Pulp en concert au Festival Beauregard le 2 juillet 2026

Pulp à Manchester : avant-dernier concert de la tournée… ou de leur carrière ?

Retour sur un concert chargé en émotions.

Ce 28 août, en se baladant dans les rues du Northern Quarter de Manchester, on pouvait croiser de nombreuses personnes arborant des tee-shirts à l’effigie de Pulp. D’ailleurs, les rues du quartier étaient elles-mêmes décorées d’affiches annonçant le concert événement du groupe de Sheffield dans la région. Pour autant, le dernier passage du groupe à Manchester ne datait seulement que de juin 2025 à la Co-Op Arena. Mais ce soir-là, ce n’est pas un concert classique qui nous attend mais une date particulière dans l’histoire de Pulp.

Et pour fêter dignement cette date, un Pop-Up à l’honneur du groupe avait ouvert dans le pub The Rat & Pigeon. Dans ce dernier, on retrouvait autant de merchandising que de photos exclusives du groupe ainsi qu’une playlist concoctée exclusivement par Jarvis Cocker et de nombreuses événements permettant de gagner des tee-shirt et albums dédicacés par des membres. L’engouement autour de ce pub était tel qu’il fallait parfois faire plus d’1h30 de queue sous la pluie mancunienne pour pouvoir y accéder.

 
 
 
 
 
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Deux premières parties à l’image du groupe

Mais avant de retrouver Pulp sur la scène de Wythenshawe Park, ce sont deux premières parties de choix auxquelles nous avons droit : Seb Lowe et Self Esteem.

Seb Lowe est le premier à monter sur scène. Accompagné d’une guitare et de quelques musiciens, le chanteur interprète dix chansons dans un registre plutôt pop rock. Les paroles de ces dernières sont régulièrement pleines d’humour et d’engagement. On pense à des titres comme Maybe I should Kill My Brother ou Don’t Say No to Hitler. Son dernier titre en date, Paradise of Mine, évoque les différentes classes sociales dans l’Angleterre actuelle. Et si le style musical est très différent de celui de Pulp, le message global de Seb Lowe nous fait régulièrement penser à des titres emblématiques du groupe de Sheffield comme Mis-Shapes ou encore Common People.

Malheureusement pour le chanteur, l’ambiance ne décollera pas vraiment. Le concert ayant lieu plus de trois heures avant celui de la tête d’affiche, le public se trouve beaucoup plus devant les bars et différents stands de merchandising que devant la scène.

Seb Lowe Performs Jump Scare Live At TRNSMT | TRNSMT 2024 | BBC Scotland

Une heure trente après la fin de ce concert, c’est au tour de Self Esteem de monter sur scène. Si ce projet de Rebecca Lucy Taylor ne fait pas beaucoup parler de lui en France, il est pourtant très attendu sur la scène de Wythenshawe Park. Dans le public, on croise de nombreuses personnes portant des tee-shirts à son effigie, tandis que d’autres arborent des tenues de bonne sœur. Et pour cause : sur scène, nous retrouvons un groupe de pop qui entonne des morceaux entêtants, mis en valeur par des chorégraphies millimétrées réalisées par des femmes vêtues d’aubes et de cornettes.

Pourquoi ce look ? Difficile de ne pas y voir une volonté de provocation. Le résultat est aussi assez amusant à regarder : il est en effet pour le moins ironique de voir des bonnes sœurs exécuter des chorégraphies volontairement suggestives tout en interprétant des paroles abordant ouvertement la sexualité. Le titre 69, par exemple, liste de nombreuses positions sexuelles. D’autres chansons comme Focus is Power ou Prioritise Pleasure abordent l’importance de prioriser ses besoins et ses désirs. Là encore, on se dit que ce genre de thématique nous prépare à entendre quelques heures plus tard certains titres de Pulp comme This is Hardcore ou même Do You Remember the First Time?.

Pendant cette petite heure de concert, on passe autant de temps à chanter et à danser qu’à rire. Le public semble beaucoup s’amuser, et Rebecca Lucy Taylor paraît prendre un plaisir fou sur scène. Pendant la chanson If Not Now, It’s Soon, on a même droit à la venue de l’actrice Julie Hesmondhalgh sur scène.

Self Esteem - 69 (Official Video)

Et Pulp alors ?

Dès les premières notes du concert de Pulp, Wythenshawe Park se transforme en karaoké géant. Le public chante à tue-tête sur des tubes comme Disco 2000 ou Common People, mais aussi sur des chansons beaucoup moins connues comme O.U. Gone Gone ou des titres sans refrains comme Sorted for E’s & Wizz. Par moments, l’ambiance est si festive que l’on a du mal à entendre nettement le son qui sort des haut-parleurs. Il faut dire que ce soir-là, toutes les planètes semblent alignées pour un concert quasi parfait.

Si la pluie tombait à flot le matin du concert, le ciel est parfaitement dégagé le soir du concert et les températures restent agréables, même à 1 h du matin. Jarvis Cocker plaisante d’ailleurs à ce sujet en prétendant avoir planifié l’arrêt de la pluie avec l’aide d’une machine qui lui aurait coûté beaucoup d’argent. De la même manière, la lune étincelante apparaissant quelques minutes plus tard dans le ciel noir de Wythenshawe, semble presque faire partie du décor poétique de ce concert. Le chanteur en joue beaucoup et nous demande même de lui faire coucou en disant « Hello Moon » tout en précisant être pourtant conscient qu’elle ne peut pas l’entendre.

Pulp -  Disco 2000 | Radio 2 In Concert

Ensuite, ce soir-là à Manchester, les membres de Pulp sont en famille. Tous originaires du nord de l’Angleterre, ils sont plusieurs à se mêler au public avant le concert. À plusieurs reprises, on croise ainsi les musiciens Andrew McKinney, Jason Buckle et Adam Betts, qui n’hésitent pas à se balader et à prendre le temps de saluer les personnes qui les reconnaissent. Jarvis, de son côté, dédie une chanson à sa femme, présente dans le public, avant de nous demander de chanter « Joyeux anniversaire » au mari de sa sœur. Il nous avouera plus tard que, finalement, l’anniversaire en question n’avait pas lieu ce jour-là, mais le dimanche… Sacré Jarvis.

Côté musique, on retrouve une setlist de 16 titres à mi-chemin entre celles de leurs concerts en salle et celles de leurs concerts en festival. Autrement dit, pas de grosse nouveauté, mais une soirée mélangeant habilement classiques et titres plus obscurs. Ce qu’il y a de très agréable dans les concerts de Pulp, c’est que le groupe ne semble jamais être dans la démonstration : tous semblent sincèrement s’amuser. Pour autant, les partitions difficiles sont nombreuses. Que serait Pulp sans la ligne de basse de Razzmatazz, les synthés de Common People, la guitare de Sunrise ou la batterie de Do You Remember the First Time? De plus, si les chansons restent globalement similaires aux versions album, il y a toujours de petites variations. C’est notamment le cas de This Is Hardcore, dont l’introduction est prolongée de quelques minutes en live. Mieux encore : quand Jarvis improvise, le groupe le suit. Par exemple, lorsqu’il décide de voir s’il est capable de rattraper un raisin avec sa bouche, les musiciens improvisent une mélodie pour accompagner ce moment. Même chose lorsqu’il décide de prolonger la fin de Common People en poussant des cris : le batteur le suit.

Enfin, puisque l’on parle de musiciens talentueux, ce soir-là, nous avons également la chance de voir Richard Hawley rejoindre le groupe sur scène pour clore le concert en beauté avec A Sunset.

Pulp - A Sunset (Live)

Quel avenir pour le groupe ?

Mais ce 28 août, c’est surtout l’avant-dernier concert d’une tournée à guichets fermés entamée trois ans plus tôt, en 2023. Alors une question revient forcément ce soir-là : Pulp continuera-t-il d’exister après la fin de cette tournée, ou le groupe va-t-il à nouveau sombrer dans 25 années d’abstinence musicale ?

La réponse est pour le moment inexistante. Pourtant, le sujet revient à de nombreuses reprises pendant le concert. Dès le début, Jarvis Cocker déclare : «It’s our last big show. Well, not forever, I hope…». De quoi nous laisser malgré tout un peu d’espoir. Mais plus le concert avance, plus l’émotion est présente et plus les déclarations de Jarvis deviennent ambiguës. Avant Farmers Market, par exemple, le chanteur a pour habitude de tenter de rattraper du raisin avec sa bouche. Ce soir-là, il nous dira : « It’s my last attempt to catch the grape. » De la même manière, il proposera également de renommer Do You Remember the First Time? en Will You Remember the Last Time?.

Pour toutes ces raisons, l’émotion est palpable du début à la fin du concert. Après une interprétation particulièrement intense de Common People, on peut très nettement voir des larmes dans les yeux de Jarvis Cocker. Le chanteur nous explique alors que cela faisait longtemps que Pulp n’avait pas joué devant autant de monde et que cela compte beaucoup pour eux. Et c’est avec des yeux embués que nous quittons le site du festival en se disant que si l’aventure Pulp devait s’arrêter cet été alors elle terminerait sur une très belle note.

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