12 Juil Pulp, Shame, Franz Ferdinand… Retour sur l’édition 2026 du festival Beauregard
La dix-huitième édition du festival normand avait lieu du 1er au 5 juillet 2026.
Si les artistes britanniques n’étaient présents que le jeudi et le samedi, l’équipe de Sound Of Brit était tout de même sur place du premier au dernier jour du festival. Le mercredi, pas d’artiste anglais, mais on a pu voir le concert de la pop star Aya Nakamura ou encore le show de Macklemore, qui a passé plus de la moitié de son concert à faire des discours inclusifs et nécessaires.
Pulp au top de sa forme
Dès notre arrivée sur le site le jeudi, nous faisons un constat immédiat : la star de ce jour, c’est Orelsan. Si le rappeur figure déjà parmi les plus populaires en France, il l’est encore plus en Normandie. Il suffit de voir les peintures à son effigie dans le centre ville de Caen pour le constater. C’est la région dans laquelle il a grandi, celle où il vit encore et celle qu’il mentionne dans beaucoup de ses chansons… Alors, forcément, quand son concert démarre, le site du festival est rapidement plein. Les fans sont présents et ne manquent pas de chanter chaque mot.
Mais en tant que passionnés de musique britannique, le concert que l’on attend le plus ce jeudi, c’est celui de Pulp. Le groupe de Sheffield se produit à 23h40 et donc, juste après Orelsan. Le concert du Normand se terminant à peine trois minutes avant celui du groupe anglais, le public met beaucoup de temps avant de quitter une scène pour rejoindre l’autre. On se dit que c’est vraiment dommage pour un groupe aussi talentueux… Mais c’est aussi ce qui nous a permis de pouvoir assister au concert de Pulp depuis les premiers et deuxièmes rangs. Et quel bonheur de voir un aussi bon concert d’aussi près !

Dès le début, Jarvis Cocker se montre en très grande forme. Il danse, saute et vit chaque mot de ses chansons comme si c’était le dernier. Du deuxième rang, on pouvait voir dans son regard qu’il était vraiment habité par ce qu’il chantait. Par moments, il était même difficile de savoir s’il s’adressait sincèrement au public entre deux chansons ou bien s’il était encore en train de vivre l’histoire de ses paroles tant l’intensité était présente tout le temps lors de la performance. Et lorsque l’on est suffisamment proche de lui pour ressentir les émotions qu’il dégage, il est difficile de ne pas les ressentir à notre tour.
C’est peut-être d’ailleurs ce qui fait la grande force de Pulp. C’est un groupe qui est à la fois dans l’extravagance avec des chansons faites pour chanter et danser (Disco 2000, Do You Remember the First Time…), des décors parfois millimétrés pour les chansons et des mouvements de danse complètement désarticulés et extravertis. Mais paradoxalement, c’est aussi un concert assez intime. Tout d’abord, le chanteur s’exprimera majoritairement en français pendant ces 40 minutes de show. Ensuite, si les chansons font parfois danser, elles comportent aussi beaucoup de silences, de bruits de bouche, d’expirations et d’autres sons que l’on entend rarement lors de concerts. De plus, Jarvis Cocker a beau être une immense célébrité en Angleterre, on voit sur scène un frontman qui n’a pas peur du ridicule. Il danse comme s’il était seul dans sa chambre, partage du raisin avec le public avant d’éclater de rire quand le public le hue après qu’il a manqué de le rattraper avec sa bouche. Il n’hésite pas à pointer du doigt ses fans, à jouer avec eux et leur envoyer des baisers avec sa main. Si Pulp a parfois la réputation d’être un groupe intellectuel, voire bobo, ce soir-là on est face à un chanteur qui ne se prend vraiment pas au sérieux et cela fait plaisir à voir.

Côté setlist, on retrouve une quantité incroyable de tubes. Common People, évidemment, mais aussi Disco 2000, Babies, Do You Remember the First Time, Spike Island… Mais aussi des chansons un peu plus étonnantes, comme Farmers Market ou la très récente Begging for Change. Si les versions sont identiques à celles jouées en studio, elles bénéficient toutes d’une scénographie particulière. C’est souvent assez simple, mais très élégant et finalement parfait pour les chansons. Pendant Sunrise, par exemple, un coucher de soleil est diffusé sur les écrans. Ce qui permet à Jarvis de se placer devant pour danser de façon à ce que l’on ne le voit plus qu’en ombre chinoise. Pour This Is Hardcore, le chanteur est simplement assis sur un trône sous des projecteurs de lumière rouge pointés sur lui. Sur les écrans, des silhouettes dénudées sont diffusées. Cette simplicité sert parfaitement la chanson dans laquelle Pulp compare l’aspect industriel du monde de la musique à celui du monde pornographique. De la même manière, pendant Common People, ce sont des canettes de soupes avec écrit « Pulp » qui sont diffusées sur les écrans. Les visuels du concert utilisent l’esthétique de Warhol pour ironiser sur le statut de « produit de grande consommation » de Pulp eux-mêmes, devenus des icônes pop.

Si l’on devait citer un seul défaut à ce concert, ce serait l’omniprésence de Jarvis. Ne vous méprenez pas, on adore Cocker. Il est charismatique, drôle, interagit beaucoup avec le public, il chante encore mieux qu’en album… Comment ne pas l’adorer ? Le problème, c’est que l’on a parfois l’impression de voir un concert solo de Jarvis Cocker et non le concert d’un vrai groupe. Pourtant, les musiciens sont tous très bons. Le jeu est maîtrisé, on sent des instrumentistes qui ont de l’expérience et qui mettent beaucoup de leur personne dans leur musique. Sans la nappe de synthétiseur de Candida Doyle et le tempo lourd de Nick Banks à la batterie, des titres comme This Is Hardcore ne pourraient pas exister. Sans la tension de la guitare de Mark Webber, le final de Sunrise ne se ferait pas. C’est justement pour cette raison que l’on regrette qu’ils n’aient pas été montrés sur les écrans ou même tout simplement présentés à la fin du concert. Il faut dire que, ce soir-là, le set était beaucoup plus court que dans d’autres festivals (12 titres contre 15 aux Eurockéennes, deux jours plus tard).
Ayant été située au deuxième rang devant les enceintes, il est difficile de dire si le reste du public bougeait ou non. Ce que je peux dire, en revanche, c’est qu’à mes côtés on retrouvait plusieurs personnes venues d’Angleterre juste pour ce concert. Sur les réseaux sociaux du festival, les commentaires sont dithyrambiques. Beaucoup disent avoir découvert le groupe ce soir-là, alors qu’ils étaient venus pour voir Orelsan. Comme quoi, jouer après la tête d’affiche de la soirée, cela peut quand même avoir du bon.
Shame en demi-teinte
Le vendredi, les artistes britanniques sont absents. Il faudra attendre samedi pour enfin voir les concerts de Shame et de Franz Ferdinand.
Ce jour-là, Shame figure parmi les premiers groupes à jouer sur la scène Beauregard. Mais avant même le début du concert, quelque chose cloche. Tout d’abord, la musique d’attente avant le set est la même diffusée en boucle pendant 15 minutes. Par chance, il s’agissait d’une musique que l’on adore puisque c’était D is for Dangerous des Arctic Monkeys. Mais l’entendre plusieurs fois de suite génère une forme de lassitude avant même l’entrée en scène du groupe.

Et puis, bien que l’on soit en Normandie et qu’il y fasse plus frais que dans d’autres endroits, ce jour-là était très chaud. C’était la journée la plus chaude de la semaine et elle arrivait après deux semaines entières de canicule et avant une nouvelle semaine de canicule. Alors quand Shame débarque sur scène aux environs de 17h et que le tout est situé en plein soleil, le public réagit peu. Pourtant, le groupe se donne beaucoup. Les morceaux sont énergiques. La setlist comporte cinq chansons de Cutthroat, le dernier album en date, et dix des précédents.
Sur scène, les artistes bougent beaucoup. Charlie Steen multiplie les allées et venues sur l’avancée. Il n’hésite pas à interpeller le public et à blaguer avec eux. Pourtant, il semble avoir très chaud lui aussi. Dès le début, il est torse nu et transpire beaucoup. À plusieurs reprises, il mentionnera la chaleur étouffante et son rêve de boire une bière après le concert.

En bref, tout le monde semble accablé par la chaleur… sauf le bassiste Josh Finerty qui, comme à son habitude, multiplie les cascades sur scène. Il court, saute, secoue la tête dans tous les sens et enchaîne parfois les saltos et autres figures acrobatiques. C’est si surprenant que si le public ne semble pas convaincu par les chansons, il ne manque pas d’applaudir la gymnastique du musicien.
Concrètement, ce concert ne figure pas parmi les meilleurs du groupe. Le public réagit peu et Shame peine à se démarquer des autres groupes de post-punk britannique déjà passés par le festival. On se dit que c’est dommage, car la qualité est toujours présente en studio avec eux. Mais tant pis, on retournera les voir à une heure plus tardive ou dans une salle de concert climatisée.

Franz Ferdinand toujours au top
Si Shame était programmé très tôt sur le festival ce jour-là, pour Franz Ferdinand, c’est tout l’inverse. Le concert démarre à 00h40, soit après de nombreux concerts dont, un de musique électronique.
Bien que cet ordre de passage étonne, il n’empêche pas le public d’être grandement présent devant la scène John pour le groupe écossais. Aux premiers rangs, on retrouve même certaines personnes venues spécialement pour eux. Et le charisme d’Alex Kapranos est tel que chaque fois qu’il fera une demande, c’est la majorité du public qui l’exécutera. Chaque fois qu’il fallait frapper dans les mains ou répéter des phrases, la foule répondait présent. Mieux encore, quand sur This Fire le chanteur demande aux gens de s’accroupir pour mieux sauter après, on observe plusieurs centaines de personnes qui jouent vraiment le jeu. Cela fait vraiment plaisir à voir.

Les musiciens ne sont pas en reste non plus car, ce qu’il y a de très chouette avec Franz Ferdinand, c’est que l’on sent une vraie cohésion. C’est un véritable groupe et non Alex Kapranos et ses musiciens. Chacun d’entre eux aura son petit moment solo de gloire pendant le concert. Et ils seront évidemment tous présentés un par un à la fin. L’un des meilleurs moments de ce concert en festival fut sans doute celui pendant Outsiders où tout le groupe s’est réuni autour d’Audrey Tait à la batterie pour jouer une partie instrumentale. On notera aussi de nombreuses chansons qui ont été retravaillées juste pour le live.
Côté setlist, tous les albums sont joués sauf Always Ascending, sorti en 2018. Mais les tubes sont tous présents : de Take Me Out à Ulysses en passant par Walk Away, Love Illumination ou encore les petits derniers Hooked et Audacious.

Loin d’être un mauvais concert, ce dernier se révèle tout de même assez frustrant. D’abord parce qu’il est très court. Festival oblige, le concert ne dure que 40 minutes et les morceaux sont donc interprétés à la chaîne avec peu de pauses et de paroles d’Alex Kapranos entre deux. L’improvisation n’a pas sa place et l’on sent un groupe qui livre un set maîtrisé, presque parfait même si l’on parle de technique, mais qui manque un petit peu d’âme pour devenir vraiment marquant. Enfin, si le public obéit à toutes les demandes du frontman, quand il n’y a pas de demande l’ambiance s’éteint. Pourtant, en sortant du concert, je n’ai entendu que des commentaires positifs. Certains avaient même des tee-shirts à l’effigie du premier album du groupe. Mais c’est peut-être là le problème. Les gens connaissent bien les chansons de 2004, mais moins celles de 2005, 2009, 2013 ou encore 2025.
Que penser de cette édition 2026 du festival Beauregard ?
Tout d’abord, après avoir vu de nombreux festivals annulés à cause des conditions météorologiques, on est soulagés et ravis de voir que le festival a tout de même eu lieu et, ce, lors d’une des semaines les moins chaudes de ce début d’été. Comme chaque année, l’ambiance était très bonne et l’organisation aussi. On le répète tous les ans dans nos articles, mais si l’on parle de confort du site du festival ou de l’espace presse, de gestion des transports, et même de tarifs, alors Beauregard figure parmi les meilleurs festivals français.
Côté programmation, on a été également heureux cette année de la sélection des artistes anglais. Si Franz Ferdinand était déjà passé par le festival en 2009, c’était une grande première pour Shame et Pulp. Les concerts internationaux étaient également très bons et variés même si on a parfois déploré des horaires un peu tardifs pour certains.
Malgré tout, on regrette encore un manque flagrant de parité dans la programmation du festival avec seulement 7 femmes sur 42 artistes. Si l’on fait un peu de mathématiques, cela veut donc dire qu’il y avait six fois plus d’artistes masculins que féminins. C’est une différence énorme qui devrait être corrigée pour les prochaines années.
Toutes les photos de cette édition 2026 du festival sont à retrouver ici.
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