Taste -Taste

Retour sur un classique oublié du rock irlandais.

Introduction

A la différence de leurs voisins anglo-saxons, les irlandais sont moins prolifiques en matière de rock ; ceci étant en quelque sorte dû à la position géographique et culturelle de leur île. Nous pouvons cependant, au terme du XXème siècle et depuis sa seconde partie, lister divers artistes qui ont marqué une décennie particulière ; qui ont définitivement marqué l’histoire du rock. Les sixties appartiennent à Them et Van Morrison (Irlande du Nord) ; les seventies, à Thin Lizzy ; les eighties, à U2 ; les nineties, aux Cranberries. Les deux derniers ont participé au succès du rock alternatif, et les deux premiers, au blues et au hard rock. 

Entre ces deux premières formations et ces deux genres genres, s’est inséré un charismatique virtuose que l’on évoque pas suffisamment encore aujourd’hui. La légende veut qu’il ait été reconnu par Jimi Hendrix comme le meilleur des guitaristes (malheureusement ceci n’est pas sourcé) ; il a construit une carrière solo truffée de classiques, et a grandement influencé des personnalités telles que Brian May, Eric Clapton, ou bien les irlandais The Edge (U2), et Gary Moore. Il s’agit de l’imposant Rory Gallagher, pouvant bien mériter à lui seul le titre de guitar hero d’Irlande !

Présentation du noyau du groupe

Notre légende a vu le jour le 2 mars 1948 à Bellyshannon, à l’extrême sud du pays. Dès douze ans, il manifeste de grands talents à la guitare. En 1963, il va acquérir la fameuse Stratocaster Sunburst qui va l’accompagner toute sa vie. Entretemps, il découvrira les artistes qui vont tracer son acheminement musical : Muddy Waters et Leadbelly en tête. Encore étudiant, il se fera connaître localement en jouant dans un « showband », forme de spectacle de danse et de musique populaire en Irlande, intégrant initialement le folklore propre à ce pays, et insérant des éléments jazz, country, et rock. Suivant des tournées européennes forgeant son expérience de la scène, Rory va finalement réaliser sa volonté de constituer son propre projet, en août 1966, étant déjà fort d’une grande reconnaissance par la presse et les auditeurs. 

D’abord intitulé The Taste, puis raccourci en Taste, ce groupe composé d’artistes domiciliés à Cork va s’étendre en Europe, avant d’être relocalisé à Londres pour signer un contrat avec Polydor Records. Se stabilisant autour de Richard McCracken à la basse et John Wilson à la batterie (Rory semblait aimer l’approche du « power trio »), Taste enregistre en août 1968 son premier album éponyme, lequel, bien qu’il ne verra le jour qu’à partir d’avril 1969, sera hautement anticipé, notamment par sa performance lors du cultissime concert d’adieu de Cream au Royal Albert Hall le 26 novembre 1968, aux côtés de Yes. Ce dernier, avant de connaître le succès international qu’on ne peut ignorer, aura son second album de juillet 1970 produit par Tony Colton, chanteur de Heads Hands & Feet, lequel fut justement aux commandes de la réalisation de Taste.

Taste (Rory Gallagher) - Blister On The Moon & Sugar Mama @ Bilzen Jazz Festival 22.08.1969

Quel « goût » possède Taste ?

Le titre Blister on the Moon ouvre le bal sur un ton foncièrement hard rock (voire même proto-punk, à la manière des Stooges), évoluant sur un registre calme et vitaminé proche de Cream, restant un classique mémorable du peloton irlandais. La reprise de Leadbelly, Leavin » Blues, poursuit l’aventure de façon originale, car démontrant un verve assez tournée vers les territoires du rock progressif. Le standard du blues Sugar Mama s’inscrit par une coloration quelque peu similaire, retenant tout de même une version passionnée et brute fidèle aux yeux de la note bleue.

Hail offre un moment de méditation teinté de folk, transitant sur le très mélodique, robuste Born on the Wrong Side of Time aux couplets et jams envoûtants. Dual Carriageway Pain est un excellent croisement entre blues et rock, encore une fois assez influencé par Cream. Les superbes leads de Same Old Story, poussés par les battements précis de John Wilson, font place à l’immanquable et puissante réactualisation du standard blues Catfish, dont on peut auparavant retrouver une adaptation en 1941 par Robert Petway, avant que celle-ci soit repabtisée Rollin’ Stone par Muddy Waters, ou Voodoo Chile et Voodoo Child (Slight Return) par Hendrix ! Enfin I’m Moving On écrit par Hank Snow, dénote les relents country possédés par Rory.

Dès décembre 1968, Taste revient en studio en compagnie de Tony Colton afin de fonder leur très bientôt acclamé On the Boards contenant le hit What’s Going On, et affichant des mesures progressives et jazzy davantage manifestes. Allant jusqu’à être invité à la fabuleuse édition de 1970 du festival Isle of Wight (où furent présents Joni Mitchell, Jimi Hendrix, Leonard Cohen, Jethro Tull, The Who, The Doors…), la bande à Rory gagne maturité, talent et publicité. 

Hélas, le voyage est interrompu par un ultime concert à Belfast le 31 décembre 1970, consécutif de tensions entre Rory, ses acolytes (qui désiraient plus de visibilité), et son manager. Taste va ainsi se séparer, mais notre guitar hero irlandais continuera une carrière solo riche et incroyable, culminant même avec une audition pour les Rolling Stones en janvier 1975, dans leur recherche du remplacement de Mick Taylor (bien que Rory, satisfait par son parcours personnel, refusera toute proposition !), suivis d’opus tels que Photo-Finish (1978), et Top Priority (1979), en pleine explosion punk rock.

Taste (Rory Gallagher) - Catfish (Live in Paris, 1970)
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