Interview – Hooton Tennis Club et leur épopée lo-fi

Bavardage virtuel, par mail, avec le groupe de Liverpool, où il est question de leurs aventures et siestes aux Parr Street Studios, de leur fidèle enregistreur 8 pistes, et d’un chien de prairie.

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4 individus, 2 ans ensemble, 8 mois sur un label, 4 EPs jusqu’à présent : voilà le parcours prometteur des Hooton Tennis Club réduit à quelques chiffres. Mais arrêtons de chiffrer, aucun intérêt de compter, ce n’est pas un set de match. Oui, la tragédie d’un tel nom, c’est la myriade de blagues faciles qui les attend : le revers de la médaille (et non pas de la raquette, promis, c’est la seconde et la dernière). On vous avait présenté il y a quelques mois ce gang de Liverpool dans une de nos découvertes du dimanche. A l’époque, ces amis d’enfance, Callum, James, Harry et Ryan étaient en train de travailler sur un EP avec Bill Ryder-Jones, chez sa maman. Il y a quelques jours encore, ils étaient aux Parr Street Studios, où ils enregistraient, toujours en compagnie de leur copain Bill.

« On en a fini aux Parr Street Studios, maintenant. Ça s’est très bien passé. Il y a eu quelques moments bizarres – c’est le moins que l’on puisse dire. Bill est un mec génial, ouvert d’esprit, plein d’enthousiasme, bosseur, etc, etc. On a tous vraiment apprécié travailler avec lui, et Chris (l’ingénieur), il est fantastique aussi ! Il a mis beaucoup de percussion sur quelques uns des nouveaux trucs qu’on a fait. Bill s’est un peu emporté, Chris le laissait faire. Ils ont développé nos idées les plus absurdes, ce qui a plutôt bien marché dans l’ensemble. Des guitares partout, de la bonne bouffe et des bières. Tout a été consigné sur cassette aussi. Toutes les conversations qu’on a eu – tout. Certaines sont assez horribles, certaines sont mignonnes, mais pour la plupart, c’est du n’importe quoi.  On avait des plans assez solides, mais on a laissé un peu de place à la déconnade, aussi. » Plans solides d’accords, mais plans solides de quoi ? « Il y a plus ou moins un LP dans l’air, ouais, mais chut, c’est un secret ! »

L’enquête avance : on sait désormais que c’est pour un projet plus gros que les précédents, l’accouchement d’un album que les Hooton se sont rendus en studio. Ils avaient précédemment déjà mis les pieds aux Parr Street, mais n’étaient pas encore tout à fait prêt pour l’expérience studio à ce moment. Quelques mois après et un bout de chemin en plus, les choses sont différentes et ils retentent donc consciencieusement l’aventure en studio. Oui, ils vous l’ont dit, ils avaient un plan solide ! Voilà comment l’action s’est déroulée : « On ne s’est jamais fixé une façon particulière de travailler, d’enregistrer. Si ça marche, alors c’est cool. On avait déjà enregistré des versions de nos morceaux à la maison. On a pris quelques bouts de ces enregistrements-maison et on les a utilisés comme samples au studio : des trucs comme des boucles de rétroaction, des souffles de bande, et certains sons de guitare et de batterie. Le studio était installé d’une certaine façon, comme une chambre ; on avait des tapis, de la nourriture partout, du café, quelques microphones, tout marchait dans la même pièce : un enregistrement en direct, qui l’eut cru ! On avait même le temps de faire des siestes certains jours. On a aussi pas mal lu pendant le mixage. C’était génial. »

Mais avec tout ce beau matériel hi-fi de studio, n’y a t-il pas le risque de perdre ce lo-fi caractéristique de leur patte ? Peut-être est-il prématuré de parler de « patte », et certainement impertinent de tenter de catégoriser quoique ce soit. Il semble en tout cas y avoir dans leur musique une imperfection qui leur ai propre (leur motto : perfect is boring ?), et qui passe entre autres par le matériel qu’ils utilisent. « Le kit qu’on utilise est assez basique, oui, mais c’est un assemblage à partir d’un magnétophone à bande 4 pistes (ou même 2 pistes). On utilise un enregistreur numérique 8 pistes : le Tascam DP-02 ! Ryan l’a acheté à un DJ. Quand il est arrivé, il puait le pub, le buffet et la cigarette. Notre son ne vient pas seulement de l’usage d’un matériel ‘ pourri ‘, c’est pleins de choses. On est plutôt limité en temps, technologie et espace de travail. Aller dans un studio et travailler avec de ‘meilleures’ choses, c’était génial ; mais comme précédemment mentionné, on a réussi à descendre ça à notre niveau, pour ainsi dire. On a enregistré en direct et on s’est éclaté avec les hautes fréquences, et les basses fréquences, et les reverb’ après, mais pas plus que ce qu’on aurait fait/pu faire avec notre fidèle 8 pistes à la maison ; à aucun moment on ne s’est dit  ‘Ok, Chris, allez, faisons ça dans un lo-fi impeccable ! ‘, tu vois ? »

Vous voyez ? Ce que vous avez récemment peut-être vu aussi, et plus exactement samedi dernier, c’est leur contribution au record store day. « On a fait une reprise de ‘Barstool Blues’ de Neil Young pour le record store day, mais on ne la joue pas pendant nos lives. On avait l’habitude de jouer une reprise de ‘Roadrunner’ de Jonathan Richman. Il se pourrait que l’on ressuscite ce petit bijou sur la prochaine tournée. » Une prochaine tournée, européenne ? Les Hooton Tennis Club seront en concert le week-end prochain au Paradiso, à Amsterdam, alors peut-être qu’une prochaine tournée sera plus large ? « Malheureusement, rien de prévu pour l’instant. On est censé jouer un concert en France aussi. On va se concentrer sur pleins de dates en Grande-Bretagne, d’abord ; allez à tous les festivals cet été. Ça va être absolument merveilleux, on a hâte !! »  On imagine bien qu’avec autant d’enthousiasme, les expériences précédentes avec leur public ont dû être plutôt … « Génial ! C’était vraiment sympa !» ; et comment le conçoivent-ils ce rapport au public ? « L’interaction avec le public, c’est toujours différent. Tout dépend de ce qu’on ressent, de ce qu’on estime être le mieux (dude!). Ça dépend complètement de la soirée ; si c’est un public large, attentif, c’est plus facile d’avoir une connexion.»

La plupart de leur chanson porte des prénoms ; autant dire que leurs setlists ressemblent plutôt à des guestlists. « Le truc avec les titres de chanson, c’est qu’ils viennent de notre indécision relative en tant que groupe. Souvent, on arrive pas à se décider (à cause de débats, ennui, désintérêt ou autre) sur les noms, alors on en prend juste un dans un livre. Quelques fois, on écrit des trucs ensemble, d’autres fois on écrit séparément et on rassemble tout ensemble après – encore une fois, ça dépend du moment, de ce qu’on est tous en train de faire, où on est, avec qui on est, etc. » Il y a malgré tout quelques titres-prénoms qui restent moins hasardeux : …And Then Camilla Drew Fourteen Dots On Her Knee, prénom d’une jolie conquête berlinoise, ou Jasper, en référence à feu le grand-père d’un des membres du groupe. D’ailleurs tant qu’on en est aux titres, parce que I Was A Punk In Europe (But My Mum Didn’t Mind), la mère en question s’en fichait-elle vraiment ? Confession de celui qui fut l’ex-punk en Europe, Ryan :« Elle m’y a encouragé ! »

Ce  I Was A Punk In Europe (But My Mum Didn’t Mind) était leur deuxième EP. Leur troisième EP, Kathleen Sat On The Arm Of Her Favourite Chair, ils l’ont promu via The Label de l’Université de Edge Hill. Depuis, ils sont chez Heavenly Records, et on se demande si ça a changé quoique ce soit par rapport à leur travail de création. « Non, on continue juste à faire des trucs et on voit ce qui se passe. C’est un label super sympa avec lequel travailler. C’est comme une famille, d’une étrange façon. Jeff est l’homme le plu gentil qui soit, et tout le monde chez Heavenly partage son optimisme – son enthousiasme pour la musique, et la créativité sous toutes ses formes. »

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Le voilà, Jasper, le quatrième EP, et premier chez Heavenly. Non, ça n’est pas un écureuil, c’est un chien de prairie. On aime beaucoup. Et ce d’autant plus que de plus en plus de pochettes d’album sont pensées pour être visiuellement adaptées aux téléphones, ce qui suppose souvent une image en petit format sobre et claire. Cette pochette-là, en petit format, elle est plutôt bordélique et joyeuse, à l’image de leur musique. Mais pourquoi un collage ? On soupçonne le chien de prairie d’avoir un quelconque but subliminal (remarquez le « H » sur le manteau de la bête). « Wow, en fait, on avait jamais remarqué ce H sur le dos du chien de prairie ! C’est une question incroyable, et on est ravi que tu aimes notre illustration, mais malheureusement, on a pas de réponse à ça ! C’est juste ce que c’est. James a fait les Beaux-Arts à l’Université de Manchester. Il aime peindre. On aime plutôt tous l’art et tout ça. On voulait juste quelque chose qui bondisse (littéralement) hors de la pochette, sur toi ! »

Dans l’attente d’un futur album, et d’une prochaine date française, suivez de bons conseils :

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