Insecure Men – Insecure Men

Entre échappées psychédéliques et ballades crépusculaires. Insecure Men s’essaie une première fois, sans craindre les dissonances. Sûrement un des albums éponymes les plus étranges de ces dernières années, dans l’ombre de Lennon.

Qui sont Insecure Men ? Derrière ce nom un peu commun se tiennent Saul Adamczewski, une des têtes pensantes de la Fat White Family. À ses côtés, un compère venu de Childhood, Ben Romans-Hopcraft. Deux potes, camarades, collègues, venus proposer un long format, à leur image. Pour s’évader, très probablement, tant les onze morceaux qui composent le disque pratiquent l’expérimentation en veux-tu-en-voilà. Si bien que les quarante minutes coulent d’eau source. D’une logique implacable, le projet a forcément été longuement mûri avant sa sortie.

Ce n’est pas la première fois que des musiciens de la Fat White Family s’extradent en un projet annexe (et tout aussi bon). L’an passé, nous avions eu le droit à la jouissive irrévérence signée The Moonlandignz, chargé d’un album, Interplanetary Class Classics, qui portait clairement bien son nom. Ce serait au tour du duo d’Insecure Men d’assurer la “relève”, si ce n’est que nous avons bien à faire à l’antithèse quasi-parfaite de ce précédent projet. Lancinant, d’autant plus psyché, plus acoustique aussi, cet album n’a pas été enregistré dans les studios new-yorkais de Sean Lennon pour rien. On savait le musicien et producteur adepte du psychisme. Un héritage fièrement porté, en honneur à son père. Insecure Men semble avoir, naturellement, baigné dans la même musique. Entre les murs du studio, leur musique a été immédiatement imprégnée. Pour son plus grand bien.

La recette est d’emblée effectuée. Une nappe de synthé, vibrante, colorée, maintien la totalité des morceaux. Tandis que les voix, sans cesse couplées, multipliées, raisonnent en un écho perpétuel. De la marche funêbre Subaru Nights à la l’immaculée Burried in the Bleak, le groupe prolonge ses sonorités en diversifiant l’utilisation d’instruments. Les samples composant Teenage Boy sont rapidement submergés par un arrangement saccadé. Single en puissance, mais aussitôt écrasés par de plus gros joyaux. All Women Love Me débute sans intro. C’est d’ailleurs un principe qu’Insecure Men aura du mal à se séparer tout au long de l’album. Et ce n’est pas un mal : chaque morceau se dévoile dès les premières secondes, ce qui rend l’ensemble d’autant plus addictif. Pour revenir à ce dernier morceau, on tient là un des meilleurs segment. L’éruption sonore que provoque l’arrivée du saxophone change tout : l’ambiance de “chambre” jusqu’alors respectée se métamorphose en un paysage fumant, envoûtant, beaucoup plus important.
La transition s’articule à nouveau, pour ce qu’on appellerait le “diptyque infernal” Mekong Glitter et Heathrow. Insecure Men nous prend encore de court. L’exotique Heathrow fait office d’anti-stimulant, si bien que le morceau fini en bad trip total, dans un final littéralement au ral-en-ti.

Mince. I Don’t Wanna Dance (with My Baby) autre single promotionnel, nous surprend à nouveau. Le groupe serait ici presque le fantôme anglophone de la formation australienne Pond, périodes Psychedelic Mango et Beard, Wives, Denim.
La batterie, davantage mise en avant le temps du morceau, sera, on l’assure, irrésistible en live. Le groupe continue son road trip avec The Saddest Man in Penge, titre court mais des plus glorieux. Place ensuite à l’inquiétant Ulster. Majoritairement instrumental, le morceau évolue dans une forêt peuplée d’esprits, venus titiller de leurs voix inhumaines nos oreilles dans son dernier tiers.
Insecure Men clôt son oeuvre malicieusement. Tels deux insolents, les musiciens ont probablement déjà écris le meilleur morceau psychédélique de l’année. Cliff Has Left the Building plane dans un ciel magnifique. Nous, voyageurs endormis, sommes plongés dans une totale rêverie. Le saxophone, revenu le temps des refrains, demeure définitivement la meilleure idée du disque !
Minutes après minutes, Insecure Men dérange nos habitudes musicales en les remettant en question. Les travers du projet – qu’on peut pouvoir trouver mièvre – sont en réalité ses plus grandes qualités. Preuve irréfutable que les Beatles ont construit de solides fondations, sur lequel poussent, dans des moments de grâce, de jolies fleurs psychotropes.


Tracklisting

Subaru Nights

Teenage Toy

All Women Love Me

Mekong Glitter

Heathrow

I Don’t Wann Dance (with My Baby)

The Saddest Men in Penge

Ulster

Cliff Has Left The Building

Whitney Houston and I

Burried In The Bleak

Nos + : Cliff Has Left The Building, All Women Love Me, Subaru Nights, Mekong Glitter, I Don’t Wanna Dance (with My Baby), Whitney Houston and I

Note : 8,5/10

Concerts Fat White Family
No Comments

Post A Comment