a tous un super-pouvoir, par exemple on a Tucan qui est un excellent mixeur avec des oreilles magiques ! Il peut entendre des choses qu’on ne peut pas entendre ! Robert lui a un sens visuel complètement dingue !

Harry : B et Ruby chorégraphient toutes les danses du show et chantent divinement bien les chœurs !

Emily : Elles sont des personnes de goût, très avisées.

Harry : Ce sont les personnes les plus cultivées du groupe.

Emily : Il y a aussi Soul qui est un autre des danseurs et choristes, c’est un peu le gourou du groupe, c’est quelqu’un de très spirituel ! Enfin bref, si quelqu’un a une bonne idée, ce n’est jamais en ayant peur d’empiéter sur le territoire de quelqu’un d’autre, c’est toujours bienvenu ! Dès qu’il y a une nouvelle vidéo, un nouveau visuel, on l’assemble tous ensemble et Robert se charge de tout fignoler et poster ! Ça nous permet également d’avoir tous de nouvelles perspectives et idées sur ce que chacun peut proposer ! C’est une dynamique que tu ne peux pas avoir individuellement, le collectif est essentiel !

Vous avez une identité musicale très forte, très différente de tout ce qui existe actuellement ; comment ce son a-t-il été créé ?

Emily : C’est quelque chose qui s’est développé sur le long terme, qu’on a patiemment construit ensemble. A force de se partager la musique, les choses, on commence à voir le monde tous ensemble d’un seul œil. Des gens créent une famille, nous ç’a été des musiques, des chansons.

Harry : Pour en revenir à la métaphore des super-héros tout à l’heure, quand le groupe s’est assemblé c’est un peu comme quand les Avengers se sont assemblés ! [rires] Orono pourrait être Thor, Emily pourrait être Iron Man ou je ne sais qui encore ! [rires] Bon, ce n’est peut-être pas la meilleure comparaison [rires]

Emily : Orono qui chantait sur Something For Your M.I.N.D. c’est la première vraie collaboration qu’il y a eu entre elle et nous, mais en même temps on a bénéficié de son approche de la musique, de ses connaissances, de ses façons de composer, … Cette ensemble d’apparence incohérente a pris forme et est devenu quelque chose de sublime.


Votre premier album est arrivé très rapidement après l’explosion de votre hype ! Je pense à l’extrême opposé à par exemple Shame qui ont sorti leur album début Janvier après avoir fait parler d’eux pendant un an et demi ; comment expliquez-vous votre démarche ?

Emily : L’album était fini en Août, on a eu une explosion de créativité folle, on ne pouvait pas s’empêcher de créer, on est tous comme ça !

Harry : Tu n’aimerais pas habiter avec nous, c’est irritant, on travaille tout le temps on parle tout le temps de la musique, et quand on ne fait pas de musique on l’écoute, on la dissèque, … [rires]

Emily : C’était très fun, très relax, tranquille. C’était vraiment une explosion d’idées qu’on a ensuite condensé en un album. C’était un plaisir.

Harry : Dans notre position on n’avait aucune pression ! Signer chez Domino a été fou, mais rien de tout cela n’a pénétré le processus créatif car on était dans notre monde. Avoir toute cette attention après un seul morceau peut créer une pression pour un petit groupe, pour nous ça a juste formé un éclat de créativité qui a provoqué un cercle vertueux de création !

Quelles ont été vos inspirations, vos influences pour cet album ?

Emily : Il y en a tellement ! On s’est crées une playlist Spotify et il y a des centaines de titres dessus. Tout le monde adore la pop ultra scintillante, fun ; Beyoncé, Britney Spears, Katy Perry; jusqu’à des trucs lo-fi comme Slint, Pavement, … Tout le monde dans le groupe aime avoir ces goûts extrêmes dans tous les genres.

Harry : C’est très dur de définir certains groupes qui nous ont influencé ; il y en a tellement, et on les a juste absorbés, digérés et vomis [rires] Comme quand tu as la bouche pleine de Skittles, que tu les mâches tous et que tu en craches une gelée multicolore ! [rires]

Emily : Puis la personne d’après met la gelée dans sa bouche puis la mâche de nouveau puis… On va peut-être arrêter là ! [rires]

Harry : Il a y des goûts très variés dans le groupe mais on peut tous se faire écouter les uns les autres ce qu’on aime. Il y a toujours des préférences personnelles, par exemple mon approche est très différente de celle de Soul ; mais c’est ce qui nous permet d’aller dans autant de directions.

Votre identité visuelle est très forte ; vos clips, sont notamment très glitchy et délirants. D’où cela vient-t-il ?

Emily : Robert fait toutes les vidéos, tout ce qui est lié à l’art. On lui envoie différent fichiers, on travaille tous depuis nos chambres. Il imagines tous ces visuels, on en parle tous, on a de très longues discussions dessus ! On regarde tout ce qui se fait dans la pop culture et on dit ce qu’on aime. A l’issue de cette collaboration on a un aspect visuel qui est une part entière de la musique.

Harry : Ce ne sont pas des choses séparées ou complémentaires, le visuel et la musique sont deux faces d’une seule et même pièce.

Vous avez également une très forte identité live ; enregistrez-vous avec l’aspect live en tête ?

Emily : Au départ on enregistrait tout ça pour nous parce qu’on ne savait pas comment ça allait se dérouler, si les gens allaient accrocher. Les membres du groupe étaient un peu éparpillés dans le monde, donc clairement le live n’ a pas influencé l’album. On a créé cet album comme une pièce unique. Quand tout a commencé à décoller on s’est tous réunis, et on savait que nos lives allaient, devaient être des expériences folles. Et effectivement, nos premiers concerts étaient sold-out. Tu peux voir l’évolution de groupes qui deviennent de plus en plus pro, mais pour nous on voulait que l’expérience live de Superorganism soit impeccable dès le début. Le show c’est l’expérience Superorganism. On s’est donc beaucoup demandés comment gérer l’aspect visuel ; comment on va restituer tout ça, les samples, les guitares, les synthés ? Ruby, B et Soul ont chorégraphiés une routine de danse spontanément, et donc si tu es tout devant au concert tu les as devant toi qui dansent pendant tout le show, et plein de personnes aux concert n’ont pas hésité à reprendre ces chorégraphies ! [rires] Et Robert a vraiment un fort sens de l’esthétique, donc on combine tout ça ensemble. C’était vraiment usant de bosser là-dessus de façon aussi acharnée, on n’arrêtait pas de se demander « est-ce que ça va marcher ? » On a eu le luxe de pouvoir être ambitieux dès nos premiers shows. Et dès les premiers concerts tout le monde a géré, ça a fonctionné à merveille ; à mon sens [rires] ; et c’était clairement une des expériences les pus transcendantes de toute ma vie ! On savait que l’on pouvait faire des albums, Robert savait qu’il pouvait faire des vidéos, mais ça c’était un tout nouveau challenge, et on est heureux d’avoir réussi à la surmonter !


Comment vous sentez-vous vis-à-vis de la grande tournée qui vous attend, et notamment ce passage en France au Café de la Danse ?

Emily : On est très excités à l’idée de venir jouer en France ! On espère que tout va bien se passer car on s’intègre bien dans le canon french pop exotique qui existe dans ce pays ! On a hâte de visiter plein de pays, d’amener notre musique à plein de nouvelles personnes. On a hâte d’intégrer ces nouvelles cultures, nourritures, … On va absorber tout ce qui va se passer, ça va être fou, je pense que ça va nous influencer pour la suite de Superorganism.

En live vous avez encore une fois une très forte identité visuelle avec notamment une couleur associée à chaque membre ; comment les avez-vous choisies ?

Emily : On avait des imperméables chez nous !

Harry : Pour revenir aux prémices du concept ; Orono avait fait une peinture de son père.

Orono : C’était pour un cours d’art où l’on devait faire quelque chose de très impulsif, ou je ne sais pas quoi [rires] En gros il fallait se laisser aller pendant 15 minutes et peindre ce qui nous passait par la tête ; je déteste ça, je préfère avoir le contrôle quand je m’engage artistiquement dans quelque chose. Mais mon professeur insistait sur l’impulsivité ; ça m’a pris 1 heure, mais j’ai repensé à mes photos et je suis retombé sur une où j’avais pris mon père à un festival de musique avec un imperméable, et il me semble qu’il était énervé après moi, à cause de quelque chose que j’avais fait je crois ? Aller voir un certain groupe qui me plaisait au lieu d’un de ses groupes préférés ? C’était ridicule ? [rires] Je l’ai peinte puis je l’ai postée sur Instagram.

Harry : Il porte cet imperméable jaune, il est de dos en train de courir avec de la pluie autour, c’est très mélancolique, très sombre. Le sentiment se transmet très bien ! Quand est venu le temps de filmer le clip de Nobody Cares, Orono est venue avec cette idée d’être au sein de la peinture, de prendre ce chemin avec cet imperméable sur le dos, et quand la personne se retourne son visage amène le prochain plan et ça se répète à l’infini, en boucle ! De là, ça nous est apparu évident que l’histoire des imperméables pouvait être une question de continuité. Chacun avait une couleur différente ; j’en avais déjà un bleu !

Emily : Tucan en avait un rouge ! On était vraiment dans une idée d’essayer quelque chose, voir si ça marchait, et l’idée des imperméables est plutôt bien tombée [rires]

Harry : J’adore quand on peut identifier des thèmes et motifs récurrents dans l’histoire d’un groupe ! Tu nous vois en live avec ces imperméables, puis tu retombes sur les vidéos, et après tu creuses jusqu’à atterrir sur l’interview qui te dit que ça vient d’une peinture !

Orono : A retrouver sur Instagram point com slash Orono [rires]

Harry : Tu peux tout à fait retrouver d’où tout cela vient si tu le souhaites ! C’est fun je trouve !

Y a-t-il des groupes, des artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?

Harry : On est très intéressés par des collaborations, mais on se demande surtout si ces gens voudraient bien collaborer avec nous ! Kanye West par exemple ?

Emily : Beyoncé ? [rires]

Harry : J’y ai réfléchi, et je suis certain que l’on pourrait écrire un single génial et une vidéo géniale pour Katy Perry ! Elle a une esthétique très colorée, et on pourrait tout à fait intégrer notre univers au sien, ce serait génial !

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Le premier album de Superorganism sort le 2 Mars 2018.

Concerts Superorganism
 
Superorganism à Lille - 2 novembre 2018
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