27 Sep Pulp : What Do You Do For an Encore?
Depuis le 25 septembre, vous pouvez visionner sur la plateforme Mubi France un concert-documentaire qui célèbre le retour en force du groupe Pulp.
La première chose qui intrigue dans ce projet réalisé par Garth Jennings, c’est son concept. Pulp: What Do You Do for an Encore? propose autant d’images de concert filmé à l’O2 Arena à Londres en 2025 que d’images d’archives accompagnées d’une voix off signée Jarvis Cocker.
On y voit le jeune Jarvis Cocker, à 15 ans, écrire dans son petit carnet qu’un jour il dominera le monde musical. C’est ce qu’il appelle son “Masterplan”. Et pour ce faire, il a imaginé de nombreuses choses, puisqu’il avait même réfléchi au look de chaque futur membre alors même que le groupe n’existait pas encore. Mais avant de connaître le succès, ils connaîtront 15 années d’échecs critiques et commerciaux, ainsi que des dizaines de changements de line-up. En effet, le chanteur est formel, “aucun membre du groupe n’a été recruté pour ses capacités musicales”. Nick Banks (batteur depuis 1995), par exemple, a été recruté à la suite d’une audition au cours de laquelle il n’a pas joué une seule note, puisqu’il a passé son temps à tenter de retrouver le propriétaire d’un chien qui l’avait suivi jusqu’au studio. Des anecdotes comme ça il y en a beaucoup. On pourrait parler également de Candida Doyle, la touche féminine du groupe qui, selon Jarvis, les a “empêchés de sombrer dans la lad culture” de l’époque.
Un film très feel good
Ce qui ressort surtout de ce film, c’est une bande d’amis qui s’amuse. Certes, ils font de la musique, mais on les voit surtout rire, faire des blagues et multiplier les danses bizarres. Chaque membre du groupe a l’air encore plus sympathique et drôle que le précédent, même pendant les images de live, on les voit sourire du début à la fin. Le film se termine d’ailleurs par la fin du concert à l’O2 Arena en juin 2025 : le groupe joue les dernières notes de A Sunset pendant que Jarvis Cocker envoie des baisers de la main à son public. Le rideau se ferme et, dans les coulisses, on voit le chanteur littéralement sauter de joie à plusieurs reprises, visiblement heureux d’avoir fait un bon concert. C’est un film très feel good et c’est autant sa grande force que son problème. On termine le visionnage de ce documentaire avec le sourire aux lèvres et une envie folle de devenir amis avec chaque membre du groupe.
Mais si cet aspect ultra positif existe vraiment (on le voit dans de nombreuses images), il n’est qu’une partie de la réalité. Car oui, la durée de Pulp: What Do You Do For an Encore? est de 90 minutes qui contiennent elles-mêmes douze titres filmés pendant un concert. Alors, forcément, il ne reste que peu de temps pour raconter l’histoire du groupe et les ellipses sont vraiment nombreuses. Certains épisodes importants de l’histoire de Pulp sont ainsi quasiment absents du film : les difficultés liées au succès dans les années 1990, les tensions au sein du groupe, les problèmes de santé mentale évoqués dans This Is Hardcore, les rapports compliqués avec les maisons de disques ou encore les années de vie dans des squats miteux… On sent que Garth Jennings a voulu garder le positif de l’histoire du groupe et uniquement le positif. Pire encore : si Jarvis Cocker insiste à plusieurs reprises en voix off sur l’importance de chaque membre de Pulp, la mise en scène reste très largement centrée sur lui. Certains musiciens récents du groupe comme Andrew McKinney, Emma Smith, Jason Buckle ou Richard Jones ne seront même pas mentionnés.
Un style volontairement décousu
La narration semble par ailleurs reprendre en partie celle du livre Good Pop Bad Pop de Jarvis Cocker paru en 2022. Dans cette autobiographie, Jarvis fait du tri dans son appartement et raconte les souvenirs associés aux différents objets qu’il retrouve. Cela permet un style volontairement décousu et original.
Le film est construit sur une logique assez similaire. Avec ce recul, on comprend mieux pourquoi il passe aussi facilement de l’enfance de Jarvis à la tournée actuelle, puis aux débuts du groupe, avant de revenir à une anecdote personnelle. Le problème est que, contrairement au livre, le principe n’est pas vraiment expliqué au spectateur. Là où le concept de Good Pop Bad Pop est immédiatement identifiable, celui du documentaire peut sembler beaucoup plus confus. Les ellipses sont donc compréhensibles une fois qu’on en saisit la logique, mais elles ne sont pas toujours suffisamment accompagnées pour que cette intention soit évidente.
Malgré tout, Pulp: What Do You Do for an Encore? reste très agréable à regarder, et même addictif sur certains aspects. Les images de concert sont souvent excellentes, Jarvis Cocker est particulièrement drôle et l’ensemble possède une énergie communicative. On ressort du film avec l’impression d’avoir passé du temps avec une bande de personnes profondément attachantes et, surtout, avec l’envie de retourner voir Pulp sur scène.
À lire aussi :



No Comments