15 Juin This Is Not A Love Song 2026 — Débarquement britannique et irlandais à Nîmes
Retour sur les 5 et 6 juin 2026 à Nîmes : le This Is Not A Love Song Festival, alias le TINALS, a réuni sur quatre scènes du Paloma une programmation brit et irlandaise d’exception, entre Black Country New Road, Fat Dog, NewDad et une poignée de découvertes qui ont marqué le weekend.
Nîmes, début juin. La chaleur tape encore fort en journée, mais dès que le soleil descend, l’air change — et c’est dans cette douceur de début de soirée qu’on pousse les portes du Paloma pour la première fois du weekend. Dans le jardin éphémère, ça s’installe déjà, ça se retrouve, ça parle de groupes que personne dans l’entourage immédiat ne connaît encore. Le TINALS, c’est ça avant tout : un festival qui ne cherche pas à rassurer. On vient ici pour être bousculé, pour tomber sur quelque chose qu’on n’avait pas prévu. Depuis 2013, (et leur retour en 2025) la formule tient — et le fait que près de 40% des billets partent en blind pass, sans programmation dévoilée, dit tout de la confiance que le public accorde à ceux qui font les choix. Pour cette édition 2026, c’est la confirmation après le retour surprise en 2025 et 6 années d’absence depuis 2019. Deux soirs, quatre scènes, une trentaine d’artistes internationaux, et une présence brit et irlandaise particulièrement dense dans le line-up.
On débarque avec beaucoup de curiosité, l’appareil photo en bandoulière et quelques noms cochés d’avance — mais c’est souvent ceux qu’on n’avait pas cochés qui finissent par marquer.
Vendredi 5 juin
Black Country, New Road ouvre le vendredi des Britanniques avec la sérénité d’un groupe qui n’a plus grand chose à démontrer. Pas d’esbroufe, pas de fioriture inutile — juste un set tenu de bout en bout, construit avec une précision qui force le respect. Les Londoniens ont traversé pas mal de turbulences depuis leurs débuts, changements de line-up compris, et on sent sur scène que tout ça a été digéré, transformé en quelque chose de plus solide. Le public nîmois, pas toujours au fait de leur histoire chaotique, s’y retrouve quand même. C’est le propre des bons groupes de live : ils attrapent même ceux qui arrivent sans filet.
Black Country, New Road
Men I Trust, eux, font l’effet inverse — et c’est tout aussi saisissant. La voix d’Emma Proulx flotte au-dessus de nappes de synthés avec une douceur qui suspend littéralement le temps. Le public se tait, vraiment, ce qui n’est pas si courant en festival. On est dans quelque chose de presque fragile, d’émotionnel sans être démonstratif — et c’est peut-être ça le plus fort : réussir à créer ce niveau d’attention collective en plein air, au milieu d’une soirée chargée.
Petit passage par la Grande scène intérieure. Ce qui frappe d’emblée de Girl Group, c’est l’énergie collective qui se dégage d’elles — quelque chose de vivant, de communicatif, qui déborde naturellement vers le public. Elles jouent ensemble dans le sens fort du terme, et ça change tout à l’expérience. On ne les attendait pas spécialement au tournant, et c’est exactement le genre de découverte pour lequel on revient au TINALS : repartir avec un nom de plus dans la tête, et l’impression d’avoir été au bon endroit au bon moment.
Girl Group
En quasi clôture du vendredi, Model/Actriz ne laisse pas beaucoup de marge pour reprendre son souffle. Intense, hypnotique, le genre de set qui s’installe dans le corps avant d’atteindre la tête — on ne sait pas exactement à quel moment on a basculé, mais à mi-concert, il n’est plus vraiment question de regarder ailleurs. Les New-Yorkais dégagent sur scène quelque chose de difficile à nommer, entre transe et tension sourde, et le public qui les découvre ce soir-là comprend vite qu’il n’est pas là pour se détendre.
Model/Actriz
Samedi 6 juin
Le samedi a une autre texture. Plus ouvert, plus détendu dans l’attitude du public, comme si la première soirée avait servi de mise en route collective. Les scènes extérieures captent bien la lumière rasante de fin d’après-midi, et c’est dans ce cadre que Girl in the Year Above fait l’une des meilleures entrées en matière du weekend. L’autre découverte inattendue du week-end. Indie pop lumineuse, présence scénique naturelle, énergie communicative sans être calculée — le public accroche vite, et l’appareil aussi.
Girl in the Year Above
NewDad arrive avec une réputation de groupe shoegaze rêveur, et dévie franchement de l’attendu. Plus rugueux, plus ancrés dans quelque chose de physique et de direct, les Irlandais de Galway ont visiblement décidé d’en découdre plutôt que de planer. Quelques titres pour s’ajuster, et puis plus personne ne résiste.
Sur la scène Mosquito, Cardinals joue dans la pénombre avec une intensité qui justifie amplement que Cillian Murphy les ait cités comme un groupe à suivre de près. Post-punk tendu, sombre, pas le genre de formation qui cherche à séduire à tout prix — ils imposent leur univers et c’est au public de venir les rejoindre. Ceux qui font le déplacement jusqu’à cette scène ce soir-là ne regrettent pas le détour.
Pendant ce temps-là, dans le patio, l’ambiance change du tout au tout : Shortstraw. prend possession de l’espace complètement blindé par les spectateurs et, malgré quelques soucis de son, arrive à emporter le public avec eux. Leur énergie déborde dans le couloir de la Paloma où des curieux essaient tant bien que mal de passer une tête pour voir ce qui se passe.
De gauche à droite: NewDad, Cardinals, Shortstraw.
Un peu plus tard, pour Fat Dog, le public est massé devant les barrières. L’envie de faire la fête est palpable depuis des heures, et les Londoniens transforment tout ça en quelque chose de collectif et d’incontrôlable — dans le bon sens du terme. C’est physique, généreux, débridé sans jamais décrocher. On range l’appareil à un moment, juste pour être là. C’est le meilleur signe qu’un concert puisse envoyer.
Mais pas trop longtemps et pour cause : trois concerts énervés qui se télescopent, trois scènes différentes, une seule personne et pas encore la faculté de se dédoubler. Fat Dog sur la Flamingo qui n’a pas encore fini de tout retourner, Knives dans la grande salle qui démarre sans attendre, CHALK sur la Mosquito qui tient sa propre promesse dans son coin — et on court. Littéralement. De la Flamingo à la grande salle, de la grande salle à la Mosquito, appareil en bandoulière, quelques titres ici, une fosse là, jamais vraiment le temps de souffler. C’est épuisant et parfaitement grisant. Les trois sets partagent la même urgence, la même façon d’occuper l’espace sans demander la permission — et le fait de les attraper en morceaux plutôt qu’en entier leur donne presque une saveur supplémentaire, celle de quelque chose qu’on n’aura jamais tout à fait vu, mais qu’on n’est pas près d’oublier.
De gauche à droite: CHALK, Knives, Fat Dog
Quelques bémols quand même, parce qu’un bon live report ne se contente pas d’applaudir. Le patio, cette année, a souvent joué les entonnoirs — trop de monde, trop peu d’espace pour vraiment respirer entre deux sets, et une accessibilité aux scènes qui a parfois tenu du parcours du combattant aux mauvaises heures. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment frustrant pour qu’on le note. Même frustration pour la fin de la programmation et cet enchaînement sans fin de rock britannique et irlandais : impossible de profiter de tout. Et puis il y a cette impression, difficile à totalement dissiper, qu’on a un peu moins dansé qu’en 2025 — que le curseur était cette année davantage du côté du percutant que de la fête. Ou alors nous n’étions pas aux bons endroits au bon moment. La prochaine fois, on espère juste un peu plus de place pour bouger.
Deux jours, une dizaine de groupes brit et irlandais, une évidence qui se confirme : le TINALS a retrouvé exactement l’endroit où il s’était arrêté. Le This is Not a Love Song 2026 restera comme une édition exigeante, dense, généreuse dans ses découvertes. Quant à la scène indie britannique et irlandaise — elle, elle n’avait pas attendu.
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