Interview – Circa Waves “Liverpool n’est jamais très loin dans toutes nos chansons”

Moins de 48 heures avant la sortie de leur double album Sad Happy, nous revenons sur l’entretien que l’on a eu avec Circa Waves il y a quelques semaines.

On avait rendez-vous dans un hôtel nord parisien. Le lendemain de leur session Deezer au Badaboum, les traits sont un peu tirés chez Joe (guitare) et Colin (batterie). L’excitation à moins d’un mois de la sortie de ce nouvel opus a toutefois vite pris le dessus ! On a donc évoqué avec eux ce nouvel album, mais aussi l’évolution des mœurs dans le milieu de la musique et leur relation avec les fans français.

La conception de Sad Happy

What’s It Like Over There ? (WILOT, pour les intimes)  est sorti il y a moins d’un an, comment avez-vous trouvé le temps d’écrire et d’enregistrer un double album en si peu de temps ?

Colin : Kieran est tout le temps en train d’écrire, nous avons un peu tout le temps des chansons en cours. Même quand nous étions en train d’enregistrer WILOT, il y avait toujours de nouvelles idées qui arrivaient…

Joe : Nous ne nous y attendions pas vraiment non plus, en fait (rires)… On a sorti le dernier album, on se disait qu’on voulait peut-être faire une pause. Au début, on voulait seulement faire un EP autour du single Sad Happy et on s’est vite rendu compte qu’on avait assez de chansons pour faire un album.

Vous avez 14 chansons tout de même avec les deux parties…

Colin : Ouais, voilà. On a trouvé un peu de temps dans notre planning pour enregistrer et finalement, faire un album !

Dans ce nouvel album, Sad Happy, il y a deux parties, deux thèmes antagonistes. Cette idée est venue après l’écriture de l’album ou c’était plutôt l’idée de départ ?

Joe : Vous voyez quand vous regardez une série TV et qu’il y a un “cliffhanger” à la moitié de l’épisode ? Et que vous vous demandez ce qui va se passer ensuite ? On voulait écrire un album qui fasse ressentir exactement ça. Donc Kieran a dit : ok, faisons ça, ne donnons pas tout d’un coup aux auditeurs.

C’est donc aussi une manière de garder l’attention des fans plus longtemps ?

Joe : Oui ! En réfléchissant sérieusement à propos de Sad Happy, on s’est dit : c’est une chanson, c’est un bon titre, cela définit deux parties, c’est une partition intéressante de nos chansons actuelles pressenties pour l’album … On a arrêté de voir cette idée comme une blague et on a bien aimé le concept.

Pourtant, l’album n’est pas si simple que le titre le laisse paraître. Dans la deuxième partie, « Sad », la musique est plutôt joyeuse et contraste avec des paroles plus sombres ?

Joe : Être triste et être heureux ne sont pas des problèmes simples, où tout est noir ou blanc. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre. On aime aussi beaucoup jouer avec les attentes des auditeurs, sur les paroles et la musique. C’est un paradoxe que l’on a pas mal utilisé ces dernières années. On ne voulait surtout ne pas être trop évidents dans la construction de l’album, ça n’aurait pas fonctionné sinon. Et ça ne serait pas excitant d’être aussi simpliste.

Dans cette deuxième partie, vous avez également des chansons plus douces. Comment allez-vous les intégrer aux concerts ? Avec des moments acoustiques ?

Colin : On n’a pas vraiment cette idée, en tête, non. Les chansons qu’on joue de cette partie ne sont pas si « douces » finalement, elles sont plutôt joyeuses.

Joe : Par exemple, prenons Sympathy : pour nous c’est important d’avoir des moments plus calmes sur l’album, pour prendre le temps de réfléchir. On aime créer ces moments intimistes en studio.
Lors de nos concerts, c’est différent. Ce sont des chansons difficiles à intégrer aux setlists… Il y a une différence entre jouer une chanson lente ou une chanson douce. En plein milieu d’un concert de rock dynamique, cela peut être compliqué de garder l’attention du public avec ce genre de pauses. On a fait ce choix il y a quelques années déjà. Sur Different Creatures, notre deuxième album, Love’s Run Out, est une chanson régulièrement réclamée par les fans. On a essayé plusieurs fois de l’intégrer, mais on n’a jamais réussi à trouver le moment parfait pour garder le rythme souhaité du set.

Colin : On a de plus en plus de chansons calmes, en fait, avec ces quatre albums. Cela serait bien de les inclure quand même. Peut-être qu’on finira par le faire.

En recherche perpétuelle d’évolutions

Le piano a fait son apparition dans vos chansons depuis WILOT (Times Won’t Change Me) et continue d’être utilisé sur Sad Happy (Move to San Francisco). Vous aimez apporter cette diversité dans votre composition musicale ?

Joe : Oui, on est de plus en plus libre. Une fois qu’on a ouvert cette possibilité, on se retrouve devant plein de nouvelles idées. On fait aussi attention à ne pas aller trop loin. On ne veut surtout pas faire un album qui ne reflète pas là où l’on vient. On ne veut aussi pas faire de la musique qui devient impossible à jouer pour 4 personnes sur scène.
Cela reste toutefois une expérience très intéressante. A chaque album, on trouve un instrument ou un nouveau son qui nous inspire et on le développe au maximum dans cet album. On aura sûrement un élément nouveau au prochain album !

Colin : Tout le groupe a contribué à la conception de l’album, en amenant ses propres idées sur l’utilisation des synthés. Joe au piano, Sam en train de jouer, Kieran autour, c’est cool comme processus !

Est-ce qu’il y a eu une inspiration particulière pour cet album et l’utilisation du piano ?

Joe : Pour notre dernier album (ndlr, WILOT), on a écouté plus de musique pop. On était surtout d’accord avec le fait de faire de la musique plus pop. L’écriture de Kieran a aussi plus exploré de ce côté. On voulait que l’album soit cool, on voulait que la musique soit plus colorée mais toujours avec cette efficacité, ce côté concis.

D’autres groupes ont fait l’erreur de se définir d’après un unique genre musical et l’inverse peut être aussi une erreur –de partir dans toutes les directions stylistiques. On pense avoir trouvé une zone confortable pour notre identité musicale, on sait d’où l’on vient mais on reste ouvert à plein de nouveautés.

Pour revenir à votre décision de sortir en deux parties cet album à deux dates différentes, est-ce aussi une façon de s’adapter aux nouvelles habitudes d’écoutes sur les plateformes de streaming ?

Colin : On prévoyait de sortir Sad Happy dans une période où l’on n’avait rien de spécial de prévu. Avec le concept derrière l’opposition Sad/Happy, cela nous a semblé naturel de sortir les deux parties à deux dates différentes.

Joe : C’est vraiment un bon compromis, je pense. On adore les albums, on a grandi en écoutant la musique sous forme d’albums, et on pensera toujours d’abord à faire un album lorsqu’on sera en studio. On comprend aussi, toutefois, que les habitudes des gens changent. Cette stratégie en deux parties nous permet de mettre en avant beaucoup de singles pour les fans, même si nous avons toujours eu l’intention de le sortir en tant qu’un seul album. Je pense que cela a plutôt bien marché !

Sur Sad, il y a une chanson en particulier qui nous a intriguée, c’est Train to Lime Street. Est-ce un ensemble de son enregistrés dans une gare, à Liverpool ?

Oui ! Il y a une ligne de trains entre Lime Street à Liverpool et Londres. On a fait beaucoup d’aller-retours entre les deux villes : Kieran qui venait depuis Liverpool à Londres ou l’inverse. Il y a beaucoup de sons de notre vie quotidienne sur cette chanson.

Joe : Oui, il y a des extraits de ce trajet en train, mais pas seulement. On a tous enregistré et ajouté des sons de notre vie quotidienne, à Liverpool et à Londres. Quand nous ne sommes pas en tournée, nous sommes éloignés les uns des autres, c’était une manière assez marrante de garder contact. J’ai enregistré des bruits d’une cours d’école, je ne sais même pas si c’est légal ! (Rires)

Cette ligne de train est centrale dans la construction du groupe. Et je pense qu’on trouve tous que les trajets en train ont un côté rêveur, contemplatif. En tournée, on écoute pas mal de musique d’ambiance, cela a alimenté cette envie de créer cet interlude sur cet album.

Et c’est aussi un peu un hommage à Liverpool, non ?

Joe : Oui ! Liverpool n’est jamais très loin dans toutes nos chansons, de toute façon.

A propos du clip de Move to San Francisco, vous avez tout filmé et édité vous-même. D’où vient cette envie ?

Joe : C’est vraiment bon marché de le faire sois même, en fait (rires). Non, bon, en fait, on voulait sortir cette chanson en tant que single, nous étions à San Francisco pour faire un concert et le label m’a appelé.

Colin : « -Joe, Joe, pourrais-tu faire un clip ? En deux heures ? »

Joe : J’ai dit oui (rires), si vous payez pour la nourriture et les boissons de la journée de tournage ! On devait tout filmer la veille de notre concert. On a couru partout comme des fous. En plus, il faisait moche, ce jour-là. On s’est réveillé totalement dans le brouillard. On voulait aller filmer près du Golden Bridge. Quand on est arrivé de l’autre côté du tunnel, on ne le voyait même pas ! Mais tout compte fait, c’était beaucoup de bons souvenirs pour faire cette vidéo. Je pense que je comprends assez bien le groupe et que ça ressort bien dans la vidéo. C’est plus sympa pour les fans de découvrir un peu ce côté du groupe dans un clip.

En tournée avec Two Door Cinema Club

Vous êtes partis en tournée avec Two Door Cinema Club au début du mois de Janvier. Comment s’est passé le tour et quelle a été la réponse du public à vos nouvelles chansons ?

Colin : C’était une super tournée !

Joe : Oui ! Les gars de Two Door Cinema Club sont géniaux. On a voyagé plusieurs fois avec eux, on les connaît bien. Cela rend n’importe quelle tournée beaucoup plus facile. Leur public, aussi, est cool, très réceptif à notre set.
On s’est rendu compte qu’il y a trois types de personnes dans le public quand on joue en première partie :
-Il y a ceux qui nous connaissent et c’est cool : ils sont presque la garantie pour le reste du public qu’on a le « droit » d’être sur scène. C’est toujours agréable de les voir.
-Il y a ceux qui n’ont aucune idée de qui ont est.
-Et il y a ceux qui ne nous connaissent pas, apprécient le set et qui à la fin du set, quand on joue T-Shirt Weather, ont une révélation : « -C’est eux, c’est ce groupe, je connais cette chanson, je les aime bien ! ».
Kieran nous racontait ça l’autre jour, et depuis on cherche ces réactions dans le public, c’est toujours très drôle à voir (rires).

En parlant de tournée, comment vous construisez une setlist ?

Colin : Avec beaucoup de difficultés ! On les modifie beaucoup entre nous.

Joe : Oui ! C’est un énorme chantier à chaque fois. On pourrait penser qu’il y a beaucoup de choix avec 4 albums. Mais en fait, pas tant que ça. On choisit les singles de façon équilibrée entre les albums, puis on ordonne les chansons. La setlist se construit un peu toute seule, finalement. La partie qui nous prend plus de temps, c’est les transitions, tous les petits détails. Les gens viendront toujours de toute façon nous dire : « Pourquoi vous jouez ça, pourquoi vous ne jouez pas ça ? ». J’ai très envie de leur répondre, « j’aurais aimé que vous soyez dans la conversation précédentes qui a duré 3 heures ».

Colin : Quand on sort un nouvel album, on veut toujours jouer plus de chansons tirées de cet album. On en ajoute toujours 1 ou 2 de plus.

Joe : Et on doit donc en enlever une ou deux, qui seront toujours les chansons préférées de quelqu’un. On essaie de ne pas trop s’en préoccuper, à la fin.

Colin : On se met quand mal pas mal la pression à ce sujet !

Circa Waves @ L'Olympia

Circa Waves et la France

Vous avez joué 3 fois en 5 mois en France (La Maroquinerie – Oct 2019, L’Olympia avec Two Door Cinema Club – Jan 20, Le Badaboum en Session Deezer – Fév 20), comment était-ce ?

Colin : Le dernier concert en tête d’affiche que l’on a fait ici, à La Maroquinerie, était probablement le meilleur show français que l’on ait fait et le meilleur sur cette tournée européenne. C’était simplement super bien !

Joe : Les fans français sont très expressifs. On sait tout de suite s’ils ont aimé le concert ou non. Et quand on réussit à les convaincre, ils deviennent très énergiques.

Colin : C’est une sacrée aventure avec les fans français quand même, depuis le début du groupe.

Joe : Il y a un noyau dur de fans qui nous suivent depuis le début en France. En ce moment cela va bien pour nous ici et c’est agréable de sentir que l’on entreprend ce voyage avec eux depuis le début.

Quels sont vos plans pour 2020 ?

Colin : Notre tournée en Angleterre en avril et quelques festivals !

Joe : Je crois qu’il y a quelques festivals, peut être en France, je ne me souviens plus. Il y a aussi des plans pour revenir en automne en Europe.

Sad Happy sortira le 13 mars prochain. Pour un retour sur scène, on surveillera pour vous les dates en festivals du groupe. Sinon, à peu près un an après leur passage à La Maroquinerie, ils devraient être de retour à l’automne prochain dans le cadre d’une tournée européenne !

Un grand merci à HIM Media et PIAS pour l’organisation de cette journée.

Photos par Lauren Debache
Propos recueillis et traduits par Claire Desfrançois

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