Fontaines D.C. – Skinty Fia

Ce Vendredi 22 avril, les irlandais les plus connus du moment sortent leur troisième opus, Skinty Fia, plus sombre et torturé que jamais.

Avec l’esthétique rouge, gothique et sombre des clips des singles comme Jackie Down the Line ou encore I Love You, la couleur était annoncée. Dans une atmosphère pesante, l’album s’ouvre avec In ár gCroithe go deo, premier titre, gaélique, où les choeurs semblent chantés par des fantômes, tous droits sortis d’un monastère glauque du style Le Nom de la rose. Grian Chatten, le chanteur, s’époumone et répète en boucle « Gone is the day/ Gone is the night/ it’s gone, it’s gone« .

Mais pourquoi cette phrase en gaélique ? Il s’agit d’une inscription signifiant « In our hearts forever« , que l’on retrouve en général sur les pierres tombales irlandaises. Grian Chatten, le chanteur, en a expliqué le choix au magazine anglais Rolling Stone. Ce message devait être inscrit sur la tombe d’une femme irlandaise qui allait être enterrée à Londres, mais les autorités ecclésiastiques britanniques ont interdit cette inscription, considérant le message politique et invisibilisant ainsi la langue irlandaise. Ce à quoi Fontaines D.C. a répondu en puisant encore plus dans la culture et la mythologie celte.

Fontaines D.C. nous envoûte avec ses incantations

Le meilleur groupe du monde — d’après le NME — continue ensuite avec Big Shot et How Cold Love is, où le tempo reste plutôt lent dans la première, accélérant légèrement dans la suivante, et où la voix de Grian Chatten se fait plus grave. Les guitares se répondent, tandis que le chanteur répète en boucle How Cold Love is, repris en choeur par les autres membres du groupe. Comme une incantation, pour se rappeler à quel point l’amour, ça peut faire mal.

Jackie Down The Line vient ensuite nous faire danser, à défaut d’avoir des paroles plus optimistes. Le premier single raconte une histoire d’amour, du point de vue d’un amoureux plutôt toxique (I don’t think we’ll rhyme/I will hurt you down in time/I will hurt you, I’ll desert you). La chanson fait référence au terme « Jackeen », utilisé par les irlandais pour parler des dublinois — qui ne doivent donc pas avoir des relations amoureuses hyper saines, si on en croit les paroles.

Le tempo ralentit à nouveau, la voix redevient grave, la basse et les guitares aussi sur la balade Bloomsday, qui représente à elle seule l’univers gothique, sombre et pluvieux de l’album. Le dernier single en date, Roman Holiday, paraît ensuite plus optimiste, avec des sonorités plus aigües, presque pop ou joyeuses — pour du Fontaines D.C. Un riff électrique et une ligne de basse rythment la chanson, sur laquelle la voix de Grian Chatten vient se poser de temps à autres, mais l’instrumental se suffit presque. Fini la pluie irlandaise, à nous l’Italie ? « Well you know what I’m saying, our day will come/ Can you feel it? Won’t be long/ Can you feel it? » On repassera pour les vacances romaines, ou alors en mode Thelma & Louise.

The Couple Across The Way, répétitive, semble sortie d’une autre époque. Avec seulement un accordéon et la voix du chanteur, la chanson met en scène un couple se disputant. On les imagine tout droit sortis de Dubliners de James Joyce, le narrateur observant la scène de l’extérieur, à travers les fenêtres frappées par la pluie. Un seul instrument, une seule voix, un rythme qui ne bouge pas, à la façon d’un poème — ça développe l’imagination.

Amours impossibles, Dublin et guitares entêtantes

Skinty Fia et son rock industriel redonnent du rythme à l’album, avant de passer à I Love You, second single de l’album, dans lequel le groupe parle de son amour pour l’Irlande dans un hommage déchirant, tout en dénonçant l’hypocrisie du gouvernement et des politiques dans un pays qui a tant souffert. D’autant plus déchirant en live tant l’énergie est décuplée (très sérieusement, si vous n’aimez pas cette chanson sur l’album, allez les voir en concert ; on s’excuse si la chanson vous paraît presque fade après l’avoir entendue live). Nabokov cloture l’album avec ses réverbs qui alternent entre voix et guitare, rendant un hommage évident à l’auteur de Lolita — on les surnomme les poètes punk après tout, ils sont bien obligés de parler littérature et scandale.

Avec ce troisième album, Fontaines D.C. continue de replacer l’Irlande au coeur de la scène musicale anglo-saxonne. Entre cri du coeur chantés par Grian Chatten, choeurs fantomatiques et riffs entêtants, cet album est l’un de nos coups de coeurs de l’année et devrait garantir aux irlandais leur place sur le devant de la scène — ou une nouvelle nomination aux Grammys ? Poésie, littérature, guerre, religion et amours impossibles : si Roméo et Juliette était mis en chanson aujourd’hui, il s’appellerait sûrement « Skinty Fia ».

TRACKLIST :

In ár gCroithe go den

Big Shot

How Cold Love Is

Jackie Down the Line

Bloomsday

Roman Holiday

The Couple Across The Way

Skinty Fia

I Love You

Nabokov

La note de la rédactrice : 9,5/10

Ses morceaux favoris : I Love You, Jackie Down the Line, In ár gCroithe go deo, How Cold Love Is

Les autres notes :

Adélaïde : 10/10. Ardent, sépulcral, dévorant, implacable.
Diane : 8/10. Fontaines D.C, toujours impeccable.
Léa : 9/10. Envoûtant.
Fabien : 8/10. Mais je m’attends à bien mieux.
Claire : 10/10. Un hommage poignant à l’Irlande et une maitrise musicale parfaite.

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