30 Juin Jethro Tull – This Was
Rappel d’un incontournable sous-estimé du British blues.
Jethro Tull se forme en 1967 à Blackpool, dans le Lancastre, d’après l’homonyme Jethro Tull, un agronome anglais ayant vécu au XVIIIème siècle. Cet épithète, choisi parmi tant d’autres (Candy Coloured Rain, Navy Blue…), a été sélectionné par l’un de ces agents responsables des réservations des concerts, notamment au célèbre Marquee Club, où Alexis Korner, Pink Floyd, ou encore les Rolling Stones ont fait leurs débuts sur scène. Il est composé de camarades de classe d’Ian Anderson, dont John Evan à la batterie et John Hammond à la basse. L’équipe de notre futur flûtiste virtuose se stabilise finalement fin 1967 avec Mick Abrahams à la guitare, son ami Clive Bunker à la batterie, ainsi que Glenn Cornick à la basse. Les deux premiers collègues réapparaitront quelque temps plus tard, durant « l’âge d’or » de Jethro Tull. Mais ne disgressons pas.
Un premier single voit le jour en février 1968, par erreur crédité « Jethro Toe » ! Le National Jazz & Blues Festival (où ont joué Cream ou Fleetwood Mac), monté au courant des sixties, représente la plus grande exposition au public du groupe, laquelle lui permet de sécuriser un contrat auprès de la grande compagnie Island Records. Produit entre le 13 juin et le 23 août 1968 au Sound Techniques Studio (Nick Drake, Fairport Convention…), par Terry Ellis (qui accompagnera la bande à Anderson durant les années suivantes), This Was est délivré en octobre 1968, le même mois qu’Electric Ladyland de Hendrix, et Electric Mud de Muddy Waters. La pochette nous dévoile les membres, faussement vieillis, dans une esthétique très « campagnarde » , reflétant le titre du disque, ce dernier évoquant encore peut-être l’origine très reculée du blues.
Globalement, on peut assimiler le son de Jethro Tull à celui des Bluesbreakers de John Mayall, ainsi qu’au Fleetwood Mac de Peter Green, constituant ainsi la crème du british blues. My Sunday Feeling ouvre This Was par un blues rock solide, dru, et énergique. L’histoire nous apprend que, jusqu’à l’enregistrement de ce recueil, quelques mois d’apprentissage de la flûte ont été assimilés par Anderson. On peut en conséquence remarquer le talent incroyable de cet excentrique personnage, tel qu’il est aussi dépeint sur Beggar’s Farm. N’omettons pas sa prouesse à l’harmonica, comme sur le superbe Some Day the Sun Won’t Shine for You, qui rappelle Key to the Highway de Big Bill Bronzy dans un registre à la John Mayall. Move on Alone est une exquise ballade aux guitares très « jangly » , façon Byrds. Serenade to a Cuckoo est une reprise de Rashaan Roland Kirk, où sont exposées les influences jazz avec brio. Le jeu de flûte d’Anderson présent sur ce titre est absolument intemporel.
Dharma for One met en exergue l’efficacité de Clive Bunker, où se poursuit l’inspiration jazz-rock. It’s Breaking Me Up est un énième classique blues original dans le ton de My Sunday Feeling, suivi de Cat’s Squirrel jam hard rock, au jeu de lead guitare intense de Mick Abrahams. A Song for Jeffrey dédicacé à Jeffrey Hammond, ami d’Ian Anderson, revient sur une saveur plus traditionnelle, avec l’accompagnement à la steel guitar. Enfin, Round clôture le disque sur une légère patte jazzy.
Relativement bien reçu par la critique, l’album cimente l’initial jet artistique du quartette de Blackpool. Cependant, à ce stade, c’est davantage une réalisation née des ambitions du guitariste Mick Abrahams, aficionado du blues, que d’Ian Anderson. Juste après la complétion de cette galette, Abrahams suscite son propre projet blues rock, Blodwyn Pig, au succès modéré. Cela va permettre à Anderson de progressivement mettre au point sa vision du groupe, laquelle contiendra, au fil du temps, de plus en plus d’éléments issus de la musique folk et classique. Le génial Martin Barre, qui remplacera Abrahams, restera au sein de Jethro Tull jusqu’en 2012. Parmi d’autres prétendants, il y aurait eu Mick Taylor (qui aurait préféré continuer sa collaboration avec John Mayall), et même Tony Iommi, qui a provisoirement joué avec le groupe alors que Black Sabbath s’intitulait encore Earth !
La popularité du groupe va largement s’étendre en 1969, lorsqu’il ouvrira pour Hendrix ou Led Zeppelin. Stand Up, seconde offrande, verra la formation mûrir vers des territoires plus subtils, tout en maintenant sa tonalité blues. Anderson refusera la proposition de participer à Woodstock, car ne voulant pas être associé au mouvement hippie ! Les seventies seront marquées par la parution de Aqualung et de Thick as a Brick, deux chefs d’œuvre grandioses de l’histoire du rock. Bien que Jethro Tull ne soit toujours pas admis au Rock and Roll Hall of Fame (ce qui semble convenir à Anderson), il reste aujourd’hui l’une des références obligées du rock britannique.
À la manière de Fleetwood Mac, la bande à Anderson a démarré dans le blues avant d’accroître sa stature par un autre visage. This Was est selon nous l’un des meilleurs produits que le blues d’après-guerre a amené au public. Si cet album est resté dans l’ombre, ce n’est pas dû à une qualité discutable, mais au fait que le groupe, ayant déchaîné les classiques susdits, n’est plus vraiment associé au « pur » blues. Ainsi, on recommande aux auditeurs de redécouvrir cet excellent témoignage avec allégresse.
TRACKLIST :
My Sunday Feeling
Beggar’s Farm
Some Day the Sun Won’t Shine for You
Move On Alone
Serenade to a Cuckoo
Dharma for One
It’s Breaking Me Up
Cat’s Squirrel
A Song for Jeffrey
Round


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