Liam Gallagher @ Le Zenith

Biblique : la messe Gallagher au zénith de Paris

C’est un zénith plein à craquer qui accueillait le messie Liam Gallagher et sa troupe vendredi soir à Paris, venu clôturer sa tournée européenne dans la capitale française. Récit de messe. 

La scène, c’est son terrain de jeu préféré. Avec Twitter, bien entendu. Semblant davantage venu défendre la légitimité de son statut de rockstar que son deuxième album (le très bon Why Me? Why Not dont seules cinq extraits auront été joués), le Mancunien n’avait pourtant pas grand monde à convaincre ce soir-là. Alors que la première partie entre un poil timidement sur scène, fusent déjà de toute part les « Liam, Liam!!! » impatients. 

Le rock brut de Twisted Wheel en guise d’amuse-bouche

C’est le quatuor punk-rock Twisted Wheel qui assure ce vendredi la difficile tâche de faire patienter un public venu écouter la bonne parole de sa rock’n’roll star. Pris sous l’aile de Liam Gallagher, le groupe emmené par Johnny Brown n’a pas connu une histoire facile. Pour mieux apprécier leur rock brut ce soir, il faut se donner un peu de contexte. Le groupe est au plus haut de son art en 2009, alors qu’il assure la première partie du mastodonte Oasis. Mais le soufflé retombe après un deuxième album moins convainquant et conduit à la séparation de la bande en 2014. La récente reformation du quatuor relève quasiment du miracle, alors que Brown a connu le revers de la gloire et s’est retrouvé à la rue pendant de longs mois cette dernière décennie. Un retour en studio en 2019 a vu émerger le single DNA qui prouve ce soir que le groupe a su renaître de ses cendres. Si le début du set a été un peu timide (manquant peut-être un peu de fraîcheur?), on finit par voir les tee-shirts LG et les bobs Rkid rendre l’énergie dévorante offerte par Twisted Wheels sur son hymne You Stole The Sun.

Les basses et guitares particulièrement électriques de Twisted Wheel

Une courte pause nous laisse le temps de remplir les pintes de bière et sympathiser avec les Anglais autour de nous. Combien sont-ils ce soir? Difficile à dire, mais à en juger par la ferveur des entre-chocs des verres et l’énergie fraternelle qui se dégage de la fosse, on pourrait facilement parier sur un bon tiers. La plupart ont traversé la Manche spécialement pour le concert : certains messies multiplient les pains, d’autres déplacent les foules au delà des frontières. Alors que les lumières s’éteignent résonne le chant des supporters de Manchester City, équipe favorite de Liam. On ne peut pas s’empêcher de se demander ce qu’en pense la rockstar du foot Eric Cantona (champion de la Premier League avec les rivaux de Manchester United) que l’on sait dans les gradins du zénith ce soir. 

Parka blanche et voix fragilisée

21h01. Place à la messe. Un écran géant en fond de scène laisse défiler un montage léché et inédit d’extraits de clips vidéos présentant un Liam rédempteur marchant d’un pas calme dans une Angleterre en liesse. Quelques images quasi-subliminales réjouiront ceux qui sont là pour la légende Oasis, notamment la phrase “Everything well be ok in the end. If it ain’t ok, then it ain’t the end”. La bande sonore accompagnant ces divines images est elle aussi parfaitement choisie. Le galvanisant Fuck In The Bushes, un titre d’Oasis, fait monter en pression les adeptes entassés dans la fosse. Les bras grands ouverts en croix, Liam et sa parka blanche fendent alors la scène de part et d’autre pour saluer les adeptes, alors que 8 musiciens prennent place derrière leurs instruments.

Liam Gallagher @ Le Zenith
La parka est blanche : habemus papam.

Car Liam a beau avoir choisi de reprendre la route en solo, il n’est pas venu seul ce soir. Un pianiste, un batteur, trois choristes (qui assureront brillamment les backlines gospel-like qu’on avait tant appréciées sur l’album Why Me? Why Not), un bassiste (débauché à Pete Doherty, le talentueux Drew McConnell), et deux guitaristes assureront un jeu d’une grande qualité. Parmi eux, on ne manquera pas de glorifier la présence de Paul Arthurs, alias Bonehead, le légendaire homme à la guitare rythmique d’Oasis back in the days. Liam, lui, manie toujours le tambourin et les maracas comme il en avait l’habitude à l’époque d’Oasis, et c’est au son de ces dernières que démarre l’énergique Rock’n’Roll Star.

S’enchainent alors trois titres solo du Mancunien : Halo, Schockwave et Wall of Glass. Deux constats : 1) ouf, le public accueille avec autant de véhémence les titres d’Oasis que les titres de la carrière solo de Liam. 2) oups, on sent bien que Liam lutte contre une voix fragilisée et des réglages sons qui ne semblent pas lui convenir. Mimant de grands gestes à ses ingénieurs du son, il aura fallu attendre plusieurs minutes (sans que cela ne ralentisse le show) que l’ex-frontman d’Oasis semble satisfait de sa performance. On doit par ailleurs avouer qu’on a bien cru que le colérique et exigent Liam et sa voix sans conteste affaiblie allaient nous planter après trois chansons.

Liam Gallagher @ Le Zenith
Des apôtres de choix

Une performance généreuse

Mais c’est un Liam très généreux qui est venu prêcher ce soir. Malgré les difficultés vocales qu’on lui constate, on sent le frontman déterminé à livrer une performance à la hauteur de la liesse du public — en particulier sur les nombreux hits d’Oasis présents sur la setlist. Les nostalgiques seront servis : les cultissimes Morning Glory, Stand By Me et Live Forever n’ont pas pris une ride dans la bouche de Liam. Fidèle à son poste, le cadet de la fratrie Gallagher adopte toujours sa posture légendaire, bras dans le dos, légèrement penché, attaquant le micro “par en-dessous” pour livrer le détachement méticuleux de ses sunnn-sheee-iiine légendaires. Plus rares sur les setlists, le public se délecte de Columbia et Gas Panic.

Celui qui a pu souffrir dans les années 1990 et 2000 d’une réputation de “trublion un peu branleur” qui ne brillait qu’à travers le talent d’écriture de son frère s’offre une belle revanche avec ses hits solo. Le brillant For What It’s Worth et l’émouvant Once semblent avoir autant d’effet sur le public qu’un Supersonic offert en rappel. Les briquets et les flashs des téléphones s’allument, les refrains sont criés à tue-tête de part et d’autre de la salle, couvrant aisément les quelques accrocs de voix de Liam.

Liam Gallagher @ Le Zenith
Exactement.

Ave Oasis

La nostalgie Oasis, Liam sait très bien la manier. On en veut pour preuve la pique lancée à Noel lorsqu’il revient sur scène pour un premier rappel. Taclant le fait que son frère boude ses appels du pieds pour reformer le groupe légendaire des années 1990, il propose au public de chanter en sa place le refrain d’Acquiesce : “nul doute que vous le chanterez mieux que lui de toute façon”. Plus tôt, Liam a aussi laisser planer un faux doute en annonçant la venue d’un deuxième Gallagher sur scène pour le prix d’un, “parce que c’est bientôt Noël” (pun intended). C’est son fils Gene, 19 ans, qui est appelé en renfort à la batterie sur le titre The River. On reste surpris de la ressemblance avec son père en le voyant sur les écrans géants frapper ses cymbales. Il faut justement souligner la qualité de la production du concert, alors que les musiciens sont individuellement filmés tout du long par une discrète équipe de caméramans et retransmis en un grand patchwork proprement colorimétré sur écran géant.

Un long rappel déroulera les grands favoris : Acquiesce, Roll With It, Supersonic et un Champagne Supernova particulièrement émouvant dans sa version plus acoustique. Mais l’équipe à Liam ne s’arrêtera pas là : cerise sur le gâteau, le chanteur réapparait pour un deuxième rappel, laissant au public le choix entre Wonderwall et “the cigs and the alcohol” (sic). C’est un Wonderwall pourtant absent des setlists précédentes qui réussira à mettre des frissons à toute la salle — et certainement à Liam aussi, qui fait signe à ses musiciens d’enchaîner sur Cigarettes & Alcohol. Grand amoureux de la scène, Liam aura du mal à la quitter pour de bon ce soir (c’était la dernière date de sa tournée européenne). Serrant les cordons de sa capuche autour de son visage visiblement ému, le frontman s’offre quelques secondes à regarder la foule l’acclamant, avant de lui lancer cette dernière bénédiction : “thank you Paris, stay young, stay safe”. Puis de tendre la main vers Bonehead, sortant bras dessus-bras dessous, comme au bon vieux temps. En un mot, et pour reprendre ceux de Liam : biblical.

Les photos de la soirée sont à retrouver ici!

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