Roger Waters – Is This The Life We Really Want?

Le retour de Roger Waters se fait par la grande porte. Charge politique et album concept rare, cet effort inattendu surprend. Écoute et critique.

Is This The Life We Really Want? L’heure est au questionnement, à la réflexion, à la prise de conscience de soi, des autres. Désirons-nous vraiment le monde dans lequel nous vivons? Avant même de démarrer l’écoute de ce nouvel effort, 25 ans après Amused to Death, Roger Waters nous accueille avec une réflexion profonde et explorée tout au long de l’heure d’écoute que propose ce nouvel album.

Vétéran de la guerre musicale, grand-père rockeur idéalisé, Roger Waters connaît ses gammes par cœur. Et nécessairement, Is This The Life We Really Want? contiendra son lot de ballades folk vues et revues, mais indéniablement élevées par la voix de son mythique interprète. The Most Beautiful Girl, Wait For Her; si ces morceaux ne marquent pas nécessairement après écoute, ils remplissent leur rôle à merveille et servent la structure d’un album qui a infiniment plus à proposer.

Car bien plus qu’un simple album folk-rock, Is This The Life We Really Want? se veut être une charge politique directe, un album ancré dans son temps et surtout faisant usage de toutes les technologies proposées par le temps en question. Comment, demanderez-vous? En mettant le meilleur producteur actuel en tête du projet; ici, Nigel Godrich, incontournable et essentiel collaborateur de Radiohead. De là, l’album propose de s’élever en proposant une œuvre, riche, cohérente avec d’époustouflantes idées de production.

Ce ton est donné dès l’ouverture: l’ultra-expérimental When We Were Young débouche sur un Déjà Vu superbe, frappant par les cris du cœur de son interprète et ces sections violons que personne n’aurait pu deviner. Le tout évidemment remarquablement produit, laissant la voix intacte de Waters naviguer au milieu d’une piste musicale parfaitement équilibrée. Et quand l’album se fait plus calme, c’est pour mieux délivrer des refrains saisissants de beauté; à ce titre, Broken Bones risque de vous marquer pour longtemps.

Si la forme paraît victorieuse, bien que voulant parfois faire trop étalage de sa maîtrise (le longuet Picture That), le fond fonctionne également parfaitement. Véritables récits se répondant et se suivant dans une remarquable continuité, la charge politique est la plus forte au cœur de l’œuvre: le titre éponyme, situé en plein milieu de la galette, fait feu de tous bois, évoquant tant les évènements de Tian’anmen que l’élection de Donald Trump. Et par un merveilleux retournement de situation et un évident génie de production, la ballade folk-rock engagée devient un rythme électronique imprévisible ouvrant l’expérimental Bird In A Gale.

Malgré tout, Roger Waters n’a pas oublié l’influence de Pink Floyd. Vers la fin de l’aventure, le bassiste décoche un Smell the Roses rappelant la culte formation et les plus beaux instants de The Dark Side of the Moon. Efficace titre aux résonances blues-rock, le titre vient finalement apporter un peu plus de nuances à un album qui se conclura dans une superbe mélancolie.

Finalement plutôt classique comparée au reste de l’album, la conclusion voit s’enchaîner sans interruption Wait For Her/Oceans Apart/Part Of Me Died. Guitare acoustique délicate, piano, voix toute en retenue: Is This The Life We Really Want? se conclut à l’opposé de son ouverture. Comme un miroir se refermant, l’album se clôt en silence, s’évade dans un soupçon, un murmure. En toute humilité.

Si quelques redondances peuvent pointer le bout de leur nez au fil des écoutes, force est de constater que ce nouvel effort solo de Roger Waters est d’une consistance rare, et surtout d’une importance capitale. Œuvre riche et cohérente, nous ne pouvions demander mieux de cette légende du rock, qui, plutôt que de verser dans le too-much et la redite facile, met en avant propos engagés, mélodies expérimentales et songwriting impeccable. Que peut-on demander de plus?

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Roger Waters – Is This The Life We Really Want?

Tracklist

When We Were Young

Déjà Vu

The Last Refugee

Picture That

Broken Bones

Is This The Life We Really Want?

Bird In A Gale

The Most Beautiful Girl

Smell the Roses

Wait For Her

Oceans Apart

Part Of Me Died

 

Nos morceaux préférés: Déjà Vu, Broken Bones, Is This The Life We Really Want?, Smell the Roses, Part Of Me Died

 

La note: 8/10

8 Comments
  • Gérard Mariscalchi
    Posted at 16:10h, 02 juin Répondre

    Quelle déception ! Je pensais trouver en cet album une richesse musicale capable de valoriser des textes au demeurant magnifiques.
    Hélas, ce n’est pas le cas. Les mélodies, façon guimauve, ne traduisent pas le ressentiment, la désolation, le pessimisme, et, surtout, l’agressivité des textes. Et puis, il y a cette indicible sensation que Waters fait du surplace ou bien qu’il tourne en rond dans la cage de ses obsessions, ce sera comme vous voulez…
    Après tout, il s’agit d’un “album audio” n’est-ce pas ? Bon, alors j’aimerais qu’éventuellement on me contredise et qu’on m’explique où se trouve le plaisir du mélomane…
    Franchement, Waters aurait pu attendre vingt-cinq ans de plus avant de publier cette oeuvre aussi nulle que “Ça ira”. Il nous aurait épargné le gaspillage de cinquante cinq minutes de notre vie même si elle n’est pas vraiment celle que nous voulons !
    J’ai 76 ans et je suis un fan fini de Waters depuis plus de cinquante ans. Je lui voue une véritable vénération. Je possède tout ce qu’il a produit et même certaines raretés sans oublier près de deux cents bootlegs de Pink Floyd obtenus à grands risques!
    Aujourd’hui, je suis malheureux.
    Peut-être suis-je déconnecté ?

    • John Doe
      Posted at 03:30h, 03 juin Répondre

      Integriste Animalsien d’origine , je suis Totalement d’accord… juste de la soupe…

    • Vincent Bigdaim
      Posted at 15:30h, 03 juin Répondre

      Non, pas déconnecté. Malheureusement lucide, et donc, en fana de Waters, comme moi, un peu triste et désappointé…
      Je n’ai “que” 53 ans, fana du Floyd et de ses membres en solo depuis 40 ans.
      Après 2 écoutes de cet album, je dirais que Waters fait du Waters, mais que ce faisant, il n’arrive pas à nous faire oublier/nous cacher qu’il fut un membre influent du Floyd, MAIS que le Floyd, c’était 4 personnes (si on fait abstraction des quelques mois où ils furent 5, avant que Syd ne parte de l’autre côté) ! Et que dans cet album, il manque cruellement du Gilmour, n’en déplaise à Roger ! Il y a de bonnes choses, d’autres pourraient, en faisant cet album, se dire qu’ils sont au sommet. Roger reste coincé dans la côte… Je ne lui demande pas de faire venir jouer Gilmour sur son disque, faut pas déconner, mais s’il avait demandé à Killmister, le guitariste qui l’accompagnait sur la tournée The Wall, de lâcher la purée de temps à autres, on aurait eu de très bons moments. Ici, j’ai de des regrets, agréables certes, mais des regrets !

  • indieke
    Posted at 22:59h, 03 juin Répondre

    pffff, je suis plutôt Gilmour que Waters. La guitare, le musicalité et pas l’hysterie! Gilmour c’est le son planant du Floyd, Waters l’hysterie depuis “Animals”
    Mais voilà, ce disque est animals maîtrisé, moins hystérique, il manque que la guitare de Gilmour, si Waters aurait pu baiser son écho, ils auraient pu retravailler ensemble, Mais Waters est dieu, donc impossible. Dommage, le jour que Waters comprendra que Gilmour le rend plus complet n’est pas pour demain.

    Reste, le meilleur album de Waters, et même post Floyd. Je vais mixer les deux derniers album avec celui -ci pour retrouve l’esprit Floyd….

  • ERIC VANVAN
    Posted at 15:58h, 09 juin Répondre

    bandes d’amateurs le plus belle album après dark side et the wall !!!!! ….

    LE FLOYD MAGIQUE

    • Jean
      Posted at 21:55h, 04 juillet Répondre

      Tout à fait d accord , superbe album , un grand moment …

  • ToF.
    Posted at 14:01h, 30 juin Répondre

    Écoutez le Écoutez le et vous changerez d’avis Wait For Her est tout simplement exceptoinnelle

  • Philip 24
    Posted at 21:54h, 30 juin Répondre

    Hyper fan du Floyd depuis des décennies cet album sonne particulièrement à mes oreilles, avec ce sentiment étrange d’un déja vu, déjà écouté, déjà entendu mais. si plaisant malgré tout.
    On y respire de forts relents d’anciens opus, des copies parfaites de vieux morceaux maintes fois écoutés. Malgré ces récurrences évidentes, ça fonctionne, Voire même ça fonctionne plutôt bien
    .Oh, oui, on aurait pu exiger de R. Waters quelque chose de plus original, de plus novateur mais même si cet album ressemble à s’y méprendre à ce que l’on entendait déjà sur Animals, sur The Wall et sur d’autres œuvres Floydiennes,, il y a quelque chose de particulier dans ces morceaux aux accord maintes fois entendus qui sonnent comme une sorte d’achèvement artistique,
    Doit on y voir un point final au travail de Waters et à l’histoire du Floyd ? Est-ce cet achèvement qui rend cet album particulièrement envoutant voire attachant.
    Comparé au travail de Gilmour sur “Endless River”, l’album de Waters vient clôturer une histoire mouvementée avec autant, voire plus, de pertinence….

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