Mura Masa – Mura Masa

Le talentueux Mura Masa dévoile ce Vendredi son très attendu premier album; l’heure du bilan pour un artiste en pleine ascension. Écoute et critique.

Le voilà enfin! En ce jour de fête nationale, le premier effort du jeune producteur Mura Masa est disponible à l’écoute; et que cet album aura été attendu. Servi par un teasing et une campagne promotionnelle impeccable, distillant infos et featurings avec une précision encore plus impeccable que salt bae, Alex Crossan a bien construit son marketing jusqu’à cette date fatidique. Inévitablement, l’heure du bilan. Top ou flop?

On ne va pas se mentir: l’effort éponyme du producteur/musicien a de prime abord un peu de mal à décoller. Malgré un Messy Love expérimental et parfaitement distordu, les 4 titres complétant la première partie de Mura Masa nous laissent sur notre faim; et ce malgré des featurings de qualité. Les instrumentations, originales et plutôt recherchées, se montrent toujours rafraîchissantes sans toutefois atteindre un statut de pur summer banger; en résulte alors une sensation en demi-teinte, n’allant jamais pleinement dans l’expérimentation ou dans le tube ultra-rythmé. D’autant plus dommage quand Charli XCX se voit invitée: 1 Night pêche d’un refrain qui, malgré une approche savamment amenée, manque de pêche. Love$Ick voit A$AP Rocky arriver en première vitesse et rester tristement en sous-régime, et Desiigner phagocyte totalement All Around the World, aspirant la patte Mura Masa pour un interlude trap sympathique mais hors-sujet (cette flûte! Mask Off n’a qu’à bien se tenir).

Mura Masa succomberait-il, à l’image de DJ Khaled, Calvin Harris et Gorillaz, à un festival de featurings happant toute unité et tout espoir d’œuvre solide? Arrière toute: même si des réserves doivent être émises sur cette première moitié, le musicien parvient à faire étalage d’une patte sonore toujours inventive, solide et cohérente, qui pêche jusque-là seulement d’un peu d’efficacité. Puis intervient le Bon Iver-esque interlude give me The ground; et de là toutes les perspectives se renversent. Car la seconde partie de Mura Masa est une évidence, pure, simple, diaphane.


Là où l’acte I manquait d’ampleur et d’envergure, le What If I Go? d’ouverture de l’acte II vient nous présenter son antithèse pure et simple. Transcendant les instrumentations proposées plus tôt, le son est riche, touchant dans l’organique, s’essayant à de nombreuses sonorités; la fusion expérimentation/banger que l’on recherchait plus tôt se retrouve là, triomphante, évidente. Impression confirmée par le superbe Firefly, qui se risque cette fois avec réussite aux expérimentations de 1 Night. Impossible de résister: Alex Crossan nous a embarqué dans son délicieux univers qu’on ne souhaite maintenant plus quitter.

De là, tout n’est que félicité. NOTHING ELSE! vient clamer sa volonté de squatter les ondes avec une guitare funky irrésistible, tandis que Helpline vient provoquer d’inévitables déhanchés et hochements de tête. Tout cela avec une réelle cohérence sonore et des featurings parfaitement calibrés, servant les rythmes et mélodies proposées par Mura Masa. Le producteur réussit admirablement son opération de séduction; et quoi de mieux pour conclure qu’une trilogie sentimentale antithétique faisant mouche?

Exit bangers et évidences electro-pop. Fin artisan d’exquises sonorités, Alex Crossan nous propose une triade de clôture inattendue de par sa dimension mélancolique et touchante, servie par 3 featurings de qualité: coup sur coup Christine and the Queens, A. K. Paul et le légendaire Damon Albarn. Sans dénaturer le reste de l’album, Mura Masa propose tout simplement une plongée réflexive dans une autre facette de son songwriting et de sa composition, dévoilant un sens de la structure particulièrement fin et admirable. Second 2 None, Who Is It Gonna B, Blu: les voix se font écho, se perdent pour mieux se retrouver, les basses enveloppent l’auditeur, le charme magnétique opère à la perfection. Aucune facilité ou faute de goût ici: un Damon Albarn démultiplié et sous vocodeur vient refermer l’album tandis que s’égrènent discrètement quelques subtiles notes de guitare de fond. Le voyage se termine, à notre grand regret.

Comment synthétiser? La réussite triomphale du second acte de Mura Masa parviendrait presque à nous convaincre d’être plus indulgent envers son peu convaincant premier acte, qui est heureusement bien plus court que son successeur. Ce premier effort, particulièrement riche et intelligent, prend donc un peu de temps pour décoller et s’envoler vers des stratosphères d’ingénieux electro-pop alternatif; mais une fois arrivé à ses sommets, l’ivresse vous gagnera et vous marquera encore longtemps. Essai à transformer sur la durée; mais pour le moment, on retourne volontiers se perdre dans les méandres de cette jungle alternative richement peuplée.

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Tracklist:

Messy Love

Nuggets (feat. Bonzai)

Love$Ick (feat. A$AP Rocky)

1 Night (feat. Charli XCX)

All Around the World (feat. Desiigner)

give me The ground

What If I Go? (feat. Bonzai)

Firefly (feat. NAO)

NOTHING ELSE! (feat. Jamie Lidell)

Helpline (feat. Tom Tripp)

Second 2 None (feat. Christine and the Queens)

Who Is It Gonna B (feat. A. K. Paul)

Blu (feat. Damon Albarn)

 

Nos morceaux préférés: Messy Love, What If I Go?, Firefly, NOTHING ELSE!, Second 2 None, Who Is It Gonna B, Blu

 

La note: 8/10

Concerts Mura Masa
 
Mura Masa à Paris - 28 octobre 2017
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