Paul Thomas Saunders : “Je voulais que l’album ait l’air de venir d’un autre monde, d’être irréel”

Rencontre avec Paul Thomas Saunders, quelques heures avant son concert au Point Éphémère et, pour la première fois, en compagnie de son groupe au grand complet…

PTS

Je crois que tu veux visiter les catacombes à Paris depuis un certain temps…

Oui, c’est vrai.

Mais j’imagine que tu n’as pas eu le temps d’y aller aujourd’hui ?

Non, je n’ai jamais le temps. Une fois, j’ai vraiment failli pouvoir y aller, mais c’était fermé. Apparemment, la ventilation ne fonctionnait pas. Donc je n’ai toujours pas pu y aller.

Peut-être une autre fois, vous restez à Paris quelques jours ?

Non, on part pour la Suisse demain matin donc non, pas cette fois-ci. J’arriverai bien à y aller un jour. Un jour… C’est LE truc que je veux vraiment voir à Paris. Et puis j’en parle tellement à mes amis qu’ils y sont tous allés.

Tu as fait une tournée en Europe, il y a quelques mois, avec un groupe dont tu faisais la première partie. Tu es content d’être de retour tout seul cette fois-ci ?

Oui, c’est vraiment cool. Et puis je ne faisais que des concerts acoustiques, alors c’est génial de pouvoir revenir avec un groupe au complet. L’acoustique, c’est sympa, mais ça ne représente pas du tout ce qu’est ma musique.

Oui, j’ai lu que tu n’aimes pas vraiment le son de la guitare acoustique…

Non, pas vraiment.

Et je me demandais pourquoi ? T’en es-tu lassé ?

J’aime bien ça, je veux dire, la façon dont je l’utilise lorsque je suis avec un groupe est plutôt cool, j’ajoute des effets et j’aime bien ce que tu peux faire avec. Mais quand je joue tout seul, c’est généralement une simple guitare acoustique et c’est assez ennuyeux. Je pense qu’il y a pleins d’autre gens qui font cela beaucoup mieux que moi. Vraiment beaucoup, surtout en ce moment, avec tout ce mouvement, il y a des centaines de personnes qui font ça mieux.

J’ai bien aimé ta session pour Burberry pourtant. Mais j’imagine que ça doit être énervant de ne pas pouvoir reproduire, je veux dire, il y a tant de sonorités différentes sur ton album…

Oui, c’est assez brut et, je crois, incomplet. J’aime bien ajouter plus de choses aux chansons qu’une simple voix et quelques accords. Et je ne pense pas que ces deux choses soient les plus importantes dans la plupart de mes chansons. Mais j’aime bien écrire des chansons acoustiques, je pense simplement qu’il y a des gens qui font cela mieux que moi.

En parlant de l’écriture de chanson, quand écris-tu ? Tu aimes bien écrire quand tu es en tournée ? Ça te donne de l’inspiration ? Ou préfères-tu être chez toi ?

Je préfère être chez moi pour être honnête, parce qu’en tournée tu passes beaucoup de temps dans un van et ce n’est pas vraiment un endroit très créatif. Et c’est assez difficile d’écrire quand tu voyages parce que tu es entouré par des gens tout le temps. J’écris plutôt dans l’isolement et à propos de l’isolement donc ouais, en général, j’attends de rentrer chez moi.

Ton groupe, les Fever Dreams, a-t-il une influence sur ta musique ? Est-il composé d’amis d’enfance ?

Oui, j’ai rencontré mon guitariste quand j’étais à l’école et les deux autres, Alastair et Kate, à l’université. Et oui, ils… Quand j’ai commencé à écrire, j’étais tout seul, mais je pense que, quand j’ai commencé à jouer avec eux, cela a vraiment eu une influence sur mon son parce que j’ai appris à jouer en live avec un groupe. En tant que groupe, j’ai découvert la force que tu peux avoir, le genre de chose que tu peux faire en tant que groupe et la façon dont tu peux jouer avec le public. Je n’étais pas conscient de cela avant de faire des concerts avec eux, alors ils ont vraiment influencé ma musique.

Tu as dit que vous partez de sons très familiers, que vous essayez ensuite de transformer le plus possible. Comment faites-vous cela ? De quel type de sons s’agit-il ?

Je pense qu’on essaie de faire des sons qui ne sont pas familiers pour nous, je crois que, en particulier dans la musique pop, tout est construit autour du même type d’instrumentalisation, les mêmes tonalités et c’est ce qui rend la musique pop aussi agréable parce que, tu vois, pour les gens, c’est réconfortant.

Mais je trouve que ton album est très réconfortant. Pour moi, c’est un peu comme un rêve, partir en voyage en regardant le ciel et les étoiles…

C’est parfait, c’est exactement ce que je souhaitais. Je voulais que ça ait l’air de venir d’un autre monde, d’être irréel. Je voulais donner cette impression que tu pourrais t’échapper, d’un endroit où tu pourrais aller, qui t’emmènerait un peu en dehors de la réalité. Et oui, je pense qu’on y arrive assez bien avec ces différents sons, d’essayer de provoquer des pensées et des choses différentes dans la tête des gens.

Quand as-tu commencé à écrire ? L’album est tellement travaillé…

Je crois que j’ai commencé à écrire quand j’avais environ 16 ou 17 ans, mais jusqu’à mes 19 ans, j’étais assez mauvais. Je ne faisais qu’apprendre le métier, je ne savais pas vraiment comment écrire une chanson, je ne connaissais rien à la structure d’une chanson, j’essayais des choses. Mais, tu vois, je me sens plus mature maintenant que lorsque j’étais adolescent. Mais tu sais, même les petites choses qui te semblent énormes, comme une rupture avec quelqu’un, ces choses qui te paraissent cataclysmiques quand tu as cet âge, j’aurai aimé pouvoir écrire et faire de la musique à cette époque. Mais ouais, il y a beaucoup plus de sujets à propos desquels tu peux écrire que l’inverse.

Tu trouves de l’inspiration dans un peu tout ce qui t’entoure ?

Mhmm, ce sont plutôt des pensées, je me mets à écrire quand je suis seul avec moi-même, assez isolé, et ça me prend en général une semaine avant d’écrire quelque chose de bien. D’arriver à cet état mental d’indulgence, quand j’ai des pensées tristes et que, tu vois ? Quand je suis sous pression, quand je dois écrire, cela vient plus naturellement. En tout cas beaucoup plus que si je m’asseyais pour écrire une chanson. Je ne sais pas, je pense qu’il y a un espace dans ma tête auquel je dois accéder. Je ne suis pas quelqu’un de très spirituel, voire pas du tout. Je suis plutôt cynique, mais j’ai besoin de trouver cet endroit de complaisance dans mon cerveau, qui me permet d’écrire pendant des heures et des heures. Et y accéder prend beaucoup de temps et je ne connais pas de raccourcis pour y arriver plus vite.

Je me demandais, la chanson Appointment in Samara, est-elle inspirée du roman du même nom ?

Celui de John O’Hara ? Non, non, je ne l’ai pas lu. Mais en fait, il y a une histoire, j’ai écrit la chanson à propos d’une fable qui dit en gros qu’on ne peut pas échapper à son destin et je crois que c’est en fait ce qui est raconté dans le livre de John O’Hara ?

Oui, c’est un rendez-vous avec la mort auquel un personnage ne peut échapper, même s’il s’en va à Samara.

Ouais et j’ai lu cette fable quelque part et c’est comme ça que j’ai eu l’idée pour le titre de la chanson.

Le t-shirt qui est sur ton site, c’est toi qui l’as fait ? Avec le renard et les étoiles tout autour.

Oh non, ce sont deux amis. Un de mes amis a dessiné le renard et mon ex-copine a fait les étoiles tout autour. Je ne parle plus vraiment à aucun des deux. Donc c’est un peu étrange d’exploiter ce t-shirt économiquement.

Je me demandais si le renard représentait quelque chose en particulier, je comprends pourquoi il y a des étoiles, mais…

Eh bien, quand on était à l’université, on enregistrait dans la chambre de mon guitariste, et il vivait avec un type qui faisait les beaux-arts. Et ouais, on avait l’habitude de rester éveillés toute la nuit pour enregistrer des chansons et il a dessiné un renard parce qu’on était debout toute la nuit et qu’on faisait beaucoup de bruit chez lui.

Ta musique est très visuelle et je sais que tu aimes beaucoup Jim Jarmusch. Quels autres réalisateurs aimes-tu ? Tu aimerais pouvoir réaliser une bande originale de film ?

J’adorerai faire ça, c’est un rêve pour moi. Ce serait vraiment drôle à faire. La toute première bande originale que j’ai vraiment beaucoup aimé, c’était “The Graduate”, tu sais ? Et ouais, c’était tellement génial. Mais oui, j’aime bien “Dead Man” de Jim Jarmusch, et le clip pour le thème principal, la chanson de Neil Young. C’est comme une projection du film. Mais ouais, j’aime aussi beaucoup Wes Anderson.

J’ai vu que tu as posté une poupée en papier de toi-même sur Instagram. Comment cela est-il arrivé ?

Je ne sais pas vraiment. C’est un site Internet qui fait ça et j’imagine que quelqu’un fait des versions en papier de différentes personnes. Et c’est plutôt cool, alors un ami me l’a envoyée.

Tu utilises beaucoup Instagram, Facebook et Twitter pour répondre à tes fans. Tu penses que c’est important pour les artistes et les groupes de faire cela ?

Oui, surtout pour des gens comme moi. Mais je, je ne sais pas, j’ai deux avis un peu contradictoires à propos de tout ça, parce que je n’aime pas l’idée d’être constamment connecté. Mais j’adore ça, j’utilise tout ça et c’est vraiment bien pour moi, j’adore le type d’interaction que tu peux avoir, tu n’es pas obligé d’avoir l’air aussi détaché de, tu vois…

Je pense que les gens aiment aussi beaucoup cela…

Oui, je pense que c’est génial et j’adore… Quand j’étais, enfin, j’aurais aimé que ce soit ainsi lorsque j’étais un fanboy, tu sais, quand j’avais 14 ou 15 ans et que j’aimais énormément de groupes, j’aurais adoré ça. J’aimerais ne pas avoir besoin de faire ça, comme les groupes plus connus mais…

Même des groupes plus connus utilisent les réseaux sociaux pour discuter avec leurs fans, et je pense que ça permet à la fanbase de s’agrandir…

Oui et puis c’est tellement logique d’aller là-dessus. Je me souviens quand les sites Internet des groupes étaient vraiment nuls, avant Facebook, alors que maintenant, c’est tellement simple.

Tu as perdu ta voix alors que tu enregistrais ton album, non ?

Oui, c’est vrai.

Ce doit être terrifiant pour un chanteur…

C’était assez pénible Je crois que je revenais de France, juste après la tournée avec Julia Stone. Et ouais, c’était après ça et ma voix n’est pas revenue pendant environ cinq mois. Il y a un moment qui a été difficile, quand je ne savais pas si elle allait finir par revenir? Mais c’était plutôt bien parce que j’ai pu modifier beaucoup de choses sur l’album que je venais d’écrire, j’ai changé des chansons et l’album aurait été totalement différent si cela n’était pas arrivé.

Ça t’as peut-être permis de te concentrer sur les autres sons ?

Oui, ça m’a permis d’écouter tout cela, non pas en tant que chansons, mais en tant que morceaux musicaux, je pense qu’on a affiné beaucoup de trucs. Ça a changé beaucoup de choses alors oui, c’était plutôt une bénédiction.

Y a-t-il des endroits en particulier où vous aimeriez jouer ? Comme cette église à Brighton par exemple ?

Avant, c’était les églises, mais maintenant, comme j’ai un son beaucoup plus lourd, les églises ne sont pas vraiment pratiques pour nous puisque le son est difficile à contrôler. Je ne sais pas, j’aime bien les petites salles un peu étranges, j’aime beaucoup La Cigale, près de Montmartre. C’est un endroit tellement génial, j’ai fait la première partie de Julia Stone là-bas et c’était super. Et il y a pleins d’endroits comme ça à Paris, comme le Café de la Danse, qui est vraiment étrange mais super bien.

Oui, c’est ce que j’aime à Paris, nous avons énormément de salles différentes, et tout autant de groupes qui viennent jouer.

Oui, vous êtes gâtés.

Et comment est la vie à Brighton, tu vis là-bas depuis un moment maintenant non ?

Oui, ça va faire sept ou huit mois maintenant et j’adore cette ville. C’est génial d’être à côté de la mer et ça n’est pas trop loin de Londres sans t’obliger à vivre là-bas. J’ai habité à Londres, mais je n’aimais pas vraiment ça. C’est un endroit très calme, j’ai l’impression que les riches et les pauvres vivent ensembles et que, tu sais, il n’y a pas de groupes différents. Il y a un sentiment d’unité et, même si je ne connais personne là-bas, j’ai l’impression que tout le monde partage le même état d’esprit et que c’est un endroit très agréable où habiter.

Et où allez-vous après la Suisse, est-ce une longue tournée qui vous attend ?

Non, nous avons Zurich demain, puis Amsterdam le surlendemain… Et quelques festivals en Angleterre. Donc ouais, beaucoup de route en quelques jours…

Et tu aimes bien jouer dans des festivals ?

Je ne sais pas, parfois oui. Ça dépend parce qu’on a besoin de pas mal de temps pour installer le matériel, donc monter sur scène pour jouer 20 minutes et réussir à obtenir un bon son est vraiment difficile. Et les festivals sont bien meilleurs en dehors de l’Angleterre, parce qu’ils sont toujours très mouvementés et l’organisation est horrible. Dès que tu arrives en Europe, tout le monde est tellement professionnel, tout le monde essaie de se rendre utile. Les groupes anglais adorent venir en Europe, c’est un rêve pour eux, parce que dès que tu arrives ici, c’est le paradis. Toutes les salles sont géniales, les installations sont vraiment bonnes, tout est tellement bien organisé… Alors qu’en Angleterre, il n’y a personne. Tu arrives dans une salle et, peu importe que tu sois connu ou pas, les gens s’en moquent. Mais c’est sans doute parce qu’il y a tellement de groupes en Angleterre que les salles n’ont pas vraiment besoin de faire d’effort.

Le public est-il très différent d’un pays à l’autre ? Tu as pas mal joué en Allemagne par exemple…

Oui, mais je n’ai pas vraiment fait de concert tout seul là-bas, donc je ne sais pas trop. Mais je sais qu’en Angleterre la foule est plus bruyante, alors qu’ici, le public est beaucoup plus calme…

Oui, les gens sont vraiment là pour la musique…

Oui, c’est ça. La plupart du temps, ils ne sont pas vraiment intéressés, alors qu’ici… Tu as envie de jouer le mieux possible parce que tu as l’impression que les gens se rendront tout de suite compte si tu fais une erreur.

Tu n’es pas trop nerveux à propos de ce soir alors ?

Pas encore. Sans doute 30 minutes avant.

Eh bien, bonne chance pour ce soir, je suis certaine que ce sera un très bon concert.

Merci, on fera de notre mieux.

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