Keef Hartley Band – Halfbreed

Retour sur un classique rock largement occulté de la fin des sixties.

A l’aube de la décennie rétrospectivement labellisée « ère de la contreculture hippie », le blues électrique pénètre les terres de l’autrefois dénommée Albion, notamment, dès 1958, par les efforts de Muddy Waters. Dès lors, outre les Rolling Stones, c’est surtout dans les rangs de deux groupes phares, The Yardbirds et The Bluesbreakers, que la crème du blues britannique va émerger. Fleetwood Mac, Led Zeppelin, Free, et bien sur les Rolling Stones vont connaître un fulgurant succès, mais d’autres comparses issus des mêmes cercles, bien qu’ayant produit de mémorables albums, n’auront malheureusement pas le même destin. Parmi ces membres, nous allons nous pencher sur le cas de Keith Hartley, surnommé « Keef« .

Une petite biographie du personnage s’impose…

Notre homme nait le 8 avril 1944 à Plungington, dans le comté du Lancastre et s’intéresse à la batterie au fil de sa croissance. Sa carrière débute en 1963, lorsqu’il apparaît brièvement au sein de deux bandes de Liverpool, durant l’évolution du « merseybeat » ; Freddie Starr & The Midnighters, et Rory Storm & The Hurricanes. Concernant ce dernier, Hartley est recruté afin de remplacer un certain Ringo Starr, qui va par la suite rejoindre un groupe de Liverpool aujourd’hui bien connu…

Peu après, il va voyager jusqu’à Londres et prendre part aux élucubrations musicales de The Artwoods. Leur première galette est réalisée en 1966, commandée par Mike Vernon, ayant produit John Mayall, et… le premier album de David Bowie. L’année suivante, il joue sur les cultes Crusade (Mick Taylor, également un futur Stones, à la guitare), et The Blues Alone de John Mayall. Puis il est encouragé par ce dernier à constituer son propre projet, ce qu’il opère en 1968.

Hartley, décidé à construire sa propre équipe de blues rock, s’entoure alors de divers artistes expérimentés (rassemblés et désignés comme The Nucleus), tels que Miller Anderson au chant et à la guitare, Peter Dines au clavier (tous deux joueront pour T. Rex de Marc Bolan), Gary Thain à la basse (qui rejoindra Uriah Heep), Ian « Spit James » Cruickshank (évoluant plus tard dans le jazz manouche), accompagnés de deux paires de trompettistes et saxophonistes. La première œuvre du Keef Hartley Band, baptisée Halfbreed, est enregistrée sur plusieurs journées d’octobre et décembre 1968, et est supervisée par Neil Slaven (Chicken Shack, Egg). Elle sort au printemps 1969, sous la houlette de Deram Records, subdivision de Decca Records, pour un contrat d’une unique offrande. La pochette de front est une photographie de Bob Baker, dépeignant Hartley en indien d’Amérique.

Keef Hartley Band ► Born To Die [HQ Audio] Halfbreed 1969

Que vaut cet album ?

Un parfum très enraciné dans l’essence de la musique américaine, en particulier le jazz, est immédiatement pressenti dès les initiaux retentissements de Sacked, précédés par un court dialogue téléphonique entre Hartley et Mayall. En effet, depuis celui-ci, en passant par Shinnin’ for You, Just to Cry (rappelant Miles Davis), et Too Much Thinking (où l’esprit d’Albert King n’est pas loin), l’âme du jazz est fermement inscrite en collaboration avec une structure blues et rock. Ceci est justifié par les expériences des artistes aux instruments à vent ici présents.

Outre ce solide composé riche de personnalités faisant le pont entre jazz et rock, on ne manque pas de véhémence blues. Born to Die est une pièce atmosphérique, épique de dix minutes, peut-être bien une des créations les plus réussies de l’histoire du blues rock, aux leads inoubliables de Spit James. Leavin’ Trunk, reprise du grand mais méconnu John Estes, possède un fougueux groove, entre blues et rock’n’roll. Leave It Til the Morning radoucit le ton par une touche country rock, constamment aéré par une patte jazzy. Enfin Think It Over titre du maître B.B. King, ravira les fans de Jimi Hendrix, avec un effet wah-wah séduisant. L’album s’achève sur Too Much to Take où l’on entend une nouvelle fois (les mots inaudibles ?!) de John Mayall.

La popularité inattendue de Halfbreed va permettre au Keef Hartley Band de fortifier son existence en performant au fameux Woodstock Festival le 16 août 1969, de 16h45 à 17h30 précisément, peu de temps après Santana, et avant Canned Heat ! Malheureusement, contrairement à d’autres groupes, leur apparition ne sera pas conservée, leur manageur refusant toute diffusion sans paiement conséquent de la part des organisateurs du festival. S’ajoutent quatre albums et des tournées avec Led Zeppelin ou Deep Purple, avant que l’aventure de l’équipe britannique ne prenne fin en 1972. Courant seventies, il poursuivra sa relation musicale avec John Mayall.

En 2007, Hartley écrira sa biographie, titrée Halfbreed (A Rock and Roll Journey That Happened Against All the Odds), puis décèdera en novembre 2011, à 67 ans. Halfbreed est selon nous un classique oublié mêlant les qualités du blues du jazz et du rock, avec une compétence, élégance, et diversité remarquables, à écouter de toute urgence. 

Too Much Thinking

TRACKLIST :

Sacked
Born to Die
Sinnin’ For You
Leavin’ Trunk
Just to Cry
Too Much Thinking
Think It Over / Too Much to Take

La note du rédacteur : 7,5/10

Ses morceaux préférés : Born to Die, Leavin’ Trunk, Too Much Thinking

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