30 Sep Fat Dog – Cancel Me (I’m Tired)
Le septuor sud-londonien a complètement oublié de se reposer et nous revient avec son deuxième album : Cancel Me (I’m Tired). Porté par Joe Love, Fat Dog distille depuis plusieurs mois quelques morceaux, et cela nous plaisait déjà. Ce deuxième album s’inscrit parfaitement dans la continuité du premier : toujours aussi énergique et décalé, mais avec quelques nouveautés qui ne sont pas sans nous plaire.
Fat Dog a bousculé la scène mondiale avec WOOF et une tournée qui a électrisé les salles, à tel point qu’il leur a été proposé de représenter le Royaume-Uni à l’Eurovision. Le groupe y a sérieusement réfléchi, allant jusqu’à esquisser un morceau intitulé England Is My City, mais le projet ne verra finalement jamais le jour. « Comme Israël participait, on a refusé », explique Hughes. « Niveau visibilité, on aurait dû y aller », ajoute Love. « Mais on n’est pas très doués pour faire le buzz. On n’est pas très “hype”. ». C’est aussi à la suite de cette tournée que Joe Love, avec seulement quelques démos bricolées sur la route et des idées nées pendant les balances, s’est enfermé dans le studio de Walthamstow du producteur Oli Bayston (Boxed In, Kelly Lee Owens, Alexis Taylor).
L’album s’ouvre avec Smile and Waves, dans un fracas qui nous rappelle les sonorités précédentes. Le titre fait parfaitement le lien entre les deux opus. Des paroles plutôt pessimistes (« They’re banging at your door / They’ll fuck you like a horse » ; « Your head’s on fire / Smile and wave boys / Smile and wave ») accompagnées d’une nappe électronique à vous faire secouer la tête, qui nous ramène dans les années 2005-2010. On devine assez vite la direction de l’album et la signification de son titre. Go Fuck Yourself, qui vient ensuite, continue sur cette lancée et nous plonge un peu plus dans la déprime de Joe Love (« There’s nothing in your head / Until you’re swinging in your auntie’s shed ») mais sans jamais cesser de nous entraîner musicalement. Cancel Me (I’m Tired), titre éponyme, conserve le côté synthétique que l’on connaît au groupe, mais dans un registre moins agressif. Les paroles sont, elles, sans équivoque : « Cause I’m tired / I’m tired / I’m tired / I’m tired / Cancel me, I’m tired / I said cancel me, I’m tired ». Elles viennent refléter l’épuisement du groupe après la tournée mondiale de WOOF.
Heart of Darkness nous offre une musicalité plus douce, avec, en parallèle, un sujet lui aussi moins lourd : l’amour. Même ici, Joe Love y ajoute forcément sa patte : « You’re my bitch / And I’m your bone / You’re the heart of darkness ». Le morceau est suivi de Shit Love, qui vient parfaitement se raccorder à ce titre amoureux, avant de devenir de plus en plus mélancolique. Shit Love semble être une réponse, dans une cadence rapide et plutôt désabusée. Call It What You Want vient faire redescendre un peu la pression avec un titre plutôt porteur, punk, mêlant synthé et ambiance planante, presque rave. Joe Love a déclaré à propos de ce titre : « « C’est moi qui regarde les gens de ma famille et leurs problèmes, et qui me demande : “Est-ce que ce sera pareil pour moi ? Est-ce que c’est inscrit dans mon ADN ?” ».
C’est avec Snakes qu’on entre dans une autre dimension musicale de Fat Dog, complètement teintée par leur séjour aux États-Unis, avec un riff de guitare et une introduction qui sent bon le western. Mais ce n’est pas tout : le morceau évoque également son mariage à Vegas avec un sosie d’Elvis plutôt médiocre : « Left my heart in Sydenham / To walk you down the aisle / Elvis was the hand you took / Ain’t seen your dad a while ». Pour autant, le morceau n’est pas non plus une déclaration particulièrement positive : « If I was a scooter / Then I’d probably scoot away / Why is it always the end / The end was yesterday ». Dans le même registre sud-américain vient s’inscrire The Devil, mais essentiellement dans son introduction, avant de repartir vers les sonorités habituelles du groupe. Entre ces deux titres s’insère Bad Dog, morceau qui nous ramène aux origines du groupe, que ce soit dans les sonorités, le rythme rapide ou le format court. Un titre fait pour pogoter en concert et secouer une salle entière. Enfin, la clôture de l’album se fait avec Aliens, dans un registre auquel nous n’étions pas habitués. L’inspiration nous semble ici lorgner du côté des Beatles. Un titre beau, harmonieux (« There’s nothing in my mind / But a quiet symphony / I’ll make another day »), porté par un quatuor à cordes, qui fera très certainement une superbe sortie de scène.
On retrouve dans cet album tous les éléments qui nous ont fait aimer Fat Dog : la rage, les sonorités singulières, les synthés et les saxophones, mais aussi de nouvelles propositions qui nous font affirmer que Fat Dog est sur le bon chemin. Love tenait à ce que Cancel Me (I’m Tired) soit légèrement moins intense que son prédécesseur. Résultat : un album plus nuancé dans ses dynamiques, avec davantage de respiration que l’assaut quasi permanent de WOOF. Il veut qu’on les « cancel » puisque tout le monde est fatigué ? Dommage : une tournée est à faire et il va y avoir du monde au rendez-vous pour en prendre plein les oreilles et les cervicales. Avec un album comme celui-ci, cela nous étonnerait que Fat Dog tombe dans les oubliettes et puisse enfin être tranquille.
Tracklist
Smile and Wave
Go Fuck Yourself
Cancel Me (I’m Tired)
Heart of Darkness
Shit Love
Call It What You Want
Snakes
Bad Dog
The Devil
Aliens
Note du rédacteur : 8/10
Ses titres préférés : Smile and Wave, Shit Love, Bad Dog




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