Radiohead – A Moon Shaped Pool

Radiohead marque son grand retour organique avec A Moon Shaped Pool, soit 5 années après son dernier disque en demi-teinte The King Of Limbs.

Il aura donc fallu attendre une synchronisation parfaite, en ce dimanche 8 mai 2016 à 20h00 heure française, pour découvrir la nouvelle messe de la bande à Thom Yorke. Lancé avec une communication ingénieuse et minutieuse, A Moon Shaped Pool est un recueil de comptines crépusculaires remplies de poésie et de musicalité.

La sortie d’un nouveau disque de Radiohead est un toujours un événement en soi. Près de 30 ans après leurs premières compositions écrites sous le nom On a Friday, la formation originaire d’Oxford est devenue en l’espace de 8 opus et plus de 30 millions d’albums vendus, un véritable phénomène dépassant désormais le simple milieu musical.

Décriés par certains au sujet de leur musique au goût expérimental et parfois inachevé ; acclamés par d’autres pour leur aspect imprévisible ; les anglais énervent ou sont encensés, bref Radiohead ne laisse pas insensible. Et c’est en prenant un malin plaisir à contrôler parfaitement leur image, ainsi que leur diffusion, que les cinq musiciens ont toujours su prendre leur public et les critiques à contre-pied. Rappelons que déjà en 2007, ils avaient proposé à leurs fans de payer la somme qu’ils souhaitaient pour télécharger l’excellent In Rainbows.

La sortie de ce 9ème album ne dérogea donc pas à la règle et force est de constater que le quintette est devenu maître dans l’art de la communication : dans un monde ultra connecté où la moindre information est divulguée et communiquée instantanément, ils ont réussi à maintenir le plus grand secret concernant leurs nouvelles compositions et décidèrent même de disparaître intégralement des réseaux sociaux un dimanche 1er mai 2016, comme pour mettre en scène, leur morceau How to Disappear Completely sorti sur Kid A. Pari osé mais terriblement réussi en à voir l’affolement des médias du monde entier. Chapeau bas, messieurs !

C’est avec Burn The Witch, paru le mardi 3 mai à 17h00 précise que Radiohead a décidé de mettre les pendules à l’heure et de lever officiellement le mystère sur sa nouvelle œuvre. La présence d’un coucou dans le clip d’animation réalisé par Chris Hopewell n’est pas une simple coïncidence mais un rappel que le groupe mythique a bel et bien décidé de son heure de retour. Comme quoi, le hasard n’existe vraiment pas chez Radiohead et tous les détails comptent ! Mais revenons à la musique…Avec ses violons pincés menant la danse et ses paroles cryptiques, ce morceau ravit immédiatement les fans admiratifs en quête de nouveautés de la part du groupe. Avec une orchestration minutieusement menée par Jonny Greenwood et les élancées lyriques de Thom Yorke, on est dans la pure tradition Radiohead : l’ambiance est belle, écorchée et opaque. Le groupe a misé sur le classicisme pour marquer son retour, et les plus avertis pourront justement reprocher cette impression de déjà entendu à l’issue de cette ouverture.

Mais vient le deuxième extrait ou plutôt la première claque d’une longue série: Daydreaming. Ce titre, à l’atmosphère oppressante et dramatique, montre les plus belles facettes de la troupe. Ses notes en arpège sont reconnaissables, le chant de Thom Yorke est lent et mélancolique à souhaits. Dans sa complainte, le leader fait le triste constat que « les rêveurs n’apprennent jamais derrière le point de non-retour ». L’ambiance lourde et lancinante transporte l’auditeur jusqu’à l’ultime message d’espoir « Nous sommes heureux de vous servir ». Le clip réalisé par Paul Thomas Anderson illustre parfaitement l’esprit de la chanson.

 

Démarrant sur un tempo lent et léger, Decks Dark est un petit joyau surprenant avec ses notes claires et parsemées de piano rattrapées par des chœurs aériens. Puis le groove final apporte la touche d’originalité tant attendue. On est heureux… Heureux d’entendre à nouveau résonner les guitares et claviers de Jonny Greenwood et de Ed O’Brien, les fûts de Phil Selway savamment triturés et la basse maitrisée de Colin Greenwood.

 

A l’image de ces premiers morceaux, l’album poursuit sa lancée vers les astres avec des chansons magistrales : Desert Island Disks bercé par son introduction à la guitare sèche et ses allusions spirituelles ; le subtile Glass Eyes enveloppé par ses violons poignants ou encore The Numbers avec ses consonances très seventies nous renvoyant aux grandes heures planantes de OK Computer. Quant à  Present Tense et True Love Waits, l’émotion est à son paroxysme avec ces deux merveilles de songwriting. Certains titres devraient prendre une ampleur folle durant les futures prestations live, c’est notamment le cas de Ful Stop avec son rythme accéléré et le chant hypnotique de Yorke ; et de Identikit avec la furie finale de ses guitares.

Avec ce neuvième essai baigné de poésie céleste , la formation marque un grand retour gagnant et prouve que ces experts en musicalité sont toujours au sommet de leur art. C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on redécouvre ce groupe tant adulé et égaré à travers ses expérimentations et comme le chante Thom Yorke, Radiohead est « heureux de nous servir ». Insaisissable et familier à la fois, A Moon Shaped Pool en est clairement la preuve et est en passe de devenir le nouvel incontournable du groupe d’Oxford.

 

Tracklisting :

Burn The Witch

Daydreaming

Decks Dark

Desert Island Disk

Ful Stop

Glass Eyes

Identikit

The Numbers

Present Tense

Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief

True Love Waits

Nos morceaux favoris : Decks Dark, Ful Stop, The Numbers, Present Tense

LA NOTE : 10/10

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