17 Juin Reviews : Albums manqués et Trésors cachés de 2026 – Partie 5
Comme tout auditeur assidu de musique, nous sommes constamment à la recherche de la perle rare. L’équipe de Sound Of Brit se fait régulièrement surprendre par des découvertes d’albums en décalé de l’actualité musicale. Nous avons donc décidé de résoudre ce problème en vous proposant de courtes chroniques sur des albums UK sortis en 2026 (et non couverts par notre rédaction à leur sortie). En espérant que nos albums manqués d’hier deviennent vos pépites de demain.
C’est parti pour 3 nouveaux albums : James Blake, Tom Misch et Tigercub.
James Blake – Trying Times – Sorti le 13 Mars (Audrey)
Depuis son premier album sorti en 2011, James Blake s’est fait connaître comme un maître de la musique atmosphérique et du perfectionnisme électronique. Avec Trying Times, il revient avec un album beaucoup plus personnel, plus accessible, mais peut-être un peu moins cohérent.
Pourtant, sur beaucoup de points techniques, l’album est proche de la perfection. On y retrouve d’abord un mixage et une production d’une qualité irréprochable qui font que l’on continue de découvrir de nouveaux détails à chaque écoute. La plupart des titres sont vraiment liés par une ambiance propre à l’album : un mélange entre la soul, le RnB et l’électro ; entre les samples anciens de Leonard Cohen et la présence d’un des grands rappeurs du moment en la présence de Dave. Il est difficile d’écouter cet album dans le désordre ou en playlist tant tout semble être pensé comme un ensemble. On notera d’ailleurs une ouverture et une clôture d’album parfaites avec Walk Out Music et Just A Little Higher qui montent tous les deux en puissance.
La vraie surprise de Trying Times, c’est le chant de James Blake qui est beaucoup plus présent que sur les précédents albums. Sur des titres comme Obsession, sa capacité à monter dans les aiguës nous impressionne. L’un des grands moments de ce disque est justement ce trio de morceaux minimalistes allant de I Had a Dream She Took My Hand jusqu’à Make Something Up. On y retrouve une émotion si pure et un sens de la mélodie si grand que l’on pourrait presque les imaginer en single de l’album. De la même manière, le titre Doesn’t Just Happen où l’on retrouve la présence de Dave fonctionne parfaitement lui aussi. C’est du rap, mais qui reste dans l’ambiance rétro de l’album.
Malheureusement, si pendant la première moitié du projet Trying Times se révèle être un bijou atmosphérique qui s’écoute merveilleusement bien, la deuxième moitié nous déçoit un peu. Certains titres comme Rest Of Your Life, Through The High Wire ou Didn’t Come To Argue partent clairement vers l’électro. Certes, on parle de James Blake qui est réputé dans le monde de la musique électronique et, oui, on retrouve du synthé ainsi que des samples sur 90% des morceaux de l’album. Mais jusqu’à présent les titres étaient tous liés par un même niveau d’énergie et des transitions marquées entre chaque morceau, or les trois titres cités sont beaucoup plus énergiques que les précédents sans que l’on comprenne pourquoi. On passe d’un album tout calme à des sonorités proches de la techno. Le problème, c’est que cela ne prend pas vraiment et, au lieu de nous faire danser, on se retrouve comme sortis de notre écoute avant de revenir au calme sur les derniers titres.
Malgré tout, Trying Times reste un excellent album à écouter en entier. À mes yeux, c’est peut-être même son meilleur projet depuis Overgrown en 2013.
La note du rédacteur : 6,5/10
Ses morceaux favoris : Make Something Up, Doesn’t Just Happen, Just A Little Higher
Tom Misch – Full Circle – Sorti le 27 mars (Augustin)
Officiellement, Full Circle n’est que le deuxième véritable album studio en solo de Tom Misch en huit ans. Une temporalité qui pourrait faire croire à de la paresse, mais ce serait mal connaître le bonhomme. L’artiste londonien est en réalité bien plus productif qu’il n’y paraît : après deux mixtapes en 2014 et 2015, il s’est frotté au jazz expérimental aux côtés de Yussef Dayes en 2020, avant d’enfiler le costume de son alter ego électronique, Supershy, pour un album dédié à la culture club en 2023.
Pourtant, cette hyperactivité en studio a fini par avoir un prix : une perte d’identité progressive à force de ne vivre que pour et par la musique. Pour y pallier, Tom Misch a fait un choix radical. Entre 2022 et 2025, il s’est retiré de la lumière pour retourner à l’anonymat le plus total, travaillant comme simple barista dans les rues de Londres. C’est de ce retour à la terre et aux choses simples que naît aujourd’hui Full Circle.
Le résultat de cette retraite est un album profondément calme, introspectif et contemplatif. Musicalement, le disque navigue à la croisée des chemins : on y retrouve la simplicité lo-fi et nonchalante d’un Mac DeMarco, sublimée par une production très précise et un toucher de guitare digne de John Mayer. Le morceau Red Moon incarne à la perfection cet équilibre délicat.
Si l’album est d’une grande pureté, sa structure globale peut interroger. La tracklist souffre en effet d’un léger défaut de construction : le morceau d’ouverture est loin d’être le plus percutant, et la chanson de clôture peine également à convaincre. Full Circle est un disque qui refuse l’efficacité immédiate et pour apprécier sa véritable valeur, il faut accepter de s’y plonger à plusieurs reprises. C’est là, au milieu de la tracklist, que l’on se fait cueillir par la légèreté cristalline des guitares et la beauté désarmante de certains titres. Un album touchant et habité, qui agit comme un retour aux sources salvateur pour un artiste qui a enfin bouclé sa boucle.
La note du rédacteur : 7,5/10
Ses morceaux favoris : Goldie, Sister With Me, Sultan of Silence
Tigercub – Nets to Catch the Wind– Sorti le 10 avril (Augustin)
En dix ans de carrière, Tigercub nous a habitués aux montagnes russes. Le trio de Brighton a alterné entre l’inattendu brillant (As Blue As Indigo en 2021) et des livraisons nettement plus oubliables, à l’image de leurs débuts avec Abstract Figures in the Dark (2016) ou du récent The Perfume of Decay (2023). Autant dire que l’on ne savait pas vraiment sur quel pied danser à l’annonce de ce quatrième opus, Nets to Catch the Wind. La surprise n’en est que plus belle : le résultat est tout simplement détonnant et décoiffant.
Dès les premières notes, l’auditeur est saisi à la gorge par une intensité rare. Si l’on n’est pas tout à fait dans le métal, le groupe assume ici un rock alternatif lourd, sombre et massif, porté par des guitares foudroyantes. Les riffs sont omniprésents et s’articulent autour de breaks particulièrement bien sentis. Difficile, d’ailleurs, de ne pas citer des rouleaux compresseurs comme Breaking Out, Fall in Fall out ou encore Magic Sleep. Avec une telle section rythmique et cette science de l’efficacité, Tigercub s’installe très clairement et avec brio dans le sillage de formations majeures comme Royal Blood.
La grande force de cet album réside également dans sa construction. Conscient de la lourdeur de son propos, le groupe a intelligemment disséminé de courts instants de respiration à des positions stratégiques de la tracklist. Dès le troisième titre, Stuck in the Melancholy, le tempo s’allège. Plus loin, l’introduction du cinquième morceau, Black Moon, voit son puissant riff de départ s’adoucir d’une jolie ritournelle de piano qui apporte une superbe variation. Même constat pour l’ouverture toute douce de Head Over Heels ou pour le morceau My Paper Heart, qui navigue avec agilité entre deux ambiances contrastées.
Côté chant, les avis seront sans doute partagés : certains trouveront cette voix magnétique et habitée, là où d’autres pourront la juger plus lassante sur la longueur. Quoi qu’il en soit, le groupe a le bon goût de savoir la ménager en laissant une place de choix aux envolées purement instrumentales. L’apothéose de cette démarche se trouve sur Nightmares. À une époque où les formats courts dictent leur loi, Tigercub ose un titre de 6 minutes. Débutant dans la douceur, le morceau entame une longue montée en intensité pour offrir près de trois minutes finales purement instrumentales. Si le voyage n’aboutit jamais sur l’explosion totale que l’on pouvait pressentir, la trajectoire n’en reste pas moins fascinante. Une véritable réussite pour un groupe qu’on n’attendait pas forcément à un tel niveau de maîtrise.
La note du rédacteur : 7/10
Ses morceaux favoris : Nightmares, Magic Sleep, I’m Breaking Out
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