Interview : The Moonlandingz

C’est autour d’une table agrémentée d’assiettes et d’un boeuf bourguignon fumant que nous avons causé un petit moment avec un électron libre de la scène psychédélique montante. Adrian Flanagan et Lias Saoudi, deux têtes chercheuses des Moonlandingz, sont certainement deux personnalités aussi déroutantes que passionnantes. 

Ça va ? 

Adrien Flanagan (choeur, synthés) : Plutôt bien. Est-ce que tu enregistres ça ? *rires* (déjà)

Lias Saoudi (chanteur) : Toi, ça a l’air d’aller en tout cas. Nous on est cool, pour l’instant. 

 

Vous êtes pour la première fois en tête d’affiche d’un concert parisien, quasiment sold-out, ça vous fait quelque chose ? 

Lias Saoudi Personnellement, c’est flatteur. Professionnellement, j’essaie de garder la tête haute, les pieds sur Terre, tu vois. Histoire de ne pas devenir comme ces autres musiciens fous amoureux… d’eux-mêmes. 

Adrien Flanagan : Ouais, ce soir c’est un gros concert, j’ai très hâte de faire sonner quelque chose. 

 

Le public français a t-il toujours été clément avec vous ? 

Lias Saoudi Ce n’est certainement pas le meilleur public que l’on ait pu rencontrer, bien au contraire. Il est même assez merdique. C’est un sentiment général. Aujourd’hui, les gens ne profitent plus des concerts, ils viennent défoncés et le lendemain ils ne se souviendront plus de rien. Non, plus sérieusement, c’est toujours un plaisir de jouer devant vous. 

Adrian Flanagan : Surtout si on peut manger d’aussi bons boeufs bourguignon. 

Lias Saoudi : Histoire de s’échauffer l’estomac. 

 

“La musique est politique”

 

Votre premier album, Interplanetary Class Classics, est devenu presque… un classique pour les ardus de la scène indé et psyché. Vous comprenez ? 

Lias Saoudi : On fait ce qu’on aime, on joue avec nos tripes, on se met cher. Du coup, si notre musique rencontre ne serait-ce qu’un instant de succès, on peut dormir sur nos deux oreilles et nos billets. Pour les billets, c’est une blague. 

 

Racontez-nous un peu le processus d’enregistrement de ce disque. 

Adrian Flanagan : On se lève, pas très tôt, puis on mange, on discute, on tergiverse. Vient le moment où il faut aller au studio. Tranquillement, on s’y dirige, on y écoute des disques, on s’impose quelques jams, des parcelles de chansons. On accorde une majeur partie du temps à écrire les instrumentations ainsi que les paroles. De là, on façonne le morceau, en fonction de notre humeur. Si on a la gueule de bois, vous pouvez être sûrs que celui-ci ne ressemblera pas à grand chose.

Lias Saoudi : On ne possède pas de remède miracle, mec. Pour composer, on va en studio, tout bêtement. Et on se bouge le cul ! 

 

Si je vous dis que le morceau The Strangle of Anna par exemple, me fait beaucoup penser à du Velvet Underground, vous êtes d’accords ? 

Adrian Flanagan : À force de l’entendre, on commencerait presque à y penser aussi… *rires*

Lias Saoudi : Sans déconner, c’est quand même un sacré compliment. En fait, on écoute beaucoup les sons du Velvet. Notamment ceux composés avant l’ère Loaded. C’est d’ailleurs pour ça que The Strange of Anna est probablement mon morceau favoris de l’album. 

 

Comment se sont passées les collaborations avec Sean Lennon et Yoko Ono ? 

Lias Saoudi : Tu sais, je ne veux pas trop m’étaler là-dessus. En vérité, ce sont deux amis, avec qui j’aime passer du temps et composer. Ils sont sympas, on fait de la musique, voilà tout.

 

Vous avez conscience que la musique, votre musique, peut faire du bien à une poignée de personnes qui n’en peuvent plus d’une certaine routine… comme la politique ? 

Lias Saoudi : Je sais que votre pays est particulièrement sous tension en ce moment. Un banquier contre une nationaliste, quelle plaie. Personnellement, je me suis détaché de tout ça. J’ai fuis en Irlande avant le Brexit. 

Adrian Flanagan : Je peux comprendre que la musique puisse être un moyen de s’évader ou de se purger. Quand bien même, la musique est politique. Tout est politique de nos jours. Ce putain de boeuf bourguignon est politique. D’ailleurs, la politique, qu’est-ce que c’est ?

Lias Saoudi : Tout ce qu’on fait, ce qu’on produit, ce qu’on extrait, ce qu’on dit, ce qu’on chante, ce qu’on gueule : c’est politique.

 

On vous verra cet été, notamment à Saint-Malo sur la Route du Rock.

Lias Saoudi : Ouais, on a hâte. La Route du Rock a toujours été chouette festival, les gens y sont très pros en plus d’être sympathiques. 

Adrian Flanagan Dans le milieux indé, c’est le meilleur festival français à mon sens. 

 

Des gros poissons commes Rock en Seine, ça ne vous tente pas ?

Lias Saoudi : On a pas encore été approchés par ce genre de festivals. Pour être honnête, tant mieux. Le fond de ma pensée : là-bas, on y rencontre un public aux goûts trop diversifiés. Ce n’est pas toujours agréable de jouer devant des festivaliers qui n’en ont rien à foutre de ta musique mais qui veulent juste écouter la tête d’affiche. Pour les middle names comme nous, c’est parfois difficile d’en tirer un quelconque profit. 

Adrian Flanagan : On n’est jamais loin d’une éventualité. Toujours est-il que nous nous déplaçons jamais en fonction du cachet.

 

Souvent, les groupes composent leur nouvel album pendant la tournée du précédent…

Lias Saoudi : Eh bien j’imagine que nous sommes en quelque sorte démodés…

Adrian Flanagan : Nous ne sommes pas du tout dans une optique de créativité. Là, on se concentre un maximum sur Interplanetary Class Classics et la tournée que l’album engendre. On est heureux comme ça ! Si on sort du nouveau son un jour, ça sera par surprise. 

 


The Moonlandingz s’est produit sur la scène du Point Ephémère jeudi 27 avril 2017. Lire notre report ici !

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